EXTRAIT DE LA REVUE SCIENTIFIQUE
du 24 Août 1895
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Quelle est l'importance dç la science chinoise? Quels sont et l'esprit et le degré d'aptitude scientifique de la race?
D'après Renan, la langue chinoise avec sa structure inorganique et incomplète est l'image de la sécheresse d'esprit et de cœur qui caractérise ce peuple : suffisante pour les besoins de la vie, la technique des arts manuels, une littérature légère et de petit aloi, elle exclut toute philosophie élevée, toute science, toute religion dans le sens que nous attachions à ces mots (1).
Ce ne peut être un jugement négligeable que celui d'un écrivain qui a creusé si profondément les origines du langage humain, qui a jeté de si vives lumières sur la linguistique et la philologie et qui, surtout, a formulé • ce jugement après que tant de sinologues ont émis des appréciations aussi diamétralement opposées.
En effet, en li817, G. de Humboldt, dans sa lettre à A.
(1) Origines du langage, p. 195.
de R^muaat sur le géniù île la langue ehinoise, coiisidire 4u'il importe de ne pas la confondre avec ces idiomes imparfaits des nations qui n'ont pas nncore atteint un grand diWeloppement intellectuel ; car elle en diffère par la nelletù et la purelu de son système grammatical, et, par là, se place à l'égal des langues classiques, c'est-à-dire des plus parfaites, mais avec un système opposé... : elle ne dédaigne ni les couleurs, ni les nuances que l'expression ajoute h la pensée : son style est laconique et hardi...
Dans une des notes annexées à cette lettre, A. de I\émusat remarque que si l'invention des caractères tIgU' ratifs du son a maintenu la tangue parlée dans'un véritable état de pauvreté, elle a en mfime temps enrichi l'écriture de signes très intéressants par leur construction régulière et môthodiqite, et c'est ainsi qu'elle a acquis, au prix de*l'harmonie et do la variété des sons, ' l'avantage d'une langue écrite éinîuemraenl appropriée à l'expression de la pensée et à la classification dosélres naturels.
Suivant le P. Mailla, la langue chinoise est simple, claire et non hyperbolique.
Voilà donc, émises par des sinologues dont on ne pi-ut suspecter l'autorité, quelques opinions opposées à celle de Renan sur la structure do cette langue.
Mais nous avons vu encore que cet écrivain se déclare radicalement contempteur de chacune des manifestations intellectuelles de la rac^- ; rien netrouve grleesous sa plume : il décrète d'inaptitude toute la race chinoise.
Voyons jusqu'à quel point un pareil jugement l'Sl justifié : toutefois nous laisserons de cOté ce qui a Irait à la philosophie et à la littérature, pour nous tenir sui' le seul terrain scientifique.
Une question initiale sn pose ; la race chinoise pos-
sède-t-elle, et à quel degré, des aptitudes pour les sciences?
Cabanis fait dériver l'enfance perpétuelle de ce peuple de la nature même de sa langue. Il n'est pas irrationnel, en effet, d'admettre que l'homme, obligé de consacrer de longues années à apprendre sa langue, épuisera une partie plus ou moins considérable de ses forces qui se trouveront insuffisantes, au moment où il lui faudra concevoir et créer. L'exercice continuel de la mémoire qu'exige une étude de cette nature recule sans doute les limites de cette faculté, mais au détriment des autres, et celles-ci, demeurant dans une inactivité au moins relative, s'acheminent peu à peu vers l'improductivité et la déchéance. C'est là une loi du dynamisme cérébral.
Le savant rédacteur du Dictionnaire d'Amyot, Langlès, appelle la langue chinoise hiéroglyphique, et il affirme qu'elle présente des difficultés capables d'effrayer les lettrés eux-mêmes.
Or, malgré l'opinion de Cabanis, malgré les conséquences que nous en avons tirées, malgré enfin le jugement de Langlès, nous hésitons à admettre que ces faits aient une influence bien considérable sur le coefficient d'aptitude scientifique départi à la race, et nous pensons que l'infériorité que nous chercherons à établir, et à prouver, tient à des causes d'un autre ordre que nous exposerons.
Dans son mémoire sur l'organisation des écoles chinoises, Bazin remarque qu'il existe quelque part un principe qui frappe de stérilité tous les perfectionnements scientifiques et immobilise les générations. « La science, dit-il, telle qu'elle existe en Europe, n'est pas encore née, et vraisemblablement ne le sera jamais, aussi longtemps que domineront une aristocratie tenace et ce dogmatisme uniforme et invariable d'une philosophie qui
ctouFTs les esprits. Les maîtres qui enasignent les priaeipes dans lesquels Ck)nrucius a tenu à se rsnferraer s'ituagiaent posséder la véritd absolue ; de sorte que toute ictelligon ce supérieure s'efforcantde sortirlde ce cercle se Toit toutes les issues formées : c'est un indigne qui n'achètera son indépendance qu'au prix de la misère.
t< Ainsi l'élection et le concours inscrits dans la théorie se trouvent faussés dans la pratique. »
Comme on le voit, Baxin ne pose pas le problème spécial que nous essayons d'éclairer : s'il nie la science, c'est pour des raisons contingentes; mais les causes qu'il invoque se trouvent confirmées par des cii'constances qui surgiront plus tard et que nous allons ex-
L'enseigncment des sciences européennes remonte au temps des missionnaires jésuites qui, au ktii° siècle, vinreiil en Chine, et, grâce à leurs talents, arrivèrent à conquérir les faveurs du souverain et une influence considérabie. Mais leur œuvre lut subitement interrompue par un décret d'expulsion du pape.
