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LA MAIN MIXTE

Je donne ce nom à la main dont les lignes indécises semblent appartenir à deux types différents.

Ainsi, votre main est mixte, si, étant en spatule, par exemple, la forme en est si peu marquée qu'on puisse s'y méprendre et n'y voir que des phalanges carrées.

Une main élémentaire conique peut être prise pour une maill artistique.

Une main artistique peut être prise pour une main psychique, et réciproquement.

Une main philosophique peut être puise pour une main utile, et réciproquement.

Main mixte.

L'intelligence que représente une main mixte, participe de l'intelligence attachée à chacun dos deux types que sa forme rappelle.

Sans ces mains, c'est-à-dire sans le génie mixte qui leur est propre, la société, dépouillée de nuances et d'alcalis moraux pour rapprocher les acides et les amalgamer en les modifiant, ne procéderait que par luttes et soubresauts.

Si le droit de la guerre fut cruel jusqu'à l'atrocité chez les premiers peuples dont l'histoire fa^se mention, c'est qu'alors, chaque nation, issue d'une tribu ou d'une famille pure de tout alliage de sang et langer, différait radicalement de toutes les autres par le tempérament et l'instinct. En noyant sa rivale dans le sang, en détruisant ses villes, elle obéissait à la loi des antipathies qui poussent l'une contre l'autre des espèces vouées par leur organisation à un antagonisme sans fin.

Les Arabes, issus de souches identiques, ou à peu près,. ne s impitoyables dans les guerres

qu'ils ont entre eux. mais ils le sont dans celles qu'ils ont avec. les Européens.

il en est de même des Caffres.

La manière donl ces peuples s'entre-battent, de tribu à tribu 'dit M. Lichtenstein), est empreinte d'une générosité fort différente des usages adoptés

chez les autres nations. Lorsque la guerre est déclarée, ce qui a toujours lieu par un ambassadeur portant une queue de lion ou de panthère, les chefs reçoivent Tordre de rejoindre le roi avec leurs vassaux ; quand , ensuite , l'armée s'approche du territoire ennemi, un nouvel ambassadeur est envoyé pour en donner avis; et si l'ennemi déclare qu'il n'est pas préparé, ou que ses forces ne sont pas encore assemblées, l'armée attaquante fait halte et attend que l'autre soit prête à combattre. Afin de rendre une embuscade impossible , chose qui serait d'ailleurs regardée comme déshonorante, on choisit pour le champ de bataille un espace découvert, sans buissons ni rochers. Il se battent alors, avec autant de valeur que d'opiniâtreté.

« Lorsqu'une des deux armées est défaite, la même générosité se fait remarquer encore dans la conduite du vainqueur, qui ne manque pas d'envoyer une partie du butin aux vaincus, attendu, disent ces peuples, qu'on ne doit pas laisser même son ennemi mourir de faim.

« Mais tant de modération (ajoute M. Lichtenstein) n'a pourtant lieu que d'une tribu de Caffres cà

une autre, car lorsqu'ils sont en guerre avec les Hollandais ou les Hottentots , ils cherchent à leur nuire par tous les moyens en usage parmi les autres nations, sauvages ou civilisées. »

Pour ce qui est de notre Europe, il est évident que les guerres y sont devenues moins cruelles , à mesure que , par les progrès de la navigation et du commerce, les peuples se sont plus mêlés.

Ces idées, déjà légèrement indiquées, voudraient de plus longs développements, mais ce livre, comme on le voit, n'est qu'un essai.

Comme il y a des vérités absolues, des beautés absolues, il y en a aussi de relatives. Entre Apollon et Vulcain, entre les Muses et les Gyclopes (qu'on me passe ces symboles en faveur de leur clarté), Mercure, le dieu de l'éloquence pratique et des arts industriels , prend son vol et balance son caducée.

Or, c'est aux mains mixtes qu'appartient l'intelligence des œuvres mixtes, des idées intermédiaires, des sciences qui ne sont pas des sciences, comme V administration el 1" commerce, des arts qui ne relèvent pas de la poésie, des beautés, des vérités relatives, de l1 industrie '

L'industrie élève tout, abaisse tout au niveau de Yusuel. En rendant la vie matérielle plus légère par la multiplication des objets dH utilité ; en rendant la culture de l'esprit plus facile par la multiplication des moyens et des instruments d'étude, elle civilise (à la vérité ^ax Y intérêt), mais elle nuit à

l'art et à la science (lesquels civilisent par l'amour), en les matérialisant, en substituant à la création, à l'effort intellectuel, X imitation par des procédés mécaniques.

