‹ La science au théâtre, comédiesChapitre 270 sur 272 · SCÈNE D:X-SErTlÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE D:X-SErTlÈME

CHARLOT

Mais quelle preuve avez-vous de ma haute naissance ?

FOUGASSE

La fraise ! saperlotte ! la fraise ! que vous avions au cou !

MIRJOLET.

G'étiont la marque de fabrique des Bellemare !

GHARLOT.

Quoi ! ce petit signe rouge que j'ai sous le menton, et que je cachais à tous les yeux, comme une tare, comme un défaut?

LE MARQUIS

Est un signe héréditaire dans notre famille. Tous les Bellemare naissent avec une fraise sous le menton.

GHARLOT.

Gomment cela, Monsieur le Marquis?

LE MARQUIS

C'était sous notre roi, Louis le XIII°. Le jeune marquis Gaston de Bellemare, seigneur du pays, se promenait, le lendemain de ses noces, avec son épousée. Blanche YseultdeBeaumanoir,dansles bois de Marly. Un beau bouquet de fraises se voyait sur le gazon. La jeune épousée eut une grande envie de ces fraises, et le marquis s'empressa de les cueillir, et de les lui présenter sur sa main. Mais, dans le même moment, une biche effarouchée, sortit du taillis, et heurta les deux promeneurs; les fraises tombèrent sur le sol...

FOUGASSE

Et comme ça, la belle YseuU ne mangea point les fraises donl elle avait envie.

LE MARQUIS

Non; elle en pleura de dépit, et Tenfant qu'elle mit an monde, plus tard, naquit aveo une superbe fraise sous le menton... Et depuis lors, tous les Bellemare viennent au monde avec un signe pareil. (11 ôte sa cravate, el montre sur son cou une fraise énorme.) Voyez !

CHARLES

Ah ! ça mais, que suis-je, moi, qui n'ai pas le moindre fruit sur mon individu?

FOUGASSE

Vous, vous êtes Chariot, pardienne, le petiot de Simonne, la bûcheronne!... Je nourrissais ensemble Chariot, le pauvre orphelin, et Charles de Bellemare, le riche Marquis. Un jour on les mescla un brin ; mais le bon Dieu en avait marqué un: (Montrant Chariot.)]e bon.

LE MARQUIS, à la baronne.

Le neveu que je devais vous présenter aujourd'hui, Madame, le voilà. (Il prend Chariot par la main.) J'espère que vous le trouverez h votre gré.

LA BARONNE, baissant Us yeux.

Ah! je connais, monsieur.

LE MARQUrS.

Ah ! bail ?

SCÈNK D!X-SI::iTlÈMK ^ô'^

CHARLOT

Oui, mon oncle ; j'iivais iléjii essayé d'exprimer à Madame l'admiration, le respect, l'amour.. .

LE MARQUIS

Attends, je vais traduire cela. (1 la biroane.) Madame, j'ai l'honneur de vous demander votre main pour M. Charles de Bellemare, mon neveu, ici présent.

LA BARONNE, tendant les mains à Chariot. Et moi, Marquis, je vous donne les deux mains.

CHARLES, à Réséda.

Dis-donc, Réséda, puisque je ne suis plus Marquis, rien ne m'empêche de t'épouser, à présent.

RÉSÉDA

Non, mais...

FOUGASSE, s'avançant.

Vous n'avez plus le sac! et il faut ça, pour cnti^er en ménage.

LA BARONNE, à Réséda.

Tu peux épouser Charles, je me charge de la dot. RÉSÉDA, à Charles-

Alors, je dis comme Madame; (( voilà mes deux mains, et le cœur, par dessus le marché. »

Elle tend les deux mains à Charles.

CHARLOT, à Charles.

Pouraller avec la dot que vous apporte Réséda, je

56 CUKRCIIEZ LA FRAISE

VOUS prie d'accepter celte maison de campagne, (Il montre le pavillon.) en souvenir du temps où j'étais votre... 011 vous étiez mon... enfin du temps que nous y avons passé ensemble.

CHARLES

Eh! bien,. alors, vive M. Charles de Bellemare! vive la pipe! vive la soupe au choux!... Et vive Jeanneton !...

11 prend la taille de Réséda.

GHARLOT, à la baronne, en lui prenant la main. Et vive la fraise!... je lui dois mon bonheur!

Rideau.

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