SCÈNE X
GUSTAVE
Comment ! si j'y tiens ? Et le soufûet que j'ai reçu ? (li posetamain sur sa j.ue.) Il faut du sang pour laver cela, Monsieur, il en faut !
RRAUGOLAR Vous croyez ?
«iUSTAVE, à part
11 a peur, il canne! c'est un pleutre, un fouinard, un capitulard. Haut.) J'y tiens tellement. Monsieur, que sivou« ne voulez j>as venir tout de suite sur 1p terrain,
je vais vous y trainer^ie force. (Brancolar, effrayé, recale d'an pas, do coté de la chemiaée, à droite.) Âll ! c'est que je n'ai
pas froid aux yeux, moi î Je suis un brave à trois poils.
BR.VNCOLAR, reculant d'un pas
A trois poils?. . .
GUSTAVE
Le bourreau des crânes !
BRAXCOLAR, reculant et mettant la main sur sa tête Des cnines ?...
GUSTAVE
Un duel, c'est pour moi un vrai bonheur! J'en ai déjà eu quatre, et chaque fois, j'ai tué mon homme! Vous serez le cinquième!... Vous pouvez faire votre testament, car vous êtes mort.
BH.VNCOLAR, reculant toajonrs, (à part)
Je suis mort!... Comiuent échapper à ce triste destin ? Et Théogène qui n'est pas là ; il me défendrait contre ce féroce.
GUSTAVE Eli! bien vous reculez?
BRANGOLÂR, recalant toujours Moi! au contraire! (il arrive contre la cheminée) (à part.)
Ah ! Théogène n'est pas lu ; mais il y a ses pilules!... les pilules rouges... qui donnent du cœur, de l'ardeur, de la verdeur!... Béni sois-tu, Théogène! et à moi les pilules rouges! (il ouvre la boîie rouge et avala des pilules.) (Sa physionomie change d'expression : il pose sa robe de chambre et. met sa jaquette.) (Relevant la t("te, et allant à Gustave.) Mon ami. VOS
airs fanfarons ne m'intimident pas... Moi non plu.s je n'ai pas froid aux yeilx. Moi aussi je suis un brave à trois poils, le bourreau des crânes. Je suis prêt à vous suivre sur le pré ! Vous verrez comment je m'y comporte, et comment je manie le pistolet, ou le revolver... le sabre ou l'épée... la carabine ou Tespingole. Vous avez eu quatre duels, moi j'en ai eu six, et j'ai tué douze hommes !
GUSTAVE
Douze! (Si part.) Quel changement s'est fait en lui! Et moi qui le croyais un capon, un faiblard! Je me trompais. Décidément c'est un brave. (Haut.) C'est bien.
Monsieur, nous nous battrons, puisque vous y tenez. (Il reculeà j,'aucbe. devao t Brancolar qui marche sur lui, les yeux enflammés. )
BRANGOLA.R
Et de par tous les diables de l'enfer, je réponds de vous transpercer, de vous larder, de vous embrocher, comme une siini>le volaille!... Vous avez affaire à un Turco!
GUST.WE, à part
Ah! mon Dieu! c'est un Turoo! Si j'avais su. (Haut)
SGÈ^■E X -^'^
Un instant, Monsieur, un instant. Je nai pas encore vu vos témoins. Nos témoins ne se sont pas abouchés... il faut quils s'abouchent. Les conditions <iu combat ne sont pas arrêlées... il faut les arrê- 'r. (Il recule.) On poui'rait même arr<*tnr... le dueL Il recule encore.)
BRANCOLAR
Ah! vous lâchez pied î Vous me fuites l'elYet d u fameux lâcheur ! Mais moi, je ne vous lâche pas... iil le «aisii aa collet.) Nos témoins s'aboucheront, soyez tranquille : ils s'aboucheront, et on ferraillera ! et on s'embrochera, vous pouvez y compter !
GUSTaVe, gagnant la porte du fond
Je vais rejoindre mes témoins, qui sont en bas ... je vais les rejoindre, et tâcher d'arranger les choses pour le mieux.
BRANCOLAR
Il n'y a rien à arranger. Dites à vos témoins qu'entre nous, c'est un duel ù mortî
GUSTAVE, piteux (à part»
A mort?... (Haut.» Peut-être, Monsieur, qu'avec des excuses...
BRANCOLAR
Des excuses ?... il ne manquerait plus que cela ! Des excuses?... Voici mon dernier mot. Tout à l'heure, au bois de Vincennes.
(Gnslave sort, d'un air déuppoinlé, tandis que firancolar le menace^: