‹ La science de l'économie politiqueChapitre 50 sur 62 · HYPOTHESE · texte numérisé non relu

HYPOTHESE

Le premier Tableau offre une île divisée en cinq Etats : A, B, C, D, E. Chaque Etat a six districts, de quatre milles carrés chacun. Au nord commence l'Etat A ; ensuite s'avancent successivement vers le midi les Etats B, C , D , E, Chaque Etat n'a qu'une ville , laquelle occupe le premier district vers le nord.

L'île par conséquent a trente districts. Les six premiers appartiennent à l'Eitat A ; les autres six à l'Etat B, et ainsi de suite.

Le sujet de ma thèse est l'Etat C, Je me propose d'exposer les effets que la privation du commerce étranger , l'introduction de ce commerce, et la prohibition de l'importation ou de l'exportation de quelque denrée spéciale, produisent sur la culture et la valeur des denrées de l'Etat C.

PREMIER PERIODE

Economie agricole de VEtat C a^ant Tintroduciion du commerce étranger^ supposition faite des circonstances suivantes :

1°. La demande des denrées agricoles est celle indiquée dans le II<= Tableau. Les denrées des terrains incultes n'y sont pas comprises.

?.". L'aptitude des terrains de chaque district est celle Indiquée au \iV Tableau.

3°. Ces terrains produisent la même denrée et la donnent de même qualité.

4.". Les denrées sont considérées non -divisibles par fractions , c'est-à-dire, ainsi qu'elles sont considérées au chapitre IX du troisième Période : par conséquent et la demande , et le revenu , et la consommation se rapportent à la production indivise.

5°' Les denrées produites par des terrains incultes sont différentes de celles énoncées au II« Tableau.

6°, La production annuelle est constamment égale.

7°. Ni l'exploitation des terrains incultes n'emporte la perte des produits spontanés , ni la variation de culture n'endommage les capitaux.

8" La consommation des produits se fait toute dans la ville C , unique séjour des habitans de l'Etat.

9". Le temps qui s'écoule depuis l'emploi d^s capitaux jusqu'à la vente des denrées , est le même pour chaque agriculteur.

10°. Le paiement au colon , régisseur , fermier , etc. , pour culture, transport, etc., est la moitié du produit. Les denrées reçues par les propriétaires , pour le revenu de leurs terrains, n'exigent aucun coût de capital et de travail pour échanger ces denrées en argent. Il n'y a ni impôts, ni douanes , ni primes.

11°. Le prix du transport à la ville C de cent rubs de quelque denrée que ce soit, est en raison d'un rubs de froment pour chaque district que la denrée doit parcourir ; ainsi les frais du roulage de cent rubs d'une denrée cultivée dans le district 1 4 , s'élèveront à deux rubs de froment. Le montant des frais est payé au moment où l'on vend la denrée.

12°. La culture des terrains de chaque district demande le même capital. Celle de toute l'étendue d'un district s'élève à un capital équivalent à la valeur qu'ont dans le marche C, 1,166,200 rubs de froment. Le seul district, n. i.j, présente la circonstance particulière d'exiger le capital de 1,166,200 rubs de froment, si on cultive le district pour la production complexe du maïs et du froment , et le capital de i,4i3,<)36 rubs de froment, si on cultive le district pour la production du maïs , du froment , et du vin. Ces capitaux ne se consomment pas.

Ces circonstances données , le résultat de la culture , de la production , et de la valeur comparative des denrées cultivées de l'Etat C, pendant le premier Période, sera celui indiqué dans les Tableaux sulvans ; savoir :

III*^ Tableau. Aptitude du sol , et revenu en froment que les denrées de chaque district rapportent au marché de C.

IV« Tableau. Prix naturel en froment dans le marché C , pour mille rubs de chaque denrée.

V^ Tableau. Culture et production annuelle.

EXPLICATIOM.

Le district i5 est le seul qui produise du foin. Il est égal au district 17 dans l'aptitude à la production du froment: mais il est plus voisin du marché C. Le foin et le froment sont donc les denrées propres pour la culture du district i5 ; mais ce district ne peut donner que g3,o4.8 rubs de froment , la partie cultivée en foin déduite. La demande est de 124,064 ", il faudra par conséquent cultiver en froment le district 1 7 , puisqu'il est le plus propre à cette culture après le district if).

Le propriétaire qui dans le district i5 cultive le fiomcnl.

recevra en échange de cette denrée au marché C , ce que le propriétaire du district 17 commande en échange avec la même denrée. Le revenu net du district 1 7 s'élèvera à rubs 58,c)3o, l^.o centièmes, et le revenu net du district i5 s'élèvera à rubs 6o,s6i, o4 centièmes , à cause de l'épargne du transport.

Le district i5 est apte aussi à la production du seigle; mais si le propriétaire de ce district voulait cultiver du seigle, il ne pourrait commander en échange du seigle au-dessus de ce que commande avec la même denrée le dist. 16,

Examinons ce que le seigle du dist. 16 peut avoir en échange. Le revenu net de 80,000 rubs de seigle doit être égal au revenu net de rubs io,io3 , 55 centièmes de soie. Cette denrée ne peut commander plus de froment que ce que commande la soie produite parle n. 17 : donc 80,000 rubs de seigle ne peuvent recevoir en échange que 62,750, 72 centièmes rubs de froment.

Dès que celte valeur d'échange entre le seigle et le froment doit s'établir dans la proportion mentionnée cidessus, les rubs 79,700 de seigle , qu'on recueillerait dans le district i5 , s'échangeraient contre rubs 62,5i5, 4i centièmes de froment. Il résulterait de cet échange que le revenu de 79,700 rubs de seigle, les frais de transport déduits , se réduirait à rubs 60,124, 4* centièmes de froment : il ne conviendra donc pas au propriétaire du district i5 de cultiver le seigle, puisqu'en cultivant le froment avec le même capital, il retire le revenu de rubs 60,171,04 centièmes, et conséquemment un revenu plus fort de rubs 46, 63 de froment.

Le district 16 sera cultivé en seigle , maïs , huile et mûriers pour la soie. Le genre le moins propre à être cultivé parmi toutes ces denrées est le mûrier : on ne cultivera donc le mûrier que dans le terrain qui excède la

culture (lu seigle , du maïs el de l'hnile. Aticndu que ce terrain ne suffit pas pour satisfaire à toute la demande de la soie , on cultivera aussi le mûrier dans le disfrict 17, Le propriétaire du district 16 échangera la soie contre les denrées du district 17 dans la même proportion que la soie produite dans le district 17,

Le terrain du district 17 est le plus propre à la culture du froment après celui du district 1 5 , et le plus propre pour le mûrier après le district 16 ; il est aussi le meilleur à choisir pour le vin et le lin. Ces quatre denrées y seront donc cultivées.

Les districts i4 et 18 resteront incultes, attendu qu'en y employant les capitaux nécessaires, ils donneraient un revenu moindre que les districts i5, i6 , et 17.

Cette théorie est développée dans un seul point de vue au 11^ Tableau.

DEUXIÈME PÉRIODE

Economie agricole de VEtat C , après T inlroàuctinn du commerce m>ec les Etats étrangers A , J5 , D , E , supposition faite des circonstances suivantes :

i". La demande de TEtat C des denrées agricoles produites par l'Etat C et par les Etats étrangers , el la demande des Etats étrangers des denrées produites par l'Etat C , et par les dislricts étrangers , 6 , 12, 24., 29, sont dans les limites indiquées au 11'= Tableau.

2". L'aptitude qu'ont les terrains des districts étrangers, 6 , 12, 24 , 29 est indiquée au VI Tableau.

3". Les circonstances 3 , 4, 5, 6, 8, 9, 10, décrites au premier Période , subsistent et sont aussi communes aux Etats étrangers.

4.°. La circonstance ti. 7 est commune aux dislricls clrangcrs de A , B , D ; mais les terrains de l'Elal E souffrent une perte de produits spontanés dans l'exploitation de terrains incultes , et une perte de capitaux dans la variation de la culture. La perte s'élève au cinquième du revenu net que le propriétaire reçoit par la nouvelle culture.

5°. Pour ne pas donner une complication trop étendue aux rapports du commerce réciproque entre l'Etat C et les Etats étrangers , je suppose que parmi les dislricls étrangers il n'y ait que les districts 6, 12,24, 29, qui soient aptes à la production des denrées énoncées au YI'= Tableau ; que la production de tous les autres districts étrangers servent à la demande de chaque Etat auquel ils appartiennent respectivement, et que les denrées auxquelles sont aptes ces districts ne soient d'aucun usage au-dehors de l'Etat où elles naissent.

6". lîans ces Etats étrangers les villes désignées par A, B, D, E, sont les lieux d'habitation et de consommation des individus.

7°. Dans le district 3o de l'Etat E se trouvent les mines d'or et d'argent.

8°. La valeur d'échange de l'or et de l'argent dans la ville E contre les denrées de son propre Etat est indiquée au VII'= Tableau.

9". L'or et l'argent n'exigent aucun frais de transport.

10° Le prix du transport de cent rubs d'mie denrée quelconque aux villes de consommation , est en raison de 4.0 centièmes d'une once d'argent à chaque district qu'elle doit parcourir. Les frais de roulage sont payés au moment de la vente des denrées.