Cependant leurs essais d'initiation scientifique, sur lesquels ils avaient fondé les plus grandes espérances pour le triomphe de leur apostolat, devaient être repris quelques siècles plus tard, et c'est à des Français qu'en revient l'honneur, en partie.
Lorsque, après la guerre de l'opium, les revers éprouvés et le traité de Namlcing, la Chine fut contrainte d'ouvrir des ports au commerce des nations européennes, il arriva un moment oii elle dut songer à se créer une flotte, afin de résister aux exigences nouvelles qu'elle pressentait de la part de ces nations.
Deux officiers de la marine française, Pr. Giquel et d'AiguebcUo, ayant puissamment aidé le gouvernement chinois à écraser la rébellion des Taï-ping, celui-ci leur
confia la mission de créer l'arseaul de Fou-tchoo, 1867.
Or il fallait que les jeunes Ciiluois atlachés h rétahlisaeinent pussent êlre édairés sur les connaissances lûchniques qu'exige l'art dps coustructions nai-ales.
C'est alors que Giquel entreprit de composorun dictionnaire franco-chinois destiné à ces élèves. Les diflicultiis de cette entreprise étaient considérables, et, comprenant qu'il n'arriTerait qu'à produire una œuvre incomplèto, il préféra l'abandonner.
Ce dictionnaire, il'il de l'Arsenal, existe cependaut ; il est clair, mais sans théorie.
Plus tard, par suite du mouvement de plus en plus irrésistible des étrangers, les hommes d'État alors au pouvoir comprirent que le temps était passé où l'on se désintéressait de la politiqnc occidentale : il fallait compter avec sesesigencEssous (leine de s'exposer à des hostilitcjs nouvelles toujours suivies d'insuccès et conséquemment de concessions préjudiciables au prestige de la dynastie. Il fallait donc former des élÈves pour les langues et les sciences appliquées, afin d'avoir des interprètes, des officiers, des marins, des ingénieurs, des diplomates.
L'érection d'un collège à Pékin tut décrétée, et, pour le personnel enseigaant, on lit appel à des professeurs européens. Aussitût le parti hostile aux étrangers Qt entondre ses protostations : Wo-gen, conseiller d'État ot précepteur de l'empereur, adressa à son souverain un mémoire dans lequel il déclare qu' « avoir des relations avec les étrangers et les idées étrangères est une chose dont on doit avoir honte; mais cpi'ôtre enseigné par eux est la plus profonde dégradation qu'on puisse inJliger à un élève ".
Malgré l'énergique avis du puissant ministre de Touf;cheu, la Gazette offleielle enregistra la promulgation du
(li'crct qui instituai! le Toun-Oijon-Komin, cjiii signilie Salle de la littùraturo at du la sciance unies; il eet pmfuisaussi uppelé Collège internalional, mais faussement : cette qualîfioatioa eût paru consacrer une concession
On avait fait appel, dans le principe, aux savants de l'Empire, mais ils restèrent muets, et c'est alors que l'on recourut à des professeurs venus de l'Europe.
Il fallut ensuite procéder au recrutement des élÈvea. Les membres du Han-lin, la plus haute corporation littétéraire, furent inrités à se mettre en rapport avec te collège, et à y envoyer des éltives ; mais ceux-ci considérèrent la désignation dont ils étaient l'objet comme un affront, et Wo-gan lança une protestation indignée qu'il déclara n'être que l'écho du sentiment national.
Cependant l'hostilité ne pouvait duror, et le collège parvint à fonctionner sous la protection du parti chinois dirigé par le prince de Kong, oncle du souverain et régent de l'Empire : ce parti comprenail que la persistance dans l'isolement était une faute, et que le temps était venu, non d'entrer avec ardeur dans le concert européen, mais de se préparer, dans la mesure des nécessités commandées par la défense des intérêts propres de la dynastie.
Après une étude suffisante de la langue chinoise, les professeurs du collège se mirent h l'œuvre de l'élabora^ tion du langage scientifique, et ils flrent paraître successivement des traités de physique, chimie, mathématiques, droit international, jurisprudence, anatoniie, physiologie, et le gouvernement chinois les adopta à. titre d'ouvrages scolaires.
Vint le moment où il pi^rut nécessaire de coordonner t^es documents : cette mission incomba à l'un de nos compatriotes, BiIlei|uLn, professeur de chimie et d'histoire naturelle.
En 1891, il lit paraître un dicUonnairc franc o-cliinoîs comprenant plus (le 40000 molsserapportanlauxscionces, ù. la religion, à la diplomatie, au droit public Btiuturnationttl, à l'économie politique, au commerce, à l'industrie, une synonymie des termes géographiques relatifs aux pays on rapport ayec la Chine, etc., etc.
Ce dictionn;iiro a donc un caractÈre d'universalité : la compétence, lee soins et la conscience (]u'y a apportes l'auteur, l'honorent et accroissent la considération qu'ont les sinologues étrangers pour les travaux que nos compatriotes accomplissent.
Lorsque M. Billequin conçut le plan de son ouvrage, il se trouva en présence de trois méthodes : l'une phonétique, la deuxième au moyen de laquelle on compose des caractères nouveaux, et enfin une dernière consistant à pi-endre autant de caractères qu'il en faut pour former une circonlocution définissant ou expliquant l'être, l'objet ou la pensée dont la langue chinoise ne possède pas le nom ou l'expriission. La deuxième méthode, celle qui crée des caractères nouveaux, fut écartée d'emUée : elle avait échoué entre les mains de l'empereur Eang-hi, et après cette tentative il était impossible à un sinologue étranger, si versé qu'ilfùt dans l'idiome, de la reprendre. La méthode phonétique fut également rejelée : elle n'a aucune valeui' philologique et elle avait d'ailleurs subi des épreuves décisives, entre autres celle d'un traité de minéralogie dont il est impossible de comprendre un seul mot : d'après eOe, on prend le caractère cpii se rapproche le plus par le son de celui qui rend le mot ou la syllabe du mot de la, langue européenne qu'un veut traduire et qui varie Nécessairement suivant telle ou telle langue; si, par exemple, on veut traduire le mot « Anglais », on choisira les trois caractères suivants Jng-hi-U; le mot !• Français iiconduiruiichoisirFoi^!cin-ïKi,etc...
