SCÈNE IV
BRANGOLAR
Nous serons mieux assis. .. (li offre un siège k Théogène qui s'assied, et il s'as«ied près de lui.) Tu sauras doUC. . .
Non !... fais-moi des (juestions ; j'aime mieux ça.. . Ça m'aidera.
THÉOGÈNE
Eh bien 1 voyons ! . . . Souffres-tu du ca-ur ? (Brancolar fait un signe négatif) du foie ? (mcn-.e jeu) de l'esto-
mac ? (même jeu) des entrailles ?
Non, mon ami, je ne souffre de rien du tout.
THKOGÈNE Est-ce la bile qui te tourmente ?
BRANGOLAR Non, rien ne me tourmente. (H tousse.)
THÉOGÈNE J'y suis; c'est une laryngite... Tu auras trop parlé.
BRANGOLAR
Mais non; je ne suis pas avocat.
THÉOGÈNE
Enfin, explique-toi ! (avec humeur.) Je n'ai pas appris ta deviner.
BRANGOLAR
Eh ien, je vais parler !... Mon ami, j'ai cinquante
ans et pas de rhumatismes !... J'ai vingt mille livres de rentes et pas de soucis... Je suis veuf et je n'ai pas eu... (Il porte la maia à son Iront) de désagrément... Eh Lien, avec tous ces bonheurs, je suis l'homme le plus malheureux de la terre. .. le plus malheureux !...
THÉO(tÈNE, rapprochanl sa cîiaise
Je ne comprends pas.
BRANCOLA.R, rapprochant sa chaise
Tu vas comprendre... Au mois de juillet dernier, j'étais aux eaux de Ludion, et pour me donner quelques distractions, j'olMs à une petite dame, qui prenait les eaux, un peu d'amour et quelques diamants... Malheureusement, un Monsieur qui donnait à la même petite dame beaucoup d'amour et pas de diamants, ne trouva pas la chose de son goût, et il me le dit... en termes très vifs... (il fait le j^estc de donner un soufflet.) 11 fallut se battre.
théoctf:n'e Vous Vous battîtes ?
BRANCOLIR
Nous nous battîmes... Un certain Tiirco qui avait quitté son régiment d'Afrique, pour venir passer à Luchon un mois de congé, me servit de témoin .. Ah î oe Turco... mais n'anticipons pas... Je reçus de l'ami de la petite dame un coup d'épée, qui me transperça le bras. L'artère était ouverte, je perdais tout mon sang, et je serais mort sur la place, si le docteur qui assistait au duel, n'avait eu l'idée de remplacer le sang que j'avais perdu par un sang nouveau... celui de mon tiinoin»