On pourrait définir l'industrie : l'art mirifique de tirer de l'argent de tout. — L'homme né avec le génie de l'industrie (à quelques exceptions près) ne pratique les arts, les sciences, la parole, la vertu même, que pour les exploiter, que pour en tirer de l'argent; l'argent est son but, non la gloire, non le progrès, non la perfection. — Chez les Anciens, le dieu de l'industrie était aussi celui des menteurs et des voleurs.

Le meurtre par la charge en douze temps, estime des industries des Suisses.

Le meurtre par la rhétorique et l'arrangement

combiné des périodes, fut l'industrie de l'avocatgénéral Marchangy.

Pour quelques hommes , la prêtrise même n'est qu'une industrie .

Dans nos pays d'herbages, des individus passent leur vie à regarder l'herbe pousser; et à ce labeur, auquel ils ne se livrent pas sans boire, ils donnent gravement le nom d'industrie.

Il y a des professions que ce mot ravale, il y en a d'autres qu'il ennoblit.

Propres à beaucoup de choses, les mains mixtes n'excellent néanmoins dans aucune.' Une grande insouciance morale est leur partage. La main de race, au contraire, est, dans chaque type, le vase saint où Dieu a déposé le germe impérissable destiné à renouveler ou à révéler tout art, toute science jusqu'ici ignorés ou depuis longtemps perdus. Ses entraînements , trop impérieux pour n'être pas obéis, trop significatifs pour être méconnus, lui livrent la claire intelligence d'elle-même, elle sait ce qu'elle veut, et comme les animaux que guide un instinct infaillible, elle ne veut que ce qu'elle peut.

Pascal, Descartes, Newton, Buffon, etc., qui ont deviné tant de choses, durent avoir des mains de race. De leurs têtes inspirées ont spontanément jailli des sciences toutes faites. Ces grands hommes, uniquement préoccupés de leurs travaux, menèrent tous une vie studieuse et plus ou moins cachée. La solitude, c'est la liberté !

Ainsi l'active Chrysalide, Fuyant le jour et le plaisir.

"Va filer son trésor liquide Dans un mystérieux loisir \ La nymphe s'enferme avec joie Dans ce tombeau d'or et de soie.

Qui la cache aux profanes yeux, Certaine que ses doctes veilles Enrichiront de leurs merveilles, Les rois, les belles et les dieux.

(Le Brun.)

Les hommes à la main de race ont l'esprit plus fort que varié ; les hommes à la main mixte ont l'esprit plus varié que fort. La conversation des premiers est instructive, celle des autres est amusante. C'est pour ces derniers surtout, qu'une éducation forte et judicieusement adaptée à la faculté la plus saillante de leur génie, est un immense bienfait.

SUITE DU MEME SUJET

Les mains artistico-élêmentaires, etc., etc., etc.

Plus épaisse et moins souple que la main artistique de race, cette main, dont les lignes disgracieuses indiquent une intelligence tournée vers les choses vulgaires, n'offre pourtant ni l'extrême dureté, ni la rustique ampleur des mains élémentaires : les doigte en sont gros, sans nœuds, ou n'en ayanl qu'un, et comme engorgés: le pouce en est grand ; elle esl conique.

Cette main est assez multipliée en Normandie pour entraîner dans la sphère de son action morale le génie des autres types épars dans cette province.

La richesse est, aujourd'hui, le seul côté de l'art que les Normands goûtent avec le cœur et sans restriction. Ils l'aiment pour elle-même et lui immolent jusqu'à leur sensualité, à laquelle ils n'accordent que les plaisirs à bon marché. Ils sont toutefois plutôt avides qu'avares.

L'aspect de leurs villes a généralement quelque chose de rustique, et, à voir le costume des neufdixièmes de leurs habitants, on dirait que la bourgeoisie en a été chassée par une invasion de paysans. Rouen, Saint-Lô, Falaise, etc., au milieu des verts paysages qui resplendissent autour d'elles, rappellent ces hideuses carcasses de reptiles que la vieille et folle Egypte enchâssait autrefois dans l'or et le porphyre.

Les Normands ont des mœurs, si ce sont les habitudes qui les constituent; ils n'en ont pas, si ce sont les principes. Ils sont légaux et ne sont guère probes, ils sont dévots et ne sont guère pieux.

