SCÈNE TREIZIÈME
péraient, eh bien ! je les écouterais avec bonheur ; car j'y verrais le doux écho d'une existence honorable et paisible.
FRANÇOIS HUBER, à part.
Dieu soit loué, le voilà repentent et converti! (A Honoré.) (Haut) Mon frère, je puis réaliser tous vos désirs.
HONORÉ
Vous pouvez racheter ma maison, et me rendre mon horlogerie ?
FRANÇOIS HUBER
Oui, grâce à un second trésor que des ouvrières actives et laborieuses ont amassé pour moi... Depuis trente ans, ces serviteurs infatigables travaillent à fabriquer, pour moi, un sucre parfumé, que je vends à beaux deniers comptants. J'ai mis chaque année, dans un sac de cuir, le produit du travail de mes ouvrières... (H prend un sac de cuir, dans le bureau.) Et ce sac, le voilà !...
HONORÉ, vidant le sac sur la tab'e. Joyeusement.)
Mais il y a là phis de dix mille Uvres !... Et quelles sont les ouvrières dont le travail est si fructueux ?
FRANÇOIS HUBER, manlraiit les ruches.
Les abeilles ! Et leur sucre, c'est le miel... Vous le voyez, mon frère, les abeilles répareront le mal que vous ont fait les hommes.
HONORÉ
Quelle leçon!
FRANÇOIS HUBER
Mais ce n'est pas tout. Vous avez prononcé un
62 LA RÉPUBLIQUE 'DES ABIilLLES
discours qui serait un déshonneur pour notre nom, si vous n'en rétractiez bien vite les termes et les idées.
HONORÉ
Je le voudrais de tout mon cœur, mais après ce qui s'est passé, comment me présenter h l'Assemblée des électeurs? J'y serais trop mal reçu.
FRANÇOIS HUBER
Vous y serez, au contraire, parfaitement accueilli, si vous lisez ceci aux électeurs.
II lui donne ua papier, qu'il a tiré de sa poche.
HONORÉ
C'est un nouveau discours?
FRANÇOIS HUBER
Mieux que cela, c'est une nouvelle constitution... Vous en donnerez lecture aux électeurs, et j'espère que l'excellence des lois qu'elle renferme, etfacera la fâcheuse impression de votre discours monarchique.
HONORÉ
Voyons! (II lit.) « Constitution en vigueur chez un « peuple sage. Article l^'^: Chacun travaille pour « tous. — Article 2. Le travail mobile de l'exis- « tence. — Article 3. N'aimer que la patrie. — Arti- « cle 4. Chasser impitoyablement l'ennemi qui « viendrait souffler des idées de paresse, d'envie et « de révolte. —Article 5. N'avoir qn'une ambition, « celle de nourrir, d'élever et de perpétuer à l'infini, « une race sobre, fraternelle et héroïque. » (Parlé.) Et il existe un peuple régi par cette constitution
SGÈNn: TllEIZIÎuME G3
FRANÇOIS HUBER
Oui! ce peuple se compose de milliards d'individus.
HONORÉ
Et cette coiistit'jlion dure depuis longtemps?
FRANÇOIS HUBER
Depuis le commencement du monde.
HONORÉ
Ah! je vous en prie, quel est ce gouvernement merveilleux.
FRANÇOIS HUBER
C'est une république... la république des abeilles!...
Rideau.
COMÉDIE EN UN ACTE
PERSONNAGES
FRESQUELLY, géologue.
SÏR EVANS, élève de Fresquelly.
LUDOVIC, lieutenant de vaisseau RAMPONEAU, négociant.
DIANE DE BEAUGENÇY .
CHRISTIANA, jeune Sibérienne.
L'action se pusse au nord de la Sibérie, aux bords de la mer GîaciaU,
De nos jours.
En 1800, un naturaliste russe, Gabriel Sarytschew, oyageait dans le nord de la Sibérie. Étant parvenu on loin de la mer Glaciale, il trouva sur les bords de Alaséia, rivière qui se jette dans cette mer, le cadare entier d'un Mammouth, environné de glace. Le orps était dans un état complet de conservation, car î contact permanent des glaces l'avait préservé de Dute putréfaction. On sait qu'à la température de zéro t au-dessous, les substances animales ne se putréfient ! oint ; si bien que, dans nos ménages, on pourrait conerver indéfiniment la viande des animaux de boucheie, le gibier ou le poisson, en les maintenant sous ne couche de glace. C'est, ce qui était arrivé pour le [ammouth que Gabriel Sarytschew découvrit sur les ives glacées de l'Alaséia, et qui avait été mis à nu ar l'action du courant de ce fleuve. Le flot, creusant Il berge, avait dégagé de la glace, oii il était empri- 3nné depuis des milliers d'années, le monstrueux pahyderme, qui se trouvait presque debout sur ses qua- 'e pieds. Le corps, renfermait ses chairs, ainsi que 5ute la peau, à laquelle de longs poils adhéraient, en ertaines places. Il servit d aliment aux pêcheurs de es rivages.
Ce fait curieux, rapporfédans mon ouvrage, La Terre vant le déluge, expliquera cei^taines parties delà colédie que Ton va lire. Mais l'auteur s'est proposé sur-
tout de donner un résumé scénique des mœurs et des coutumes de l'humanité, primitive. La fiction qu'il emploie est de supposer une femme antédiluvienne renaissant de nos jours, et reproduisant les pari icularitès diverses de l'existence des premiers habitants de notre globe.
Tel est l'objet du long monologue et de la grande scène mimée (Scène XP) qui forme le point culminant de cette comédie, dans laquelle la science et le théâtre sont combinés de manière à amuser et à instruire tout à la fois.
LA
FEMME AVANT LE DÉLUGe'
Un paysage près de la mer Glaciale. — Au fond, la mer, avec des glaçons au bord du rivage. — Dis sapins et des blocs de glace, à gauche. — Au premier plan, à droite, une chaumière, et devant la chaumière, un banc de mousse.