Limitée à des mots de celte nature, elle peut rendi'e sorriiie; c'est ainsi qu'elle est mise ea usage daiis les journaux chinois qui sont publiés dans les divers ports ouverts au commerce étranger, alîa de servir à la diffusion des choses qui se passent en dehors de la Chine et des idées ot inventions nouvelles. Aucun vocabuliiire n'existant, les rédacteurs de ces feuilles, au lieu de recourir à des périphrases longues et qui seraient dillicilement comprises, ont préféré rendre phonétiquement - les mots qui introduisent ainsi dans la langue du peuple des expressions étrangères. Exemples : ou-li-ma-louwj pour ultimatum; sse-ta-lou-ho pour Uatu quo. C'est ainsi que beaucoup de mots sanscrits, turcs, espagnols, etc., etc., ont pénétré dans Tidiomo chinois. Mais le langage scientiûque doit rejeter cette méthode.
La troisiùme procédé avait été usité précédemment par plusieurs sinologues, qui en avaientobtenu désavantages plus ou moins sérieux suivant leur compétence et leur sagacité philologique. C'est ainsi que l'ouvrage de M. Kerr n'a aucune valeur, quo la Chimie analytique de Shanghaï est incompréhensible, que le livre de Chimie de l'Arsenal, clair en tant quo style, est très incomplet et sans théorie, que le Traité de botanique d'Edkins et Williarnson est plein d'obscurité.
Les ouvrages suivants marquent un perfectionnenient : ce sont les Éléments de Physique, le Droit international, le Guide diplomatique, nnPrêcis d'Économie politique, une Physique malhéinatigue, un Traité d'anatomie. M, Billequin a traduit une chimie élémentaire, une chimie analytique et les codes français; RuesgII et Fritscha ont dressé un calendrier paraissant annuellement.
Prenons quelques exemples de l'application de cette métliode employée par M, Billequin. Au mot « alcali >', nous trouvons deux associations de caractères ; la première est
fan-çouan-ckei, la seconde feou-kia-kin-lei-lchei-siov. La premiÈrp Bifinifle k classe des acides renversés » ; la seconde aignilie « rouille de la série des métaux de la première clas":e »,
Le mot algèbre » donne naissance ù. l'association suivoiite . tar tchou-hio, qui signifie » étude qui donne des substituts auxnombres ".En regard du mot "Coefficient" nous trouvons le"! dfux caractùi'os pei-tehou, qui veulent dire « moyen multiplicateur dos nombres, chiffre d'accroissement, nombre final «.
Il est hors de doute que, en raison de sa grande compétence, de sa possession presque complÈlo de la langue chinoise et de l'universalilé de son érudition scientifique, l'auteur du Dictionnaire franco-chinois ne soit parvenu àrelirflr de la méthode que nous avous essayé de faire comprendre le maximum des résultats dont elle est susceptible. Ces résultats passeront-ils de la théorie dans la pratique? Un travail de cette nature a imposé à celui qui l'a entrepris un tel labeur, de tels efforts, qu'on doit l'espérer, et il faut croire que, si la mort n'était pas venue prématurément le surprendre, il l'aurait progressivement perfectionné.
Toutefois nous devons reproduire ici l'opinion d'un sinologue éminenl. M. G. ScWegel, professeur de chinois à riiniversitd de Leide, dans un article du T'oung jiao (vol. V, n" 2, p. 1893), écrit les lignes suivantes que nous traduisons de l'anglais : » Lorsque le gouvernement chinois établit à Péliin une école pour instruire les élèves sur les sciences européennes et appela des professeurs étrangers émlnents, une grande difflculté surgit pour ces derniers ; car, vu leur ;lgo, il leur était difficile d'acquérir la langue la plus compliquée du monde. Un Chinois passe beaucoup do temps à apprendre son idiome : par conséquent un étranger est incapable en quelques années
d'enseigner en chinois sa scienca et surtout les sciences naturelles, pour lesquelles, en général, les Chinois ont peu de goût. »
Lu, chimie tt un langage composé de grec et de latin qui on fait une science occulte pour ceux qui n'ont pas étudié spécialement son Tocabulairo. Cependant qii'a-t-on fait? On a traduit littéralement ce jargon, soit en copiant les mots, soit en les associant à des caracti^res chinois. Le n. Sluart dit, h ce sujet, que les expressions scientifiques en usage en Chine sont dues à l'influence occidentale. Or donner aux Chinois une nomenclature fausse ot perpétuer des erreurs scientifiques, ce n'est pas fait pour accroître le crédit des étrangers éducateurs. U propose ensuite un autre système de nomenclature que Schlegel désapprouve. Ces fautes, suivant ce dernier, vienaent de nos propres nomenclatures : ainsi chlore vient d'un mot grec qui signifie vert ou jaune pâle, ce qui est une appellation vaine, parce que la couleur n'est pas une définition suffisante d'une substance. Dans le Dictionnaire de l'Arsenal, chlore est rendu par un mot chinois signifiant « acide fort », ce qui n'enseigne rien sur l'essence chimique du gaz.