Quoique naturellement braves, la guerre, non

pas à cause des privations qu'elle comporte, ils les supporteraient virilement, mais à cause du peu de profit qu'elle donne, leur est antipathique. La gloire sans argent leur semble une vaine et ridicule fumée; il n'appartient qu'aux Bretons, nation que dominent des instincts opiniâtres et passionnés, de se battre pour une idée; les Normands n'ont jamais tiré l'épée que pour un intérêt matériel.

A son retour de la Terre-Sainte , où l'avait conduit une idée pieuse et chevaleresque, le brave Robert de Normandie trouva son trône occupé par Henry, son frère cadet. Il en appela au peuple : le peuple fit la sourde oreille, trouvant juste et bon qu'un aventurier, capable de préférer la gloire aux biens positifs, payât d'une double couronne et même de sa liberté, une infraction aussi criante aux lois du bon sens.

Un roi dans l'indigence, dit Euripide (les Phéniciennes), n'est plus rien. L'opulence est ce qu'il y a de plus révéré parmi les hommes; — de Grec à Normand, il n'y a que la main.

Les Normands onl L'esprit, non pas délicat, niais rusé, ils calculenl plus qu'ils ne raisonnent; leur

langage, ordinairement négatif, ne s'élève jamais quoiqu'il s'enfle quelquefois jusqu'à la boufïissure (1) ; c'est un peuple avisé, et pour qui l'escarcelle est l'homme ; à la fois brutal et matois , bénin et retors ; sans art, mais plein ôl artifice. Or, de même que art est (ainsi que je l'ai déjà dit) un moyen pour faire valoir le vrai, l'artifice en est un pour faire valoir le faux. (Madame de Staal.)

Au reste, il est bon, il est indispensable même qu'un grand nombre d'hommes soient voués par leur instinct au culte de la richesse, pour le seul amour de la richesse , et abstraction, faite des plaisirs de toute nature dont elle est ou peut être la source; c'est par ces hommes insensibles à tout autre bonheur qu'à celui d'être riche, que se refont les fortunes, sans qui la science et l'art, sans qui la poésie, ces muses dédaigneuses des occupations mécaniques et des labeurs manuels, languiraient, tristes et découragées, faute de loisirs physiques.

Les législateurs des États de l'Ouest, en Amérique, en proscrivant la domesticité et en condam-

(1) Malherbe, Brébeuf, Corneille même, mêlent souvent l'emphase à la subtilité.

nant, par cette mesure, leurs concitoyens aux travaux ignobles et futiles qui sont, en Europe, le naturel partage des gens de petit entendement, ont donné une preuve plus irrécusable de leur inaptitude pour les beaux-arts et les hautes sciences, que celles qu'ont jamais fournies les barbares et les iconoclastes.

L'aspect de la main artistico-élémentaire respire l'égoïsme et l'avidité ; large, courte, se fermant mieux qu'elle ne s'ouvre, elle semble n'avoir été formée que pour saisir et retenir, — c'est probablement d'elle que nous vient cet axiome édifiant : Ce qui est bon à prendre est bon à garder. — Inhabile aux métiers qui relèvent des sciences , elle excelle dans le négoce, elle n'est pas industrieuse, elle est industrielle.

La Normandie, toute couverte de manufactures, n'a inventé ni même perfectionné aucune machine. 11 ne sort de ses fabriques (la draperie à part) que de vulgai] luits; en agriculture, elle n'est pas

intellectuellement à la hauteur de la fertilité de bod boI.

C'eaf «'ii Normandie, dans le vert et narquois

pays des pommes , le fruit de perdition, que se recrutent les robins de la pire espèce, les avoués madrés, les avocats de haute gueule aboyant à tout pour un écu.

L'éducation , qui améliore les Normands, race née après tout pour les plaisirs et les transactions de la société (une sorte de fourberie raisonnée, calme, sage, entrant pour beaucoup dans ces choses), corrompt au contraire les Bretons : où le caractère breton est irréprochable, c'est dans les campagnes; où le caractère normand se montre à son avantage, c'est dans les villes.

Des Yvetaux, Chaulien, Segrais, madame de La Fayette, Sairit-Evremond, Fontenelle, Hamilton, Casimir Delavigne sont, à mon avis, les écrivains normands qui résument le mieux les qualités aimables de leur nation.

