SCÈNE SIXIÈME
ginité de la terre? Ah ! que n'ai-je été le frère de ces premiers enfants de la création!
Il tombe, rêveur, sur le bauc de racusse.
FRESQUELLY, à part.
Ce n'est plus le spleen, c'e?t l'idée fixe!... Il est sur le chemin de la folie!... Il faut, à tout prix, changer le cours de ses pensées ; il faut l'arracher d'ici. (a Evans.) Eh bien, mon jeune ami, je crois que nous pouvons, maintenant, dire adieu à la Sibérie. Nous avons trouvé le superbe fossile que nous étions venus chercher aux bords delà Lena; nous pouvons repartir.
SIR EVANS
Libre à vous de repartir, mon cher maître; pour moi, je reste ici.
FRESQUELLY.
Vous voulez rester dans ce pays sauvage ?
SIR EVANS
J'y suis décidé ! Ici je n'aurai plus le spectale du prosaïsme de la terre actuelle; je vivrai dans le souvenir de la nature étrange et mystérieuse des âges primitifs. Mon imagination fera renaître les animaux fantastiques, les plantes gigantesques, les fleurs bizarres, dont les empreintes sont incrustées dans les profondeurs de ce sol glacé...Ah! maître, laissez-moi aux visions qui m'enivrent !
FRESQUELLY.
Voyons, voyons, sir Evans, vous avez confiance
eR moi, n'est-ce pas? Vous partirez avec moi ; vous reviendrez à Paris, oh le bonheur vous attend.
Mouvement de sir Evans.
SIR EVANS, avec doute.
Le bonheur ?
FRESQUELLY.
Oui, je songe à vous faire accorder, à Paris, la main d'une femme jeune, charmante, et...
SIR EVANS, lise lève vivement.
Un mariage! Je vous en prie, ne me parlez jamais ni de mariage ni d'amour... J'aime... mais celle à qui j'ai donné mon cœur est une femme que je ne verrai jamais qu'à travers le mirage de ma pensée.
FRESQUELLY.
Et qui donc aimez-vous ?
SIR EVANS
J'aime la femme idéale et pure, qui vivant à une époque lointaine, n'a connu ni la coquetterie, ni l'hypocrisie, ni le mensonge, nés de la civilisation moderne !
FRESQUELLY, à part.
Il est amoureux d'une femme avant le déluge! Décidément c'est une monomanie !
SIR EVANS
Pourquoi retournerai s-je en Europe ? Je n'y verrais que des femmes frivoles, légères ou capricieuses et des hommes curieux, indifférents ou jaloux ? Je reste, en Sibérie. J'y reste, pour respirer le souf-