‹ La science au tháâtre; comédiesChapitre 236 sur 259 · SCÈNE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE CINQUIÈME

CHARLOT

Je suis un pauvre orphelin, élevé par charité... Mes plus lointains souvenirs me montrent une bonne femme, ma nourrice, sans doute ! Puis il y a comme une lacune dans ma mémoire... Je me rappelle confusément un bruit d'eau, une grande roue, des sacs de blé... et une campagne riante, où je pre^ nais mes ébats.

FOUGASSE

Eh ben ! c'était un moulin. Vous étiez dans la farine, et on voulait faire de vous un meunier...

CHARLOT

Sans doute, mais on dut me trouver trop faible et les pères Jésuites voulurent bien me recueillir. Ils me donnèrent de l'instruction et des principes... mais c'était tout ce qu'ils pouvaient me donner !... En sortant de chez les bons Pères, je dus en trer en condition, et votre neveu voulut bien de moi... Seulement, je m'appelais Charles, comme monsieur votre neveu, et en entrant chez lui, j'ai dû renoncer à ce nom, et prendre celui de Chariot !... Chariot ! un nom campagnard, un nom qui sent rétable et la charrue. Ah !

Il soupire.

FOUGASSE

Eh ben ! ce n'est pas une bonne odeur, peut-être? Elle entre dans la maison.

LE M.\RQU1S.

Tout cela est très bien... mais comment faitesvous, jeune homme, pour cirer des bottes en habit noir ?

CHARLOT, fièrement.

Je ne cire pas de bottes... Monsieur ne porte que des souliers ferrés.

LE MARQUIS

J'espère pourtant que les traditions de la famille sont toujours en vigueur chez mon neveu; et que ce costume ne vous empêche pas de servir à table, la serviette sous le bras, le jarret tendu, la main attentive, l'œil vigilant, le geste prompt, comme un valet de bonne maison.

CHARLOT

Monsieur déjeûne aux champs, et soupe au cabaret.

LE MARQUIS

Mais, vous vous tenez, au moins, dans l'antichambre, pour annoncer ?

CHARLOT

Monsieur ne reçoit personne.

LE MARQUIS

Ah ! ça ! mais avec un pareil maître, vous devez être libre comme l'air, monsieur Chariot ?

Ah ! je puis me promener tout à mon aisç. La solitude et la mélancolie plaisent à mon âme. J'aime à fixer mes yeux sur le ciel; car il me semble alors voir s'ouvrir devant moi le mystérieux pays de rêves.

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