‹ La science au théâtre, comédiesChapitre 126 sur 272 · SCENE VII PILATRE, JOSIANE · texte numérisé non relu

SCENE VII PILATRE, JOSIANE

JOSIANE

Braver tant de dangers!... Ahî c'est beau! c'est noble, M. de Rozier!

PILATRE.

Alors, vous, Mademoiselle, vous n'avez pas peur poui^ moi ?

JOSIANE

Je n ai jamais peur pour qui fait son devoir !

PILATRE.

Avec une âme aussi élevée que la vôtre, Mademoiselle, on doit parler en toute franchise... Je vous avouerai donc ce qu'en toute autre circonstance, je vous aurais toujours laissé ignorer.

JOSIANE

Que voulez-vous dire?

PILATRE.

Je vous aime. Mademoiselle. (Mouvement de Josiane.i Je n'ai pu rester insensible à votre grâce ingénue, à votre esprit cliarmant, à la noblesse de vos sentiments et de vos idées. J'avais osé faire cet aveu à M. Montgolfier, qui dispose de votre main, puisque vous êtes orpheline, fille de la sœur qu'il a perdue. Je sollicitais l'honneur insigne d'entrer dans sa famille. Mais, pauvre, inconnu, sans situation déterminée dans le monde, j'avais peu de chances d'être bien accueilli. Votre oncle, en effet, n'a point répondu favorablement à ma demande. Bien plus, il m'a fait promettre de ne point chercher à vous plaire, de ne jamais vous parler d'amour... Voilà pourquoi. Mademoiselle, j'ai observé envers vous jusqu'ici, une réserve, qui coulait cruellement à mon cœur, mais qui n'était que l'accomplissement d'une promesse donnée... Cependant» je vais, tout à l'heure, tenter la plus téméraire entreprise, et il y a toute probabilité que je succomberai dans le dangereux voyage que je vais tenter au sein des aii^. Je ne veux pas que celle

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que j'ose aimer juge faussementde mes sentiments, ni (le mes actions. Je veux qu'elle sache que si j'ai bravé la mort, c'était pour avoir le droit de proclamer mon amour pour elle, et de demander, comme récompense de mon audace, le bonheur d'unir ma destinée à la sienne.... Voilà, Mademoiselle, ce que j'avais à vous dire. Me pardonnerez-vous?

JOSIANE

Ce que vous venez de dire, M. de Rozier, me touche jusqu'au fond de l'âme. Mais ce qui en ressort, permettez-moi de vous le faire remarquer, c'est que mon oncle vous refuse ma main. Je dois m'incliner devant une volonté si formellement exprimée, et tout en vous remerciant de l'affection que vous me portez, je dois vous dire qu'il n'y a encore aucun engagement entre nous. Sortez vainqueur de l'entreprise où vous entraine votre courage. Si vous triomphez, mon oncle, j'en suis sûre, ne verra plus d'obstacle à notre union ; et de mon côté, je serai heureuse de devenir votre femme.

PILATRE.

Vous serez l'ange tutélaire qui veillera sur moi, et qui protégera mes jours, dans ma course aérienne. Permettez que mes lèvres scellent sur votre main l'espérance du succès et du bonheur.

Il lui baise la main.

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