1 1". Le maïs produit par l'Etat C satisfait à ses besoins.

12". L or cl Targenl sont dt-jà répandus roinmc monnaie dans les Etals é! rangers.

Ces circonstances données , le résultat de ia culture, de la production , et de la valeur comparative des denrées agricoles des terrains de l'Etat Cet des terrains 6, 12, 24, 29, des Etats étrangers , à l'époque de !a liberté du commerce étranger, sera celui indiqué dans les Tableaux suivans :

Le VIII'- Tableau présente le revenu net en froment et en argent que les denrées produites par chaque district de l'Etat C donnent aux habitans de la ville C.

Le 1V« Tableau indique le prix naturel en froment et en argent au marché de C pour 1 ,000 rubs de chaque denrée dérivée autant des districts de C que des districts étrangers.

Le V« Tableau indique la culture et la production annuelle des districts de l'Etat C.

Le IX'' Tableau indique la culture et ia production annuelle des districts 6 , 12 , 24 , 29 des Etat étrangers A, B, D, E.

Le X*^ Tableau renferme :

1° L'état comparatif de la valeur en onces d'argent rapportée par les denrées qui établissent la liaison des terrains des districts étrangers 6 , 12, 24, 29, avec les districts de l'Etat C.

2", La valeur en onces d'argent des denrées étrangères qui puisent leur valeur comparative dans le degré où les districts se trouvent classés par l'effet de la liaison énoncée ci-dessus.

3", La valeur en onces d'argent que rapporteraient aux propriétaires des districts B , D , les denrées qui ne sont pas propres à y être cultivées.

Le Xl'= Tableau comprend l'état des importations et des exportations des pays A, B, C, D, E.

Le XII* Tableau présente la balance économique d'importation et d'exportation entre les Etals C, A, I>, D, E,

Explication.

On voit d'un coup-d'œil dans le X* tableau la liaison agricole de l'Etat C avec tous les Etals étrangers, et la valeur comparative du revenu de tous les terrains qui forment cette liaison. De ces rapports on infère l'idonéité des terrains , fûlonéilé des cultures et rkionéilé des denrées pour l'importation et l'exportation.

Dans l'Etat C on importera des districts 6 et 12 le vin ; des districts 12 et 24. le coton : des districts 24. et 29 le sucre; du district 6 l'huile, et du district 29 l'indigo.

Les districts de l'Etat C expédieront à la ville de C pour la consemmation de ses habitants le froment, le maïs, le seigle , le foin , le lin et la soie, et exporteront à l'étranger le froment et la soie.

Le vin du district G ne peut comuiander moins que le vin du district 12. Le coton du district 12 moins que le coton du district 24. Le sucre du district 24. moins que le sucre du district 29. Si dans C on expédiait le maïs de ce district 29 , il commanderait en C non moins de ce que commande cette denrée produite par le district i4- Par conséquent les denrées des districts, 6 , 12 , 24., commanderont en C en raison composée de la valeur comparative qu'elles présentent a l'égard du maïs du district 29 , et de la valeur comparative que le maïs du district i4- présente à l'égard des denrées des districts 6, 12, 24.

Réciproquement le district 29 ne peut donner un lucil-

leur échange que le dislrict 24. , ni celui-ci meilleur que le dislrict 12 , ni le district 12 meilleur que le district 6.

Cela posé, aliendu que le propriétaire du district 18 doit recevoir en D avec le vin autant que reçoit le propriétaire du district 24- avec la même denrée , et que le propriétaire du disirict 18 ne peut faire un meilleur échange que le propriétaire du district i4-, les districts 6 , 12 , ^^î 29, 1^5 18 retireront de leur capital de 4-66, 4.80 onces, un revenu égal net en argent , cest-à-dire 23,324onces d'argent, ou 1,457 onces 3/4- d"or.

Les districts 6 , 12,24., '4^ '87 formeront un seule classe. Le dist. 29 ne peut appartenir à celte classe, parce que nous avons supposé que les terrains seuls de l'Etat E perdent un revenu antérieur dans l'exploitation des fonds incidtes.

' . ... 1 TROISIÈME PÉRIODE

Economie agricole de F Etat C , après la défense d'importer Ihuile^ le vin^ et le lin ; en conservant toujours Vliypothèse qu'ily ait^ soit la même liberté que dans le deuxième Période pour l'importation et V exportation de toute autre denréC) soit les circonstances énoncées au mé/ne Période, ii l'exception de la demande des denrées , laquelle est supposée dans les bornes indiquées au Tableau II.