De même que les Normands, les Juifs se distinguent par une grande aptitude commerciale. Ces hommes que, depuis tant de siècles, séparent des autres hommes et leur culte pour la lettre, culte encore moins fécond que celui de la forme, et leur haine pour le sang étranger, se plaisent et fleu-

rissent surtout aux lieux où l'ignorance, l'esclavage et le fanatisme concourent à dégrader les masses. Ils sont sans importance partout où avec la liberté régnent le bon ordre et les bonnes mœurs. Quand l'Europe était barbare, ils étaient ce qu'ils sont aujourd'hui, à présent qu'elle est civilisée, ils sont encore ce qu'ils étaient autrefois ; — tant est pétrifiant le culte de la lettre. — Ils n'existent plus comme peuple, mais ils n'ont rien perdu de leur nationalité : juifs partout, ils ne sont citoyens nulle part. Les plus grandes calamités, quand elles ne les touchent pas, ne sont à leurs yeux qu'un spectacle; et, comme ils ne tiennent ni au sol, ni aux mœurs, ni aux intérêts politiques, mais seulement à leur intérêt particulier, ils fuient devant l'orage, reparaissant avec le vainqueur, et procédant froidement à l'agrandissement de leur fortune au milieu des cadavres et des ruines.

Ceux que la Pologne nourrit forment à peu près les deux tiers de la population des villes. Ils portent eu été une soutane étroite d'une étoile rase et luisante ; en hiver, un bonnet de velours assez semblable é un épais turban, e1 ane robe fourrée que

serre autour d'eux une ceinture de laine rouge, qui leur tient lieu de poche, composent tout leur habillement. Us laissent croître et flotter leur barbe et leurs cheveux; ils ont le nez aquilin, le visage ovale, le teint pâle ; leurs yeux sont noirs, longs, pleins d'éclat et respirent la cupidité. Us sont insinuants et polis. Très-maigres , pour la plupart, on les prendrait, aux angles des boutiques où ils se tiennent ordinairement immobiles et debout, pour de noirs cyprès ou des poiriers taillés en quenouille. Ils jettent autour d'eux je ne sais quel reflet de Capharnaùm et de Jéricho, qui rappelle l'impression produite par les estampes des vieilles bibles. Ils ne s'adonnent à aucun exercice corporel, à aucun art d'agrément, et font du trafic leur seule occupation. Mentir pour acquérir à bon marché, mentir pour revendre cher : leur vie infâme s'écoule entre ces deux mensonges. Eux aussi exercent avec prédilection les métiers de courtier, de . fripier, d'entremetteur, d'agioteur, de brocauteur, de cabaretier, de banquier, de tavernier, en un mot, les professions où la ruse de l'esprit passe avant les données de la science, la connaissance approfondie

des arts et l'adresse de la main. — Ils spéculent ouvertement sur la luxure et l'ivrognerie, mais on leur doit cette justice, qu'ils ne perdent rien de leur gravité, ni sous le thyrse, ni sous le caducée.

Leur main est la même que celle des Normands, avec une paume moins forte toutefois, et des phalanges quasi carrées.

La Bretagne possède un grand nombre d'individus de haute intelligence, qui, dans le champ-clos des intérêts matériels, seraient facilement vaincus par un enfant juif ou normand. Humbles et résignés, ils ne demandent qu'à être préservés des affaires et des chiffre». Ils ne mesurent point le bonheur à l'ampleur de la sacoche, ils n'adorent point Dieu sous la forme d'un écu, ils n'ont jamais entendu tinter dans leurs rêves le grelot magique du mulet de la gabelle. Errer dans la bruyère fleurie, rêver dans les hautes herbes, suivre Dieu dans les bois et sur les )i;is du soleil, s'enivrer de la poésie des vieux livres et des vieilles légendes, porter avec amour 1" La foi, préférer au luxe etau bien-

être, non pas l'argenj, comme les Normands, qui ne sont tempérants que par avarice, mais la méditation

et le repos ; c'est dans ces voies bénies qu' effleure le pied blanc de la muse, que parfume l'encens des roses mystiques, qu'illumine l'auréole de l'Ange Gardien, que leur cœur cherche et trouve le bonheur.

Mains psychico-élémentaires.

