LA BARONNE DE CÉZY
FOUGASSE
RÉSÉDA, femme de chambre.
En Normandie^ sous Louis XV.
>^ÊiÉLr^
Les gens du monde et les gens du peuple appellent envies^ou. signes de naissance, des taches, ordinairement de couleur vineuse, rouge ou bleuâtre, qui se montrent en différentes parties du corps, particulièrement à la face et au cou, et qui persistent pendant la vie entière. •
Les médecins désignent ces mêmes taches par un nom latin, très élégant, nœvus maternus (tache maternelle).
Les savants de l'antiquité, à commencer par Hippocrate, attribuaient ces stigmates naturels à l'influence de l'imagination de la femme s'exerçant sur l'enfant à l'état de gestation. « Une femme grosse, dit Hippo- »< crate {Livre des super f étalions, écrit par son disciple « Polybe) qui désire vivement manger de la terre, du « charbon et quelques autres substances de cette na- « ture, si elle ne satisfait pas son envie, met au monde « un enfant qui porte, à la tête, les marques de ces « substances ».
L'explication des signes de naissance donnée par l'ancienne médecine, s'est conservée à travers les âges. La croyance populaire à cet égard, c'est que lorsqu'une femme éprouve une envie, qu'ellene peutsatisfaire, son enfant apporte, en naissant, l'image, plus ou moins exacte, de l'objet convoité par elle, tels que du vin, des fleurs, des fruits, particulièrement des cerises, mûres, groseilles, fraises ou framboises. On va jusqu'à dire qu'à l'époque de la maturité des fruits, ces taches présentent des changements de couleur analogues à ceux qu'éprouve le fruit lui-même.
Bien qu'il soit parfaitement établi que des émotions vives et subites, agissant avec un certain degré de
violence, peuveiiL troubler le déveluppoment (le l'enfant dans le sein maternel, et exercer sur son organisation un retentissement fâcheux, les médecins de nos jours traitent avec un souverain mépris la croyance dont il est question ici.
L'auteur d'un Dictionnaire de médecine réceni, le D"" Labarthe, écrit ce qui suit :
« On désigne sous le nom do n^cvi materni des taches « vasculaires de lapeau. Cette afl'ection eslleplus sou- « vent congénitale. Généralement, on ne trouve pas de « cause pour expliquer la production de ces taches. u Selon les croyances vulgaires, elles seraient le ré- « sultat de certaines affections morales, de certains « désirs non contentés, de la mère, pendant sa gros- « sesse : d'où le nom d'enviea sous lequel on les a « aussi décrites. Mais c'est là une opinion grossière, <t qu'on ne saurait admettre ».
L'opinion populaire que la science moderne rejette en ces termes, l'auteur dramatique peut s'en emparer. I^a comédie. Cherchez la fraise, repose sur un aigne de naissance, qui caractériserait les descendants d'une noble famille, et qui aurait eu pour origine première, une envie de fraises, ressentie au fond d'un bois, par une jeune châtelaine.
La donnée scientifique qui est le fond de cette comédie, est certaine, puisqu'il est incontestable que certains enfants apportent, en naissant, des taches sur la peau, qui ressemblent à des fruits, et que ces taches, ainsi que le dit le D^" Labarthe, sont congénitales, c'està-dire transmises par les parents. Et si le développement donné à cette idée, dans la suite des scènes de cette comédie, amuse le public du théâtre, on pardonnera à l'auteur d'avoir un peu forcé la note, pour pousser au comique.
La campagne. — Au fond, une pelouse et des bouquets d'arbres. — A droite, un pavillon et des massifs de ileurs. — Au premier plan, un banc de gazon. — A gauche, une maison rus-, tique. — Une t;tble et deux chaises sont placées devant la maison.