INTRODUCTION
La Science de rEconomie politique ap« prend les principes de la formation, du progrès, et de la décadence de la Richesse, et l'application de ces principes à l'Administration économique des Nations.
Le sol, le travail, et l'emploi des produits sont les sources des richesses. C'est à l'aide du travail que l'homme acquiert celles qui dérivent, du sol et de l'emploi des produits.
Les produits premiers et ouvrés , dont les peuples de tout pays jouissent en partageant les travaux , sont infiniment meilleurs et plus considérables que ceux qu'ils posséderaient si chaque individu travaillait lui-même à recueillir et à modifier toutes les choses dont il a besoin.
L'homme tire les avantages de la Division par le moyen de féchange, c'est pour-
quoi la plupart des travaux d'un peuple sont faits ou pour être échangés, ou pour être employés soit au sol, soit au travail, k l'effet de recueillir ou modifier des choses échangeables.
Posé en fait, que par le travail on retire toutes les richesses, et que le mobile qui met en action presque tous les travaux est l'utilité de l'échange, il s'ensuit qu'on ne pourra jamais se flatter de posséder la Science de l'économie politique, quand on n'aura pas la science de la valeur des choses dans l'échange.
Il y a variété dans l'aptitude des hommes au travail , il y a variété dans l'aptitude des terrains aux productions. Pour déterminer la valeur échangeable des matières premières et ouvrées, il est par conséquent nécessaire de reconnaître les rapports de valeur entre les matières premières produites par des terrains d'aptitude diverse, et les rapports de valeur entre les travaux faits par des individus d'aptitude différente. Il faut des capitaux pour retirer du sol les matières premières, et pour les modifier^
on ne pourra donc parvenn- à apprécier les matières premières et ouvrées, si on ne sait aussi calculer la valeur que leur impriment les capitaux employés par des hommes d'aptitude différente dans les manufactures , et dans les terrains d'aptitude diverse.
De l'examen de toutes les théories qu'on a données jusqu'à nos jours sur la valeur relative des choses, il résulte qu'aucun Economiste n'a calculé, ni même entrevu l'effet que produit sur la valeur échangeable des denrées et des travaux la différence de l'aptitude naturelle des hommes au travail , et la différence de l'aptitude des terrains à la production ; aussi , n'ayant pas connu les principes des valeurs, nul Auteur n'a pu enseigner la Science de l'économie pohtique.
Lorsque dans mon jeune âge je me hvrai à l'étude de l'économie publique, je fus frappé de la contradiction qui régnait entre tous ceux qui avaient écrit sur ce sujet ; je les voyais tous empressés à réfuter les principes de leurs rivaux , et je sentais qu'en effet toutes les théories étaient erronnées. Suivre le sentier battu, c'était me traîner à
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la suite de voyageurs sans boussole. Couvaincu que la Science n'était pas trouvée , il me fallut renoncer à l'étude des Economistes , et m'ouvrir un nouveau chemin pour la découvrir.
Consultant plus mon zèle pour l'amour du bien que mes forces, je m'élançai dans cette laborieuse entreprise. Au premier abord elle m'effraya. Déterminer la valeur de toutes les choses de la terre , de tous les travaux des hommes!.... comparer l'humble travail des champs avec les hauts faits du guerrier; classer dans un même tableau, par un procédé uniforme, la feuille qui tombe flétrie dans les forets, avec le riche diadème qui décore le front des rois j découvrir enfm les rapports des valeurs dans ce dénombrement presqu'infmi de choses produites par tant de terrains d'une fécondité si différente , ouvrées par l'immense multitude d'hommes d'une aptitude si diverse! c'est un abîme qui passe les limites de la pensée. Cependant en réfléchissant sur l'admirable simplicité que la nature met dans ses voies, lunmensité des objets
cessa de m'efiVayer. Si simple dans tous ses ressorts, pourquoi aurait-elle dérogé k ellemême dans le principe de la valeur d'échange , premier mobile de cet Etre pour lequel l'Univers a été créé ?
Je commençai à considérer les différences qui distinguent les aptitudes , soit des hommes aux travaux , soit des terrains aux productions , et j'y reconnus ces deux lois.
1°. Les facultés physiques et morales que chaque individu ( à l'exception de quelque génie ou de quelque monstre extraordinaire ) reçoit en partage de la nature, sont liées avec celles d'autres individus par un rapport d'égalité ou d'aftinité dans l'aptitude au travail. Chaque individu est lié avec ceux qui n'ont avec lui ni rapport d'égalité, ni rapport d'affinité d'aptitude dans aucune de ses propres facultés, est dis-je lié, ou par l'affinité réciproque qu'ont, à l'égard de ces individus, ceux qui sont en affinité avec lui dans ces mêmes facultés, ou par l'égalité ou l'affinité que dans d'autres facultés ont, à l'égard d'autres individus, ceux qui sont en affinité avec lui^ de manière que par
la correspondance partielle des aptitudes physiques et morales, tous les individus se trouvent, ou égaux,, ou en affinité, ou indirectement liés les uns aux autres avec une gradation régulière , soit par l'effet direct de l'égalité ou de l'affinité immédiate, soit par l'effet indirect de l'égalité ou de l'affinité qui lient alternativement les uns aux
autres.
ii". L'universalité des terrains d'une région étant considérée dans son aptitude a la production, il résulte, que la qualité sensible de la plupart des denrées que chaque sorte de terrain peut produire, est égale a la qualité sensible des denrées que peuvent produire d'autres terrains d'une aptitude différente dans le total de leurs productions 5 que les terrains aptes à une même qualité de denrées, si on les compare sous le rapport de la quantité produite, sont ou égaux entre eux ou en affinité d'aptitude progresssivement les uns avec les autres : et que chaque terrain avec les terrains qui ne sont ni égaux, ni en affinité avec lui, daus l'aptitude à produire les mêmes den-
réeSj se trouve lié, ou par Taftinité réciproque qu'ont, à l'égard de ces terrains, ceux qui se trouvent en affinité avec lui dans l'aptitude à produire ces mêmes denrées, ou par l'égalité , ou l'affinité que dans d'autres denrées ont, à l'égard d'autres terrains, ceux qui sont en affinité avec luij de manière que par la comparaison partielle de l'aptitude à la production de chaque denrée, tous les terrains se trouvent, ou égaux, ou en affimité, ou indirectement liés les uns aux autres par une gradation régulière, soit par l'effet direct de l'égalité ou de l'affmité immédiate, soit par l'effet indirect de l'égalité ou de l'aflinité qui lient alternativement les uns aux autres terrains.
Ce sont deux ordres partagés en classes par une même raison, c'est-h-dire , par les affinités intermédiaires. La nature n'isole rien : ses œuvres sont un ordre graduel de correspondances et d'analogies 5 ses transitions ne tranchent pas, tout se lie et se coordonne insensiblement, tout se dispose par classes et nuances.
Ensuite je méditai sur les causes qui