" D'ailleurs, dit en terminant lo professeur de Leide, il faut former un corps d'élite d'étudiants chinois, les dresser aux langues européennes et les initier ensuite aux sciences. Si, au contraire, on veut susciter un esprit scientifique de l'entendement chinois autre que celui qui existe, il faut d'abord mettre nos sciences à leur niveau en les rendant intelligibles : nos nomenclatures, traduites suivant les procédés mis en usage jusqu'ici, rcndeot ces sciences ridicules à leurs yeux. «
Ces lignes étant écrites après la publication du Dictionnaire de Billequin, on peut en inférer que Schlegel adresse h la méthode de son auteur les m(?mes critiques.
— iS —
Il est à peu près indiscutable que le procédé le plus sûr d'initiation consisterait dans l'étude préalable des langues europi^ennes suivie de l'enseignenieat des sciences dans ces langues eUes-mÈmes; et ce procédé serait d'autant plus fructueux et i-apide dans ses effets que les Chinois sont doués d'une remarquable aptitude pour les idiomes étrangers, qu'ils arriTenl ù. connaître avec une correction et une pureté d'accent exceptionnelles.
C'est d'ailleurs ce procédé que les Japonais ont mis en usage et gr&ce auquel ils possèdent une phalange de savants qui s'accrott chaque jour.
Mais s'ils se sont jetés avec ardeur dans la voie des sciences européennes et s'ils en recueillent aujourd'hui les fruits, les Chinois s'y sont constamment montrés hotitiles.
Voici un document qui atteste à quel point tout ce qui vient de l'Occident leur est odieux et irrite leur orgueil : Le 2l octobre 1870, par ordre impérial, le Bureau des cérémonies reçut du Conseil d'Etat un mémorial rédigé par Ying-Koue, gouverneur du Fou-Kien, et Chen-Pao- Cheng, haut commissaire de la marine, proposant d'établir des examens spéciaux pour les étudiants en mathématiques. « Le degré de force d'une marine, disent-ils, SB mesure à ses vaisseaux et à ses canons, qui, eux, dépendent pour leur construction des mathématiques. Ceux des Européens, se perfectionnant, sont arrivés à une supériorité décuple. Sa Majesté Sacrée Kang-hi possédait les sciences astronomiques et mathématiques, et les avait enseignées à Heï-wen-Sing et à d'autres savants, qui devinrent capables de tenir leur place dans les discussions devant les hommes de l'Occident. Aujourd'hui les savants ne manquent pas chez nous, mais nous n'avons pas d'école pour les études classiques : le Bureau astrono-
miqiie se conBne dans la routiae de bce formules sang jeter de lumières sur les principes de la acience, tandis que Votre Majesté a tonde des arsenaux à Foutclioo, à Shanghaï, à Tientsïn, lesquels peuvent rivaliser avec ceux des étrangers, mais où les ouvriers ne travaillent que sur des plans préparés par eux; en sorte qu'il est impossible de rattraper ceux qui marchent d'un pas plus rapide.
Cl Un coU&ge a été établi sur ce pied à Pékin : on a fondé dos écoles de mathématiques à Foulchoo et à Shanghaï : on a bien fait; mais doit-on s'attendre ài;e que des gens très versés dans les mathématiques quitteront leurs foyers sans être bien rémunérés? Quant à ceux qu'on enverrait dans les contrées occidentales pour les étudier, ils ne pourraient être que des oisifs, méprisables et inaptes. Vos serviteurs sollicitent donc de Votre Majesté la fondation d'une branche spéciale d'examens pour les mathématiques, desorte que les savants qui seront reconnus aptes seront employés aux constructions navales et à rarlillerie. »
A ce mémorial, le Conseil d'État reçut la réponse impériale suivante : "Le Bureau des cérémonies, considérant que les ma t h li ma tiques sont du domaine du Collège impérial de Confucius, a soumis la question à son examen et il en a reçu les Annales relatives à l'instruction des études mathématiques avec copie des règlements qui s'y rapportent. Cette farancho date de Li-chou, en l'an 2697. A la chute do la dynastie des Tchôo, les élèves se dispersÈi'cnt, et leurs livres furent détruits dans l'incendie des Tsin. Ainsi, pendant que les Annales de la Chine disparaissaient, ses rejetons d'au-delà des mers bônéflciaient d'un héritage de vérité, et c'est ainsi que la science ocuidentale fut dotée de la base sur laqmelle elle repose, Sa Majesté Sacrée Kang-lii, dont la lumineuse inlûUigenoe était un Jon du ciel, rassembla les procédés de calcul
des Chinois et des étrangers ; il composa son livro du Chou-li-Tsing-Youn, dans lequel il expose tout ce (jui est du domaine des matliématiques ; il élucide les principes de forme, grandeur, hauteur, distance, avec lesquels on peut déterminer les masures colcEtes, terrestres, la conjonction des astres, la fixation des saisons, le règlement des poids, etc. Ce livre, imprimé en 1723, sous Toung- Tchong, conlieut la perfection de ce qui a Irait à la philosophie naturelle. Ainsi, à cette époque, il n'était pas question de créerune branche spéciale d'examen, parce qu'on pensait que cette étude était indigne de rivaliser avec la vraie philosophie : on la dédaignait à cause de son origine barbare. Aujourd'hui, si elle était créée, aucun candidat ne se présenterait, puisque personne ne s'en occupe.
Il SousKang'hi,le savant Yang- Lien et Adam Shall(l) meauTÈrent l'ombre du gnomon, mais il n'y eut personne parmi les hauts fonctionnaires qui fut en état de comprendre la méthode. Or, actuellement, le in6me fait se produirait.