Mais c'est peut-être ici le cas de faire observer que si les Bretons ont été longtemps trop dédaignés, la réaction produite en leur faveur par l'éclatante apparition de quelques génies d'élite nés parmi eux, a porté de nos jours beaucoup d'écrivains à les louer outre mesure. Sans doute ils sont francs, courageux, capables d'un dévouement désintéressé, mais l'homme social, chez eux, est trop au-dessous de l'homme instinctif. Quand toute la France progresse dans les lumières et le bien-être, le sorcier, le hobereau, le prêtre demeurent les objets de leur fétichisme tenace : ils ne savent rien prévoir en dehors de la routine, rien apprécier en dehors de la coutume. Vous les verrez dans leurs villages immondes, traîner d'un air à la fois indolent et farouche, d'informes houppelandes découpées dans la dépouille des boucs et des génisses. Certes la France

marcherait à la queue des nations, si, séduite par les partisans exclusifs de la nature quelle qu'elle soit, elle les plaçait à sa tête, au lieu de les traîner à sa remorque.

Les Vendéens sont des gens d'un sens droit, mais court; plutôt opiniâtres que fanatiques, ils sont simples sans être naïfs; ils n'ont ni dans le cœur la poésie qu'ont les Bretons, ni dans l'esprit l'imagination qu'ont les Normands. Leur costume n'offre non plus ni la singularité frappante, ni l'élégance quasi orientale qu'on remarque dans quelques-uns do ces deux peuples; — plus robustes qu'agiles, sans être paresseux ils sont lents. — Leur humeur est fière, irritable, morose; peu sensuels, el bornés dans leurs désirs, plutôt faute d'imagination que de tempérament, ils manifestent pour leur pays un amour que dans leur cœur aucun autre amour n'égale.

Ilsorl de la Vendée dos officiers estimables, des comptables honnêtes, des rats de cave incorruptibles, mais point d'hommes marquants. Semblables à ces vins dont la saveur n'est appréciable que sur le sol ou Lis ont été recueillis, l'expatriation les

prive de toute leur vertu. Ils comptent pour beaucoup comme peuple, ils comptent pour peu comme individus. La nature a semé de quelques fleurs l'ignorance des Bretons, la leur est aride comme un champ de sable. Ils chérissent l'empire de la coutume et ne sont remarquables que par le caractère. Où ils se montrent dans toute leur originalité, c'est dans le bocage, terre mystérieuse toute brodée de feuilles de chênes comme l'habit de guerre d'un maréchal de France, et où coulent des fontaines qui ont reçu des Druides, leurs vénérables parrains, le don, non encore contesté, des guérisons miraculeuses. Tant de haies vives d'où s'élèvent de grands arbres, tant de cerisiers, de poiriers, de pommiers bordent les chemins et se pressent autour des habitations, qu'on ne saurait s'aventurer sans guide dans ce pays. A peu près inaccessible à l'artillerie et même à la cavalerie, la guerre n'y peut être faite que par l'infanterie. C'est une arène propre au développement de l'esprit de ruse et d'embuscade, qui appartient au soldat et à la prouesse personnelle plus qu'au général et aux combinaisons de la haute stratégie. Le paysan y vit au large, circonspect et

silencieux dans ces retraites où tout fait silence, l'air, l'eau, jusques au détail, et où, sans le marteau du maréchal, on n'entendrait dans les villages que le chant des oiseaux.

Mains élémentaires à phalanges carrées.

L'hospitalité vendéenne, beaucoup trop vantée, est commandée par l'usage. En Normandie, la pratique de cette vertu est facultative. Chez les Vendéens, elle honore la nation ; chez les Normands, elle honore l'individu Ici, gaie comme le plaisir, là, grave comme le devoir.

D'où vient que l'Univers a constamment les yeux tournés vers l'antique monde grec ? C'est que les peuples dont il fut formé n'eurent pas seulement de grands instincts et de grandes vertus, mais eurent encore la suprême intelligence de ces instincts et de ces vertus. Les Vendéens et les Bretons ont aussi de grandes vertus, mais les conserveraient-ils s'ils en avaient l'intelligence? Notre espèce, cependant, ne peut nous tenir compte que des vertus qui ont leur garantie dans le Beul attribut qui nous place au-dessus des autres espèces : L'intelligence. Les somnambules marchent d7uu pas d'autanl plus ferme

sur le faîte des toits et le bord des précipices , que leur sommeil est plus profond; mais qui songe à les louer de cette habileté qu'ils ne se connaissent pas? De même ne devons-nous que peu d'estime aux vertus des peuples plongés dans une évidente somnolence intellectuelle.

