SCÈNE XV
et je ne veux pas aller à Carpentras ! J'aime M. Âloïs,
et c'est M. Aloïs que je vous prie de me donner pour
mari.
BRA.NCOLAR
Tu veux donc ma mort?
EUGÉNIE
Que dites- vous, mon oncle? M. Aloïs est le meilleur garçon du monde.
BRAXCOLAR
Lui! c'est possible. Mais son père?... Tu ne sais donc pas que son père a juré ma perte.
EUGÉNIE, à part
C'est-à-diie sa guérison.
BRANCOL.\R
Le monstre veut m'aflfaiblir, m'aflfadir. .. Il m'accable de drogues rafvaichissantes, émollientes, débilitantes. Il veut me faire mourir avant l'âge... Et tu me parles d'épouser son fils! Jamais, entends-tu, jamais!
EUGÉNIE, pleurant
Ah ! mon oncle, vous pouvez m'empècher d'épouser M. Aloïs, mais vous ne me forcerez pas à en .épouser un autre. (Pleurant plus fort.) Je resterai fille !
BRANCOLAlR
Tu coifferais Sainte-Catherine, toi ?
EUGÉNIE
Je la coifferai (Soupirant.) Et j'avais fait un si joli rêve !
Lequel ?
BRANCOLAR
EUGENIE
M. Alûïs était votre neveu, mon oncle, et vous l'aimiez autant que vous m'aimez. (Elle conduit
Brâncolar vers le fauleail k droite, et l'y fait asseoir.) (Apercevant la boîte blanche sur le guéri Ion) (à part.) Ah! la boite blanche !... (Elle prend vivement la boite blanche et la cache derrière elle) (haut.)
Gomme vous avez chaud, mon oncle. Je vais vous faire un verre d'eau sucrée.
BRANCOLAR, s'essuyant le front
C'est vrai; j'ai chaud !... Parbleu! c'est d'avoir couru après Gertrude.
EUGÉNIE verse toutes les pilules qui étaient dans la boîle blanche, dans le verre d'eau, placé sor la cheminée, et le présente à Brâncolar.
Tenez, mon oncle, buvez.
BRANCOLAR, lui donnant le verre après avoir bu.
Merci, mon enfant, (Eugénie pose le verre sur le guéridon, et regarde attentivement Brâncolar, dont la physionomie change et se
calme peu à peu.) Que se passe-til en moi? Je l'ignore ; mais ce verre d'eau a éteint la lièvre qui me brûlait... •Je sens le calme revenir dans mon esprit et la tranquillité dans mon cœur.
EUGÉNIE, ouvrant la porte du fond. (A la cantonade)
C'est le moment. .