Sa 1S42, on proposa des examens pour l'architecture et les mathématiques ; en 1843, une semblable proposition fut renouvelée: le Bureau fit des rapports contraires, parce que ces dons projets contenaient de nombreuses objections : l'Empereur approuva les deux rejets.
■ Le Bureau est encore d'avis qu'il n'y a pas lieu de donner suite au projet des deux mémorialistes.
Il Cependant, enlS62, Sa Majesté a donné ordre de rechercher les hommes de talent afin qu'ils fussent employés suivant leurs capacités.
u Siaujourd'huiilenest qui soient aptes aux mathématiques, ils seront désignés et immatriculés pour les cours
(1) C'est une erreur ; c'est le P. Verbioat et non Adam Schall qn'il faut dire, comme nous lo voiTona plus loin.
du Collège impâriol de Confucius ot poursuivront leurs études conformément aux rilt's; et, par ce moyen, la ' perfection quotidienne des études mathématiques sera assurée, «
Quel imperturbable orgueil éclate en maints endroits de ces documents!
Les auteurs du projet rejeté par l'Kmpereur, après avoir i montré la supériorité des constructions navales ot do | IVirtillorie européennes, attribuent l'état d'infériorité de i la Chine à la désuétude des études mathématiijues : ils cherchent donc les moyens de les relever et ils échouent. Mais ils ne peuvent s'empBcher de [alsifier l'iiistoire ; ils ' rappellent que rillusire Kang-lii était un stvant mathé- . maticien, niais ils omettent de dire qu'il tenait sa science l ts jésuites.
. de Foutchoo, Shang-Haï, Tientsîn, ont i été créés par le souverain : Sans doute, mais sous la direction et le concours d'ingénieurs européens, ce qui n'est pas dit dans le document. S'agit-il d'envoyer des élÈves étudier en Europe, les mémorialistes protestent: les élèves qui accepteraient seraient voués au mépris et ne pourraient d'ailleurs être que des incapables ! Cependant, plus tard, le gouvernement formera des missions, mais elles n'auront iju'une durée éphémiirf I
Quant à la réponse impériale, ne prélend-elle pas que la science de l'Occident est un héritage de la Chine?
Enlin dans ces documents il n'est pas fait la moindre mention du Toun-ouen-Kouan, et il continuera encore longtemps à être un objet de suspicion de la part du parti irréconciliable et hostile aux étrangers.
Cependant les hommes d'Etat qui étaient an pouvoir se pénétraient chaque jour de la nécessité des réformes : éclairés sur la politique occidentale, ils prévoyaient que le temps n'était pas éloigné où les exigoncos crois-
santés des nations étrangères les contraindraient à des résistances, et ils songeaient aux moyens de s'y préparer. Le 19 avrÛ 1887, la grand Conseil de l'Empire reçut de l'Impératrice, régente depuis la mort de Toung-tehe, survenue en 1875, un décret se rapportant à renseignement des sciences et conçu dans les termes suivants :
<t Depuis nos relations avec les contrées étrangères, le gouvernement a créé des ateliers de construction pour les machines et les navires ; une école d'interprètes pour les langues a formé des élèves instruits dans les sciences dites européennes; mais leurs discours et leurs appréciations nous font craindre qu'ils placent lo progrès avanttoutes cîkoses et ne poussent àiiuiter les étrangers et à introduire dans l'empire des innovations préjudiciables à sa sécurité.
u Nos sages Empereurs, enfoudantdes institutions nouvelles et en perfectionnant les anciennes, avaient des vues grandes et généreuses. Ils ont empi-unté aux Occidentaux leurs méthodes de calcul, et ils les ont combinées avec les nôtres déjà si parfaites,
(c Les instruments qu'ils ont fait construire, tels que la sphère cèles te, l'équatoi'ial et les autres, l'ont été parordre impérial. Ils surpassent certainement les ouvrages qui les ont précédé» et ils sont précieux pour l'instruction des contemporains.
n Dans la suite, lorsqu'on a dû procéder à la fabrication des armes à feu, nos Empereurs n'ont pas hésité à donner des ordres pour qu'on recourût à tous les perfectionnements que pouvaient donner les procédés étrangers, F. Verbiest, Adam Shall, recevaient ordre de fondre des canons et de suivre les armées. Ceux qui regardent les mathématiques comme des sciences purement occidentales n'ont donc pa« examiné à fond la question.
ns que changer les rèylcmonts est
chose grave: il faut en élargir lo cadre et proposer a concours des questions sur les mathématiques, la construction des mactiinss, l'art de conduire des armées de terre et de mer, l'artillerie de marine ot les torpilles, le droit des gens ot les traités, l'tiistoire des divers peuples. "
Le 19 mars 1889, Liou-ming-Tchouon, goiivernaur de FormosQ, adresse à l'Empereur une lettre dans laquelle il fait ressortir la nécessité pressante de construire des cliemina de fer pour assurer la sécurité de l'Empire : il reconnaît qu'ils entraîneront de bien regrettables perturbations et troubleront le peuple en dérangeant les sépultures ; mais, sur ce dernier point, on pourra atténuer le danger en transporlaul les ossements dans dos lieux plus fortunés et à l'abri de toute violation.
n considtro que tous les autres moyens de défense employés sont sans el'flcacilé : ceux qui dénigrent les nouveaux seront les premiers à en faire demain l'éloge, car ils recounattront qu'ils apportent à l'industrie et aux transactions commerciales un puissant secours.
