SCÈNE iii
» (Lisant.) « Et je VOUS aurais sous la main, pour me » faire mes parures «le fleurs. J'ai parlé de vous à » I lacide, et sous le prétexte d'acheter des simples, » il se rendra au petit Trianon, jeudi. » (Parle.) Jeudi, » c'est aujourd'hui, « à midi.» (Elle regarde sa montre.) 11 » est midi. (Lisant) : . et s'il vous agrée » (Parlé.) Il » m'agréera ! (Lisant.) c H deinandera votre main à • votre frère. «(Parlé.) Et mon frère l'accordera!,.. (On entend une clo l.<: C'est lui !... (Sautant) c'est mon petit mari !
LES MEMES, SUZKTTE, PLACIDE, (entrant parle fond)
SUZETTE, à Plaiide, qui reste en arrière, pour se brosser, se peigner, s'épousseter, etc.
Par ici, monsieur, par ici, (A Dorothée.) Mam'zelle Dorothée, c'étiout un monsieur qu'arriviont de Paris.
DOROTHÉE, à Placide
M. Placide Buzi(juet ?
Placide *
Moi-même, en chair et en os... c'est-ù-dire en eau... (Il s'éponge le front avec son mouchoir.) Il fait une chaleur ! Et de Paris ici!... Vous permettez, (il s'assied sur le banc, il respire un flacon de sels, il s'cvente, il se brosse, il se peigne.)
* Placide, Suzette, Dorothée, LouisCi
DOROTHÉE, à Suzelte, qui regarde d'un air moqueur le ilacon, le petit miroir, le peigne, la brosse et 1 evcnlail de Placide.
Que faites-vous là, petite sotte?
SUZETTE
Je regarde Monsieur.
DOROTHÉE
Retirez- vous.
SUZETTE
C'est bon: on s'en va... '" (Chantant.)
Sa prunelle Etincelle Comme l'astre du matin .
(Elle sort par la gauche.)
PLACIDE *, qui a remis tous les petits objets dans sa poche se lève
Là, me voilà un peu remis. (Apercevant Louise assise à la table, et la saluant.) Mademoiselle Barneville, sans doute ? (Louise salue et fait un signe affirmatif.) (Saluant Dorothée.) Et Mme Barneville ?
DOROTHÉE
Du tout I du tout! Je suis demoiselle... Mademoiselle Dorothée. (Elle fait une révérence.)
PLACIDE Ah ! bah !
* DorolUée, Placide, Louise, assise à la table.
SCÈXE IV 15
DOROTHÉE
Mon frère est veuf: et je sers de mère... (Se reprenant,) c'pst-à-flire de sœur, à ma nièce. (Elle montre Louise.)
PLACroE Vous êtes la tante de Mllo Bai-neville : très l>ien I
DOROTHÉE Soypz ici le bien venu, M. Placide.
PLACIDE, à Louise
P.ourrai-je avoir l'honneur de parler à M. votre père, mademoiselle ?
LOUISE, embarrassée Monsieur?. . .
DOROTHÉE, tirant vivement Placide par la manche
Mon frère est en ce moment fort occupé à l'Orangerie, mais c'est moi qui le remplace... Vous pouvez me dire ce qui vous amène.
PLACIDE
Eh bien ! Mlle Dorothée, je suis herboriste, à Paris, et le but de ma visite, ^regardant Louise)... c'est, d'acheter les tleurs du jardin de Trianon.
DOROTHÉE
Eh bien ! moi, je suis fleuriste, et je peux vous montrer les plantes du jardin. (A Louise.) Ma nièce, le bouquet est-il terminé ?
16 Le jardin de triAncin
LOUISE * Oui, ma tante. (Elle se lève, le bouquet à la main.)
PLACIDE, à Louise en lui prenant le bouquet
Ah ! mademoiselle, toutes charmantes que soient ces lleufs, elles lô sont encore moins que vous*
DOROTHÉE, prend vivement lé bouquet des mains de Plari.'b
M. PlaciJe, c'est moi qui ai comm,andé ce bouquet â ma nièce, (^ui est mon ouvrière.
PL.VGIDB, regardant le bouquet
Mademoiselle Barnevilie a vraiment des doigts di fée, (A Louise.) Vous êtes lleiiriste, mademoiselle, «'t moi herboriste... Fleurs fraîches et fleurs sèches, ç:i
se donne la main, (il lend la main à Louise.)
DOROTHÉE, prenant vivement la main d:; Placide
M. Placide, ma nièce, je vous le répète, n'est qu'une simple ouvrière ! C'est moi qui suis la fleuriste en titre ! Je suis fleuriste de la Cour, et en cette qualité, je touche de la Reine, une pension de 1,200 livres.
PLACIDE
1,200 livres ! (A part.) J'ai trop regardé la nièce !
DOROTHÉE
Sans compter mes bénéûces^ qui s'élèvent à plus de 10,000 livres !
• Placide, Louise; Dorothée.
Par an ?
Par an !
SCÊ>E IV 17
PLACIDE
POROTPÉE
PLACIDE, à part
Je n'ai pas assez regardé la tante, (il se rapproche de DoiVjihée.) Alors, VOUS avez une boutique do flpurs artificielles?
DOROTHÉE
A Versailles.
PLACIDE Achalandée ?
DOROTHÉE
Double clientèle : la cour et la ville.
PLACIDE
Vraiment !
DOROTHÉE, mystérieusement
Ma boutique est un arsenal de coquetterie. M. Plapide. C'est laque les femmes viennent chercher If^ jeunesse et la beauté! La blonde y trouve, en tout^ saison, des myosotis, des bleuets et de pâles campanules, pour s'harmoniser avec la blancheur de sort teint et la douceur de son regard. La brune vient y demander, pour rehausser l'éclat de son minois piquant, des camélias, aux effets de neige, des coquelicots pourprés, ou de§ boutons d'or, aux disques
brillants. La jeune tille choisit la pâquerette ou l'églantine, la jeune femme la rose, la grenade ou l'œillet, l'aïeule des- pensées ou des violettes... (baissant les yeux) et l'épOUSée... (soupirant et minaudant) des fleurs d'oranger.
PLACIDE, à part, regardant Louise
Des fleurs d'oranger ! l'allusion est directe ! Elle veut bien me donner sa nièce.
DOROTHÉE
M. Placide, à présent que vous êtes un peu reposé, si vous voulez visiter le jardin de Trianon, un démonstrateur vous accompagnera.
PLA(;IDE, regardant toujours Louise Un démonstrateur ! Qu'est-ce que ça?
DOROTHÉE
On appelle démonstrateur, au Jardin botanique de Paris^ l'employé qui est plus qti'un jardinier et moiuf; qu'un professeur... Notre roi Louis XV a pri> on grande aftection le Petit Trianon. Il a voulu l'enrichir d'une école de botanique, et il a fait venir du Jardin du Roi. de Paris, deux jeunes démonstrateurs pou." arranger et classer les plantes. L'un, Gilbert, est un bon garçon, t^ans façon, toujours la b clie à la main et la gaieté au cœur... L'autre, Bern ird de Jussieu, est un jeune homme distrait et rèveu:', dont l'âme n'a pas l'air d'être sur la tjrre, ;anis dans quelque monde inconnu.