‹ La science au théâtre, comédiesChapitre 245 sur 272 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

LE3 MftMRS, CHARLOT, mis avec recherche, tout en noir, cravate blanche. Ses gestes sont mesurés, Si démarche est grave, toute sa personne est compassée. Il a des livres sous le bras.

CHARLOT, il parle très doucemetit, ens'écoutant,avec un air de componction et de recueillement. (Soupiraut.)

Ail! moi aussi, M. le Marquis.

LE MARQUIS

Un ami de mon neveu, sans doute ?

CHARLOT, soupirait.

Non, M. le Marquis, son valet de chambre, son simple valet de chambre, (H salue.) qui est heureux d'offrir ses humbles respects à un des plus dignes représentants de la noblesse française,.

LE MARQUIS, à part.

Si le maître avait seulement la moitié de la politesse du valet. (Haut.) Et pourquoi, étant au service de mon neveu, ne portez-vous pas sa livrée ?

CHARLOT

Monsieur a bien voulu m'en dispenser... Monsieur est si bon garçon. . .

LE MARQUIS, grommelant.

Heu !... bon garçon !... Mais comment êtes-vous entré au service de mon neveu ?

SCÈiNE CINQUIÈME 19

GHARLOT.

Je suis un pauvre orphelin, élevé par charité... Mes plus lointains souvenirs me montrent une bonne femme, ma nourrice, sans cloute ! Puis il y a comme une lacune dans ma mémoire... Je me rappelle confusément un bruit d'eau, une grande roue, des sacs de blé... et une campagne rianle, où je prenais mes ébats.

FOUGASSE

Eh ben ! c'étiit un moulin. Vous étiez dans la farine, et on voulait faire de vous un meunier...

GHARLOT.

Sans doute, mais on dut me trouver trop faible et les pères Jésuites voulurent bien me recueillir. Ils me donnèrent de l'instruction et desprincipes... mais c'était tout ce qu'ils pouvaient me donner !... En sortant de chez les bons Pères, je dus en trer en condition, et votre neveu voulut bien de moi... Seulement, je m'appelais Charles, comme monsieur votre neveu, et en entrant chez lui, j'ai dû renoncer à ce nom, et prendre celui de Chariot !... Chariot ! un nom campagnard, un nom qui sent rétable et la charrue. Ah !

Il soupire.

FOUGASSE

Eh ben ! ce n'est pas une bonne odeur, peut-être ?

Elle entre dans la maisan.

LE MARQUIS

Tout cela est très bien... mais comment faitesvous, jeune homme, pour cirer des bottes en habit noir ?

20 CHERr.IlEZ LA FRArSE

CHARLOT, fièrement.

Je ne cire pas de bottes... Monsieur ne porte que des souliers ferrés.

J'espère pourtant que les traditions de la famille sont toujours en vigueur chez mon neveu; et que ce costume ne vous empêche pas de servir à table, la serviette sous le bras, le jarret tendu, la main attentive, l'œil vigilant, le geste prompt, comme un valet de bonne maison.

CHARLOT

Monsieur déjeûne aux champs, et soupe au cabaret.

LE MARQUIS

Mais, vous vous tenez, au moins, dans l'antichambre, pour annoncer ?

CHARLOT

Monsieur ne reçoit personne.

LE MARQUIS

Ah ! ça ! mais avec un pareil maître, vous devez être libre comme l'air, monsieur Chariot ?

CHARLOT

Ah ! je puis me promener tout à mon aise. La solitude et la mélancolie plaisent à mon âme. J'aime à fixer mes yeux sur le ciel; car il me semble alors voir s'ouvrir devant moi le mystérieux pays de rêves.

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