On voit combien ce document, comparé à celui qui prdcÈde, reOète un Sentiment plus éclairé des circonstances et des nécessités pour le gouvernement de faire un pas en avant: ce sentiment s'accentue davantage dans lo mémorial adressé par le vice-roi de Canton quelque temps après et dans lequel il met en évidence la nécessité urgente d'établir des chemins de fer dans toute la Chine. Il propose quatre grandes voies partant d'un point central. Il donne des détails topographiqucs étudiés avec soin et ajoute qu'elles serviront à l'esploilation des mines de houille et de fer.
Cet homme d'Étal pressentait-il que le jour n'était pas éloigné oii la Chine serait contrainte d'en venir h ces exploitations pour solder la rançon d'une défaite ï
Concurremment à ce mémorial, le ministre de la Marine arrivait à ceLla conclusion, tiu'il fallait différer l'étabiissomcnt du chemin de fer de Ticntsin à Toung-tchoou et commencer à Han-keou et à Lou-keou-Kiao, c'est-à-diie aux deux points extrêmes de l'empire: le 27 août 1889, l'Empereur décide qu'il sera donné suite aux conclusions du ministre de ta Marine.
Le Toun-ooen-Kouan fonctionnait et le gouvernement y envoyait des groupes d'élèves instruits dans les principales langues d'Europe: une fois en possession de ces langues, ils étaient dirigés vers les dilTérentes capitales du monde, suivant la langue que chacun connaissait, et s'y initiaient aux sciences. Ces missions, commencées BOUS la haute direction de M. Giqucl en 1817, se continuèrent sous celle de M. de Segonzac jusqu'en 1890; puis elles prirent fin à cette époque. Actuellement l'élude dos sciences reste au Collège de Pékin.
Essayons muinlenanl de rechercher à quel degré de culture so sont élevéos les sciences chinoises.
Il parait incontestable que les Chinois des anciens temps ont possi^dé d'assez profondes connaissances en astronomie ; il y a des textes formels sur ce point: dans loChou-King, ilest dit que l'empereur Yao, dont le règne remonte à l'an 2357 av. J.-C., apprit fi ses astronomes à reconnaître à l'aide de certaines étoiles le commencement des quatre saisons. Il leur prescrivit de calculer et d'observer les lieux et les mouvements du soleil, de la lune et des planètes; il leur apprit que l'année comprend un peu moins de 36G jours, et comme il la partagea en mois lunaires, il leur indiqiia les nnnéas qui doivent recevoir le mois intercalaire.
Il est certain que les anciens Chinois savaient la dilTérence à faire entre l'équateur et l'écliptique, la ligne équiooxiale, Tche-tao, et le chemin jaune, HoaHi;-(no. Ils
connaissaient exactciiLentetDbaurvaieatk'S cinq planètes <)u-IUng, Saturne, Jupiter, Mars, Venus et Mercure; ils caiculuient les éclipses et avaient leur calendrier annuel. Le P. Gaulil écrivant au P. Souciel lui dit: nLesCiiinois ont connu le mouveiniint d'occident en orient pour la soleil, la lune et les planètus, auxquelles ils ont donna des révolutions assez approchantes des iiûtros. Ils ont apprécié depuis plus de 2000 ans la quantité de l'année solaire ; ils ont bu observer les liauteurs mûridlennes du soleil par l'ombre du gnomon ; ils calculaient assez bien cette ombre pour en déduire la hauteur du pÛIe et la déclinaison du soleil: ils pouvaient conséquemment déterminer l'équateur et l'écliptique. Ils ont connu l'ascension droite des étoiles et le moment où elles passent au méridien et comment ces étoiles dans la mËnte année ae lèvent et se couchent avec le soleil et passent au méridien soit au lever, soit au coucher de cet astre. «
Cependant nous lisons dans le calendrier des Yn de M. Chavanues, aujourd'hui professeur de chinois au Collège de France, que la notion du méridien ne se rencontre pas dans les ouvrages d'astronomie chinoise et qu'on y suppléait par l'obsei-vation des diverses positions que prend à. la même heure, suivant l'époque de l'année, la projection d'une certaine étoile sur l'horizon. Quant à la connaissance de l'écliptique, malgré l'assortion du P. Gauhil, il serait possible qu'elle ne fût pas antérieure i. la période de trois siècles pendant lesquels le tribunal des mathématiques fut occupé pas les musulmans, de telle sorte que c'est à ces savants qu'il conviendrait d'en faire honneur. Quoi qu'ilen soit, on peut par l'histoire de la Chine en déduire la connaissance de beaucoup do choses en astronomie.
Cette science et son trait distinctif ont é.té admirablement définis parBiot : « Elle n'a, dit-il, rien de théorique
ni môme de ratio imellement déinoiitré ou qu'on suppose avoir besoin de l'être; elle use de procédés simples, conflrmatifs de nos théories modernes ; elle en déduit la durée moyenne des révolutions solaires et planétaires, les périodes de temps ramenant le& astres en conjonction ou en opposition, les éléments du calendrier et enfin les pronostics astrologicpies et les présages. »
Ainsi donc, si l'astronomie a été l'objet d'une tiaute culture dans le passé, elle a toujours été intimement liée à l'astrologie ; elle a servi à régler ofUcielIement les travaux administratifs et le temps des cérémonies publiques consignées dans le Calendrier impérial. Mais il y a bien longtemps que celte haute culture est délaissée et que le calendrier n'a plus pour la masse de la nation d'autre intérêt que de continuer i perpétuer les mystérieuses formules et les orficles tirés des diverses positions des planètes. Le Recueil des lois, g 309, prescrit qu'à chaque éclipse du soleil on doit faire des cérémonies pour délivrer l'astre ou la lune éclipsée: les tambours sonnent l'alarme ; les mandarins arrivent armés, adressent des objurgations et délivrent les astres menacés.
