‹ La science au théâtre, comédiesChapitre 148 sur 272 · SCÈNE TROISIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE TROISIÈME

j'entends mieux. EL le sens du Loucher est devenu chez moi si subtil, qu'il me semble que mes yeux ont passé dans mes doigts... Enfin, la providence ne m'a-t-ellepas donné, avec Burnens, une consolation de tous les instants ?

HONORÉ

Vous parlez de l'orphelin que vous avez recueilli, il y a vingt ans... Ce fut une grande charité, car l'enfant était bien chétif.

FRANÇOIS HUBER

Oui, mais aujourd'hui, l'enfant est devenu un homme, et je suis un vieillard... Celui à qui j'ai servi de père, me rend les bons soins que je lui ai prodigués. dans son jeune âge. J'ai travaillé pour lui, il a des yeux pour moi... Burnens a l'esprit ardent, l'âme honnête et sincère; il est reconnaissant et dévoué. Ah! mon frère ! je suis récompensé au delà des services que je lui ai rendus... Et puisque nous voilà sur le chapitre de Burnens, il faut que je vousparle d'un projet que je carresse depuis longtemps, et qui ferait notre bonheur à tous... Ce serait de marier Burnens avec votre Jenny.

HONORÉ

Marier ma fille à ce petit naturaliste ? Vous n'y pensez pas !

FRANÇOIS HUBER

Je pense que ce petit naturaliste est tenu en grande estime par les savants de Genève. Je pense que ce petit naturaliste a l'âme grande et le savoir profond.. . Que voulez-vous de plus ?

HONORÉ

Je veux un gendre riche et Litre !

FRANÇOIS HUBER, doucenent.

Vous oubliez que vous êtes un simple horloger, mon frère. Votre fille ne peut prétendre qu'à iia. mari fie sa condition»

HONORÉ, amèrement.

Horloger ?... et je ne le sais que trop, que je suis horloger !.. Depuis un demi-siècle, le tic-tacdes montres, les balanciers des horloges, la sonnerie des pendules, les refrains des coucous, mêle disent, me le crient, me le répètent sans cesse que je suis horloger... Mon enfance a été bercée par le tictac des horloges. J'ai grandi, j'ai succédé à mon père, je me suis marié ; e'i bien, même la nuit de mes noces, les horloges, les pendules et les montres, ont toujours fait autour de moi, tic-tac... Depuis un demi-siècle, courbé, du matin au soir, à la devanture de ma boutique, je bro-se, je lime, je fais, je refais des rouages, j'accommode, et je raccommode des montres, qui, sous mes doigts, font sans cesse tic-tac, tic-ta^... Depuis un demi-siècle je travaille à mettre d'accord les horloges et les pendules de la ville, sans y parvenir jamais. L'une fait (Xiitiirelieineiit.). tic-tac, tic-tac ; l'autre ('rès vit .) tic, .lie, tic, tic; celle-là ( rès leutrment.) tac... taC... tac... tac. Je reviens d'une tournée chez mes clients; tenez, voilà ce que j'en rapporte. (Il tire de sa p che plusieurs inonlres, el les met sur le guéridon à gauche.) Cette moutre est celle de l'avocat Turpin : elle bat la breloque... Celle-ci appartient à l'épicier de la rue du IMont-Blanc : elle manque d'huile... Celle-là appartient au médecin de

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