SCÈNE NEUVIÈME
CHRISTIANA
A Taiiberge du Renard bleu.
FRESQUELLY.
Veux-tu nous écouter un moment ?
Ludovic entre dans la chaumière, pour y déposer son fusil el son carnier, dans lequel est un chevrotain, qu'il a montré à Ramponeau, avant de sorlir.
CHRISTIANA, s'avançant.
Tout à vos ordres.
Mon enfant, nous venons d'apprendre que sir Evans se meurt d'un amDur impossible.
CHRISTIANA
Que voulez-vous dire ?...
FRESQUELLY.
Il est épris, à en devenir fou, d'une femme idéale qu'il n'a vue que dans les rêves de son esprit. Voudrais-tu représenter ce type, dans une petite comédie, que nous allons jouer tout à l'heure ?
CHRISTIANA
Une comédie ?... Et vous voulez que ce soit moi?...
FRESQUELLY.
Qui remplisse le rôle de la femme idéale.
CHRISTIANA
Mais je ne sais si je pourrai... •
FRESQUELLY.
Veux-tu être aimée de sir Evans?
CHRISTIANA, très émue.
Aimée de lai?... (Très bas.) Que faudrait-il faire?
DIANE
Être âgée de cinquante mille ans.
CHRISTIANA
Vous voulez rire.
Non ; c'est très sérieux. Pour être aimée de notre jeune détraqué, il faut ressembler à une femme avant le déluge. Veux-tu être cette femme?
CHRISTIANA
Je peux essayer... Seulement, comment faudra- . Im'habiller?
DIANE
Je me charge de ta toilette. Je ferai de toi une femme fossile jolie à croquer.
RAMPONEAU
Mais, pardon, mes enfants, tout ce que vous com- Dlotez-là, est inutile. Quelque costume que prenne uhristiana, sir Evans la reconnaîtra.
FRESQUELLY.
Mais non!... Toujours distrait et rêveur, sir Evans a regardé jusqu'ici cette jeune fille sans la voir. Il ne la reconnaîtra pas.
CHRISTIANA
Mais quel langage devrai-je employer avec lui ?