Lorsque les missionnaires jT^suites, les PP.Hicci.Adam Shall, Verbiest et d'autres, venusau s vu" siècle, entreprirent de relever de l'état de décadence le tribunal des mathématiques, un observatoire fourni d'instruments existait d^jà: ce n'étaient plus, sans doute, que des débris de la gloire d'nn antre ûge, mais c'étaient des témoins irrécusables d'une science qui, an lieude se perfectionner de siècle en siècle, subissait le sort réservé aux choses d'ici-bas.
Quand on songe que vingt-deux dynasties se sont succédé sur le trône de l'empire, emportées par de véritables révolutions, il ne fuut pas s'élonnerquela science astronomique en ail subi le contre-coup. Un ne recoii-
stitucra peut-âlre pas dans son ensemble et dans ses détails ces sciences des époques lointaines, mais ce qui en ' reste dans les vieux livres ou àans la tradition atteste le hant degré de culture oii elles se sont élDvf es, et le& éloges qu'on peut en faire ne sont pas amoindris par rorgueillouse obstination des Chinois d'aujourd'hui à revendiquer pour leurs ancêtres les gloires de notre civilisation : r in différence et parfais le dédain qu'ils affectent à leur égard sont cruellement expiés A l'heure qu'il est!
Ces réflexions nous remettent en mémoire le fait suivant ; Lorsque l'empereur Kang-hi voulut établir le calendrier, il ordonna aux membres du Bureau astronomique de s'adjoindre leP. Verbiest, qui lui avait appris la trigonométrie : le président lui fit remarquer que le concours de ce savant étranger n'était pas nécessaire. "N'avons-nouapas, dit-il, la science que Yao nousàenselfînée"? N'est-ce pas profaner la mémoire de cet illustre souverain et rompre avec la tradition sacrée que nos ancêtres nous ont transmise 7 Comment cet homme, venu dps contrées lointaines qu'Éclaire un ciel différent du nôtre, pourrait-il se livrer à des observations et à dos calculs qui nous soient utiles 1 N'en résultera-t-il pas une grande confusion? »
KanK-hi lui réponjit : « Exécute donc le travail toimémel »
Le Président réfléchit, et, ayant reconnu son impuissance, il s'inclina devant le volonté de son souverain. El c'est ainsi que le P. Verbiest établit le calendrier chi-
Nûusne dirons que quelquesmots de la géométrie, que les missionnaires jésuites apprirent à Kang-hi, qui, une fois en possession dé cette science, entreprit sa traduction; mais, obligé d'inventer des caractères spéciaux, il ne put que composer un Iraité trop obscur pour être
'. compris. Coin prouve que cette science n'existait pas chez les Chinois et on peut en dire autant de la physique, •e même souverain, également initié par les ji^'suites, traduisit, et qui eut le même sort, c'est-à-dire qu'elle ne fut accessible qu'à lui seul.
Quct^tt à. la cl^mie, si, comme ailleurs, elle n'était à l'origine qu'une pure alchimie à la recherche de la pierre philosophale et du hreuyage d'immortalité que poursuivait la secte dos Tao-tse, elle ne sortit jamais de cette ornière. Ces trésors, les adeptes ne les ont pas trouvés, mais la magie et la sorcellerie sont encore de pratique courante, bien que le code édicté despeiucs contre elles.
La céramique a créé des chefs-d'œuiTc, mais à l'aide ' de formules purement empiriques.
a a coutume do taire honneur auï Chinois de l'inven- ' tien de la poudre. Un sinologue russe, l'archimandrite . Palladius, — dans une communication orale qu'il nous a \ faite, — a rais la main sm- un document suivant lequel, Il is° siècle, un régiment persan au service du souverain I chinois aurait fait connaître une matière semblable au ' feu grégeois et qui fut ensuite employée & la confection I des feus d'artifice.
II est certain qu'à aucune époque les Chinois ne
t se sont occupés de géologie. Ils ont exploité leurs
[ richesses minières sans le secours d'aucune machine.
Q creusent ni puits ni galeries protondes, et n'ont
par conséquent pas besoin de ventiler. De là résulte que,
ïien qu'ils connaissent le feu grisou, ils n'en sont jamais
m bien rarement victimes.
La houille est extraite depuis le deusiëme siècle avant l'Ère chrétienne, sous la dynastie du Han; et sî primitif quo soit le mode d'extraction, il défraye leur consommation, On sait que c'est Marco Polo qui la lit connaître
à 3on pays et qu'elle ne fut exploitée en Anfiletetre, dans le Newcaatle, que depuis Guillaume le Conqué-
Adéfaut de gâologiies et d'ingénicursindigènes, le gouvernement confia à do3 savants américains la mission de faii'B des explorations et de déterminer la richesse minière de l'empire. Celte mission, dirigée par le professeur Pampelli. «près des travaux qui dureront do 1862 à 1864, adressa à l'Empereur un rapport et une carte des gisements houillGTs: ces documents ont été publiés par les soins de la Société Smitlisonienne dePliiladelpliie ettont également partie de la correspondance diplomatique des Élals-Uiiis pour 1864.
Eu 1S69, le baron de Richtofen entreprit des travaux de mfline ordre, lesquels durtrent plusieurs années, et en 1 882 il publia un ou^Tage considérable sur la Chine, dans lequel il donne à cette question des développements de premier ordre et d'où il résulte que le charbon en Ciiine couvre de vastes espaces, plus considérables encore que dans l'Amérique du ?(ord.