Par l'effet de cette prohibition d'Importation , et de ce changement de demande , le résultat de la culture , de la production, et de la valeur comparative des denrées do l'Etat C , pendant ce Période , sera celui indiqué dans les Tableaux sulvans ;

Le VIII Tableau présente le revenu ne! en froment et

en argent que les denrées produites par chaque dlslrict de TEtat C donnent aux habltans de la ville C.

Le IV'' Tableau indique le prix naturel en froment et en argent au marché de C, pour i,ooo rubs de chaque denrée , provenant autant des districts de C que des districts étrangers.

Le V« Tableau indique la culture et la production annuelle des districts de l'Etat C.

Le XÏII'= Tableau indique la culture et la production des districts n. 6, 12, il^, 2g des Etats étrangers A, B, D, E.

J'ose me flatter d'avoir atteint le but que je désirais , rolui de présenter une idée générale , tant de la liaison entre les cultures des différetis Etats, que de la liaison qui en résulte entre les valeurs des produits agricoles.

Pour simplifier le plus qu'il m'était possible cette notion, lorsque j'ai représenté l'Etat C sujet à des lois prohibitives sur l'importation du vin , de l'huile , et du lin , j'ai établi Thypothèsc que la demande des denrées tant nationales qu'étrangères changeât. Cette modification me sembla favorable pour indiquer , par un développement facile , les changemens de cult?ire qui dérivent de la prohibition de l'importation des denrées. Le lecteur qui voudrait reconnaître les variations des cultures et des valeurs qui en seraient résultées , si la demande du froment n'avait pas changé à l'époque de la prohibition des denrées, n'a qu'à faire l'application des principes que j'ai développés dans l'hypothèse simplifiée.

Dans la même intention de ne pas présenter des varia-

lions trop compliquées, j'ai supposé que rintrocluclion du lin clait défendue , quoique avant cette prohibition, il ne se fit point d'importation de lin. Si l'on n'eût pas défendu l'importation du lin, il aurait été cultivé par le district 24, et l'Etat C aurait été pourvu de lin par l'Etat D. Ce changement de culture m'aurait entraîné à des calculs trop fatigans et pour le lecteur et pour moi.

Mon Lut n'est que de donner une idée générale des principes qui règlent les valeurs des produits agricoles, et conséquemment l'agriculture de chaque nation. L'économie agricole de l'île que j'ai supposée, est le type de l'économie agricole de l'Univers. Son exemple apprendra les variations des valeurs , et par suite les variations des cultures qui doivent dériver des impôts , des dîmes , des douanes et des primes , de la liberté et de la prohibition des importations et des exportations des denrées agricoles; et il démontrera, j'espère, aux Gouvernemens la nécessité de prévoir dans l'enchaînement des lois agricoles , la génération et l'enchaînement de leurs effets.

L'Etat C se montre sous les attraits du sol le plus fertile. Il paraît d'abord étrange à l'administrateur de cet Etat de tirer l'huile et le vin de l'extérieur , lorsque ce sol n'est guères moins fertile en ces denrées que les Etats étrangers. Il défend l'importation de l'huile et du vin. . . qu'en arrive- t-il ? La culture du lin disparaît , le lin étranger remplace le lin national ; l'exportation du froment diminue , et la valeur de l'huile et du vin augmente. On a recours aux lois de prohibition ; l'introduction du lin est défendue... voilà que sa valeur augmente , et conséquemment les toiles nationales de lin renchérissent. Quels sont les effets que ce renchérissement produit sur les manufactures de lin ? Combien de fois une petite augmentation de valeur dans les fabriques natio-

nales, reiul les tmanufactures étrangères plus propres à Tachai du consomma leur !

- Enfin le développement des efieis que la liaison des terrains apporte sur Fagriculture , nous conduit à une réflexion de la plus haute importance dans l'économie agricole , savoir :

Pour qu'une denrée soit cultivée dans un terrain , il ne suffit pas qu'elle donne le profit naturel des capitaux et la valeur naturelle du travail de Vemployant ^ il faut qu'elle ne rapporte pas moins d'utilité cju'uue autre denrée. Un Etat peut donc perdre la culture d'une denrée quoiqu'elle donne un revenu bien au-dessus du profit naturel.

C'estdel'enchaînement des aptitudes, c'est du rapprochement des termes les plus éloignés par les intermédiaires , que naît l'enchaînement des valeurs. De ce principe on :infère bien aisément que les mêmes régies qui constituent la valeur des denrées , des minéraux , eic. , déterminent la valeur qu'imprime aux choses ouvrées l'aptitude des eaux et de l'air. On ne doit jamais oublier que la nature n'isole rien , que toutes ses œuvres sont un ordre graduel de correspondances et d'analogies, que tout se lie et se coordonne insensiblement, et se dispose par classes et nuances.

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