‹ La science de l'histoireChapitre 2 sur 4 · X-xx · texte numérisé non relu

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observable dans un seul objet ou dans an acte isolé, n'est atteint que par la constatation et la comparaison de beaucoup d'objets et de beaucoup d'actes >. Une autre difficulté vient de ce que certains de ces phénomènes « mettent des siècles à se développer, et que, pour en saisir l'ensemble, il faut combiner par la pensée des changements innombrables, lents, compliqués et cUfficiles à suivre > (H. Spencer).

2^ En admettant même que le progrès des sciences historiques donne à ces généralisations beaucoup plus de précision et de sûreté qu'elles n'en ont actuellement, les lois qu'on peut en tirer ne sont tout d'abord que des lois eris^' riqti£S. c.-à-d. des rapports de concordance constates par l'expérience, qui sont vrais dans les cas observés, mais qui ne peuvent être étendus avec certitude à d'autres cas. Elles ne deviennent des lois scientifiques que lorsqu'on a pu expliquer ces rapports de concordance par une cause commune, permanente, agissant toujours de même dans les mêmes circonstances. Or la cause de phénomènes sociaux ne peut être cherchée que dans lesphénomènes plus simples dont se compose le développement individuel de chacun des êtres groupés en société. C'est dire que, pour expliquer les rapports de concordance observés entre les faits historiques^ il faut les rattacher aux lois générales de la psychologie et à celles de la physiologie ; et l'on n'y arrive que « par déduction, ouand on a pu constater que les données expérimentales ae l'histoire coïncident exactement avec les conséquences logiques qui dérivent des principes constitutifs de la nature humaine » (Stuart Mill). A ce point de vue, les sciences psychologiques et anthropologiques, notamment les recherches sur la formation du caractère chez les individus et dans les diverses races (éthologie), peuvent être d'un grand secours pour la vérification et la confirmation des lois historiques; mais, de ce côté encore, on est loin d'avoir réuni un nombre suffisant d'observations précises pour obtenir des résultats positifs.

3<^ Enfin, quand même on aurait établi avec toute la rigueur scientifique les lois du développement historique des sociétés humaines, ces lois sont si complexes, qu'il sera toujours bien difficile de démêler les influences diverses qui concourent au même événement et de mesurer la part de chacune d'elles. En fait, on ne pourra jamais ramener au pur déterminisme le développement des sociétés; apparente ou réelle, la liberté humaine y jouera toujours un grand rôle. Les applications pratiques que Ton peut tirer de la connaissance des lois histonques resteront très limitées. Il sera toujours impossible de calculer d'avance à coup sûr les efi'ets qui résulteront à tel moment, en tel lieu, de l'action des causes accidentelles combinées avec celles des causes générales et permanentes ; la prétention de

prévoir les événements particuliers sera donc toujours chimérique. Ce que Ton pourra seulement déterminer, ce sont les tendances naturelles de révolution sociale, les directions générales que suivent dans leur état normal les sociétés humaines, selon qu'elles se trouvent placées dans telles ou telles conditions ; ce sont aussi les limites dans lesquelles ces tendances générales peuvent varier sous Tinfluence des circonstances particulières et des volontés individuelles. Ainsi restreintes, les lois de l'histoire peuvent encore fournir à la sociologie et à la politique d'utiles indications : « Il n'est pas nécessaire, dit Stuart Mill, pour la sage administration des affaires de la société, pas plus que pour celles de nos affaires privées, d'être en état de prévoir infailliblement les résultats de nos actions. Il nous faut tendre à notre but par des moyens qui peuvent ne pas réussir et prendre des précautions contre des dangers qui ne se réaliseront peut-être jamais. Le but des politiques pratiques est d'entourer une société donnée du plus grand nombre possible de circonstances à tendances avantageuses et d'écarter ou de neutraliser, autant qu'il se peut, celles dont les tendances sont nuisibles. Une connaissapce des tendances seules, sans nous permettre de prévoir exactement ce résultat combiné, nous le permet dans une certaine mesure. »

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