Notre savant abbé David a également publié dans les bulletins de iaSociété géologique de France des travaux importants sur ces questions.
Quel est l'étitt des coonaissances des Chinois dans les sciences naturelles?
Bridgmann, dans sa ChrestomalU, arrive à cette conclusion qu'on ne rencontre dans leurs li^-res que de fastidieuses éuumérations. Leurs idées sur les corps simples sont nulles: ils croient que les cinq métaux sont en rapport avec les cinq couleurs, les cinq planètes et les cinq viscères 1
En fuit de ïoologie, ils n'ont que des classifi cation s absurdes et ne pouvant servir à aucune détermination sérieuse. Le Pen-tsao fourmille de dessins représenlant
soit des anintHiix réels mais souvent défigurés, soit des animaux Tabuleux.
M. BfstSI^hneide^ émet un jugement semblable sur leur botanique ; il dit que les figures des plnntes sout ?i défeolueusos que parfois les fleurs les plus usuelles sont méconnaissables. Leur plus ancien traité est celui de l'empereur Siien-nunfr, 27 siÈcles avant J,-C. Il esl simplement énumératif. Le Hh-ya, qui date du xu* siècle avant cette tre, montre .quelques progrès; cependant le Pentsao, qui est leur plus compendicuse encyclopédie, n'a, suivant ce savant russe, aucune espèce de valeur : on n'y trouve aucun aperçu, aucune systômatisalion sur ta genèse ot le développement des plantes, a C'est, dit-il, une assertion indéniable que les Chinois ne savent pas observer et n'ont pas souci de lavérité:leur style estuégllgé, semé d'ambiguïtés, de contradictions, mais fécond en merveilleux et on digressions puériles. •>
Dans une communication récente qu'il a bien voulu nous taire, il maintient ce jugement, porté il y a 23 ans ; cependant, au lieu de dire qu'ils ne savent pas observer, il concède qu'ils ne veulent pas observer, car il a rencontré çk et là des renseignements intéressnnts pour l'histoire des plantes cultivées; mais il ajoute que Lichi-Tchea, auteurdccesronseigncments, est une exception.
Que peut-on dire des sciences médicales'?
A part quelques auteurs qui ont traité celte question et qui sont arrîvésàdes conclusions qui attestent l'inauffisance des sources auxquelles ils ont puisé leurs iurormations, la plupart sont unanimes h. considérer ces sciences comme de nulle valeur.
D'ailleurs il serait difficile qu'il en fût autrement. Kn efTet, la base fondamentale de ces sciences est la connaissance de l'anatomie et delà physiologie, sinon do l'homme
au moins des animaux : or la dissection ies corps est prohibée par le bouddhiBiuo, et toutes les notions d'un médecin chinois sur ces sciences lui viennent d'études faites sur une statue en bronze dressée dans le temple de Confucius et sur laquelle sont indiqués les différents points où doit porter l'aiguille à acuponcture, qui est à peu près lo seul instrument médical et chirurgical en usage dans l'exercice de l'art.
Assurément on doit reconnaître que certains praticiens sont doués d'une sagacité clinique qui parfois les inspire et leur obtient des succès; nous concédons même qu'ils mettent en usage des agents thérapeutiques dont ■ leurs malades se trouvent bien: mais ce n'est jamais là que du plus pur empirisme. Comment no pas sourire quand on voit les pathologistes chinois développer leur théorie des 72 pouls, & l'aide desquels ils prétendent reconnaître toutes les maladies et jusqu'au sexe du fœtus?
Sur ce point et sur les sciences en général, Schlegel, le savant professeur de chinois de l'Université de Leide, soutient qu'ils possÈdent des lumières qui égulont les nûtres. Nous ne leur refusons nullement des aptitudes, et nous admettons qu'ils pourraient un jour être nos émules; mais c'est à la condition qu'ils le veuillent et qu'ils apportent à vouloir la mËme ardeur et la même ténacité qu'ils ont jusqu'ici entretenues pour s'immobiliser dans lo fétichisme d'un orgueilleux passé vers lequel ils tiennent leurs regards obstinément fixés.
On a dit que lo déclin de la vie scientifique a commencé avec la domination tartare. Sans doute la fin du règne de Kang-hi marque le zénith de la civilisation chinoise, qui fut grande à un moment oii l'Europe avait quelques raisons, sinon de la sul^stituer h la sienne, au moins de s'en inspirer sous beaucoup do rapports.
Mais depuis cette époque la décadence de la Chine
marche à grands pas. Vaincue, contrainte d'ouvrir ses portes au reste du monde, elle vient d'être mise à merci par une nation qui, il y a quelques années, capitulait devant elle (1).
Il survient dans la vie de certains peuples des transformations d'idées, de croyances, qui, malgré la survivance du fond héréditaire, suffisent à imprimer une marche ascendante : c'est la loi du progrès, loi qui s'impose à toute race sous peine de déchéance et de mort.
Pour la race jaune, ce fond héréditaire a toujours été l'obstacle h l'accomplissement de cette loi.
Immobile, non par impuissance ou inaptitude, mais par orgueil, obstination, dédain et mépris pour tout ce qui ne procède pas d'elle-même, étrangère aumouvement des sciences, par cela seul qu'elles ne sont pas éclosessur son propre sol, bien qu'elle prétende les posséder toutes, les avoir enfantées et données aux autres, elle a fini par succomber, frappée par les armes qu'un peuple minuscule, comparé au plus colossal empire du monde, a su, mieux qu'elle, préparer et diriger.
(1) Hostilités au sujet de Formose en 1871.
Pari». — Typ. Chainerot et Renouard, 19, rue des Saints-Pèrea. — 32789.