RAPIDE (OLP D ut IL S Ull LES MAINS DES FEMMES

Les entraînements de chaque type, parmi les femmes, sont les mêmes que parmi les hommes; seulement, ceux qui sont propres aux types en spatule et carré sont beaucoup moins impérieux et intensi chez elles, attendu la mollesse de leurs libres, que chez nous.

Sur (en t femmes, en France, j'estime que quarante appartiennent au type conique, 'trente au type carré, el trente au type en spatule. — Ces deux der-

niers types, dont la branche gourmande est Ycsprit, pèsent sur le premier dont la branche gourmande est V imagination.

L'homme crée, la femme développe;

A nous le principe, à elles la forme;

Nous faisons les lois, elles font les mœurs.

«. L'homme est plus vrai que la femme, disait Saint-Martin (l'illuminé), mais elle est meilleure que lui. L'homme est Y esprit de la femme, la femme est Y âme de l'homme. »

Pour compenser la faiblesse de la femme, dit la Genèse interprétée par Fabre d'Olivet, Dieu la revêtit d'une de ses enveloppes : la beauté ! et elle devint alors la faculté volitive de l'homme.

Donc, nous valons par la cervelle, et elles par le cœur. Nous sommes plus sensuels, elles sont plus sensibles. Leurs sentiments les trompent moins que nos raisonnements. Nous avons la réflexion, et nous savons ce qui s'apprend, elles ont l'intuition et elles savent ce qui se devine.

L'Europe, où elles sont libres et qu'elles remplissent de rayons et de mouvement, leur doit ces trois belles choses : les bonnes mœurs, la liberté, l'opu-

lence ; — tandis que l'Asie, où. elles sont esclaves, croupit dans l'inertie et se dissout dans la misère, le despotisme et l'amour infâme.

La lumière, la vérité et la liberté sont une seule et même chose.

Peu de femmes ont les doigts noueux, peu de femmes aussi sont douées de l'esprit de combinaison. En fait de travaux intellectuels, elle choisissent généralement ceux qui demandent plus de tact que de science, plus de vivacité de conception que de force, plus d'imagination que de jugement. Il en serait autrement si elles avaient les doigts noueux, mais alors elles seraient moins impressionnables, moins livrées aux inspirations de la fantaisie, et de même que les qualités enivrantes du vin sont neutralisées par l'eau, les leurs le seraient par la raison.

Il convient, faisant abstraction de la forme de la phalange extérieure, de ranger les femmes sous deux bannières principales. — Qu'elles aillent sous l'une, les femmes à yrandpouce, et que les femmes â petit potice aillenl sous l'autre. Les premières, plus intelligentes que sensibles, relèvent de l'histoire; lernières, plus sensibles qu'intelligentes, relè-

vent du roman. — Pour faire marcher de front le plaisir et la considération, parlez-moi d'une femme à grand pouce! L'amour, sous sa tutelle éclairée, atteint son bat sans scandale. Sa passion, qu'elle dépasse toujours de toute sa tête, a plus de racine dans ses sens que dans son cœur. Laissez-la faire et fiez-vous à son adresse; en temps convenable elle viendra en aide à votre timidité , non qu'elle sympathise beaucoup à vos tourments, mais dans l'intérêt de ses plaisirs. D'ailleurs la sécurité et toutes les grâces de l'esprit ajouteront aux délices de sa possession.

Elles ne sont pas douées d'une sagacité si haute, les femmes à petit pouce. Aimer, c'est là toute leur science, mais tel est le charme attaché à cette faculté puissante, qu'il n'est point de séduction qui l'égale.

Les soins de la maternité étant extrêmement difficiles et compliqués, leur pratique exige un instinct plus intelligent que celui que représentent les mains élémentaires. — Ces mains sont donc fort rares parmi les femmes. Aussi le beau sexe exercet-il un empire quasi absolu (car il n'est point de

type qui ne prévale moralement sur celui-là) dans les populations où les paumes élémentaires sont en majorité parmi les hommes, comme en Basse-Bretagne et en Vendée, par exemple.

Les paysans de ces contrées épousent volontiers et assez communément des femmes plus âgées qu'eux. La même pesanteur d'esprit, qui les rend insensibles aux charmes de la jeunesse et de la beauté, les livre sans défense à l'intelligence supérieure de la femme parvenue à la maturité.

Les Grecs des temps héroïques n'étaient pas plus raffinés.

Hélène frisait la quarantaine quand, de retour en Axgolide, et fuyant devant Oreste qui la voulait immoler, elle allait au hasard, portant çà et là ses pas brillants de la splendeur de sa chaussure dorée. (Euripide.)

Il fallait qu'elle parût belle encore pour qu'on s'occupât ainsi de sa chaussure.

\u\ lies Garolines e1 Mariannes, la puissance politique appuyée sur la puissance morale, appartint, jusques à la conquête de ces archipels par les Espagnols, aux fi-mmes, lesquelles, contrairement aux

hommes, qui ont les mains démesurément grandes, les ont fort petites. {Voyage de J. Arago.)

Nées pour la danse, l'amour et les fêtes, les Otaïtiennes ont la main petite et conique, mais ronde, charnue et épaisse.

Au Thibet, contrée pauvre et chaste parce qu'elle est froide et stérile, une loi, conçue dans un but de continence, oblige les femmes à ne se montrer en public que le visage barbouillé de noir.

Ajoutée à la polyandrie et à l'institution sur une immense échelle du Lamaïsme, qui prescrit le célibat, cette loi, contre laquelle les femmes ellesmêmes n'ont point protesté parce qu'elle résulte de l'esprit dérivant du tempérament national, complète une législation destinée à prévenir les maux qu'amènerait, dans un pays sans ressources, une trop grande population.

La femme Thibétaine, quel que soit le nombre de ses maris (il en est qui en ont jusqu'à sept), n'est jamais exonérée des travaux particuliers à son sexe.

Choisie par l'aîné de la bande, les autres frères ont dû l'agréer pour épouse. Elle est réputée belle, et regardée comme la parure de la tente et du

chariot, si elle joint à un teint huileux et à une taille forte, un nez largement épaté et de grandes oreilles.

En Finlande, les jeunes fiancés partagent le lit de leurs promises, sans oublier jamais qu'ils ne doivent les considérer comme leurs femmes que lorsque le sacrement les aura unis (Voyage au Spilzberg, par Mmed,AtJNET). Tant de chasteté et si peu de pruderie! c'en est assez pour réhabiliter le cercle polaire.

Les Anglaises ont, généralement, la phalange délicatement carrée ; elles se contentent de l'amour tel qu'on le ressent dans le mariage; elles se dévouent jusqu'au travail.

L'institution des harems étant immémoriale en Asie j'en conclus que les femmes de cette contrée ont toujours eu les mains fines avec de petits pouces. — Elles se dévouent jusqu'à la mort.

Charlotte Corday, Sophie de Condorcet, Lucile Qoulins avaient les doigts très-effilés.

i. b législateurs indiens ae I pas, comme

.ires, préoccupés uniquemenl des besoins réels delà femme <it de ses devoirs, mais encore d<

caprices et des fantaisies inhérentes à sa nature.

« Brahma, dit Manon, a donné en partage à la femme l'amour de son lit, de son siège, de la parure, la concupiscence, la colère, les mauvais penchants et la perversité.

« Il veut que son nom soit facile à prononcer, doux, clair, agréable, propice, — qu'il se termine par des voyelles longues et ressemble à des paroles de bénédiction.

« Elle sera toujours de bonne humeur; elle aura la démarche gracieuse du cygne ou du jeune éléphant : elle amaigrira son corps en ne se nourrissant que de fleurs, de racines et de fruits.

« Elle sera vêtue d'une manière brillante, vu que, lorsqu'une jeune femme resplendit par sa parure, sa famille resplendit également, tandis que si elle ne brille pas, sa famille ne jouit d'aucun éclat. »

Mercure, disent les Grecs, triompha sous la forme d'un bouc, de la vertu de Pénélope. Quelles idées avaient-ils des femmes en général, s'ils parlaient ainsi de la plus chaste d'entre elles !

Les Chinois leur rendent plus de justice, et à leurs

yeux la mort de la mère, dans une famille, n'est pas regardée comme une moindre perte que celle du père. C'est du moins ce qu'on peut inférer du texte du CJiou-King, qui ne recommande pas avec moins d'instance les veufs que les veuves à la sollicitude des mandarins.

Chez les Aztèques, race homérique, où comme je l'ai déjà dit, il est honorable de vivre de rapines et de pillage, les femmes, pendant l'absence de leurs maris, s'enrôlent et s'égayent sous le drapeau changeant des amours interlopes. On juge de leur mérite par le nombre de leurs amants. Elles sont fortes, petites, actives, peu jolies. Klaproth, à qui nous devons ces renseignements, ne dit rien de leurs mains, mais je les crois en spatule, comme celles des femmes des Cosaques du Don, lesquelles, fersur leurs hanches, et portant haut le nez, fendant Le bois, battant le blé et montant à cru, vêtues de chemises suiflees, sur des chevaux à demi sauvages, dégustenl virilement le genièvre et le wiskey. .l'ai vu les hommes filer doux, comme on dit, devanl elles. Le Thermadon, fameux par Bes héroïnes, coule

non loin il»- leur pays.

En France, les femmes spatulées à petit pouce, se distinguent par un grand fond de franchise affectueuse , par un besoin impérieux d'action et de mouvement, par l'intelligence de la vie réelle. A elles, dans les hautes classes de la société, la grâce héraldique et fière des Glorinde, des Bradamante, des Patriciennes crénelées portant d'or et de gueules, à elles comme à Diane, comme à la magnanime Hippolyte, les coursiers rapides et les blancs lévriers. — A elles, dans les classes moyennes, ces ménages pleins d'enfants joueurs et remuants, où les mains ne cessent d'agir et les voix de chanter, où l'angora splendide vit en paix avec l'épagneul et la tourterelle privée. — A elles, dans les fermes, l'intérêt passionné pour les chevaux, les blondes génisses et les autres animaux domestiques, pour les transactions foraines et les laborieuses veillées. — A elles, enfin, dans les greniers et les mansardes, les ressources d'une infatigable activité physique, un acquiescement aux coups du sort, et quelquesuns des goûts des femmes du Don.

Madame Roland avait de belles grandes mains spatulées ; — la tête pleine d'idées pratiques, et l'âme

tournée vers l'idéal, elle comprenait la beauté de la passion, tout en lui préférant celle du sacrifice. A la fois stoïque et passionnée, positive et enthousiaste, tendre et austère, elle aima trois choses d'un amour immense : la patrie, la liberté, le devoir. Attentive à bien penser, à bien dire, à bien faire, elle se délassait de l'étude des théories mécaniques par la lecture de Plutarque et de Rousseau. — Douée du genre de beauté particulier aux femmes actives, elle joignait une taille élégante et une carnation brillante à une grande richesse de cheveux, de hanches et de seins. Sa bouche, un peu grande, respirait la franchise et la sérénité. Son regard était limpide et franc, son air ouvert, calme et résolu. Née courageuse et forte, comme la majorité des femmes de son type, elle ne se démentit ni dans la pauvreté, ni dans les grandeurs, ni sur l'échafaud.

L'ordre et l'arrangement, la symétrie, la ponctuaien1 sans tyrannie dans les demeures que gouvernent ces placides ménagères à phalanges carrées ' à petit pouce.

Mais que vois-je I des enfants silencieux et morne . des servantes tremblantes el ahuries! Qui donc

les retient dans cette contrainte et cet ennui? C'est la voix acariâtre, c'est le regard vigilant du despotisme en jupe, à cheval sur un très-grand pouce.

Prétendez-vous au cœur d'une belle jeune femme à phalanges carrées? Parez-vous de bons sens et de solidité, rejetez les airs avantageux et ne confondez pas la singularité avec la distinction. Songez quelle a moins d'imagination que d'esprit, et que son esprit est plus juste qu'original. Au nombre de ses axiomes sont ceux-ci : Le silence est une force, le mystère est une parure. N'oubliez pas qu'elle a nécessairement l'instinct social très-développé, et quelle joint au respect pour le convenu, l'amour de l'influence et de la domination. — Esprit aussi éloigné de la rareté que de la vulgarité.

Le type carré, chez nous, est parfaitement résumé à l'endroit des femmes par la prude, l'habile, l'ambitieuse, la spirituelle madame de Maintenon. — A part Clémentine, toutes les héroïnes de Richardson, créatures plus intelligentes que sensibles, et qui, comme notre Se vigne, ont le cœur plus spirituel que tendre, appartiennent à ce type.

Les institutions religieuses gouvernées par des

règles sciemment étroites, et où rien n'est laissé an libre arbitre, recrutent presque tous leurs adeptes parmi les phalanges carrées.

Ces petites mains molles, souples, sans chair presque, mais roses, néanmoins, et avec des nœuds : elle? aiment les mots brillants et qui, comme l'éclair, jettent une lumière vive et soudaine; elles vivent par l'esprit. L'amour dont elles portent les chaînes est né dans un boudoir; il a inventé le madrigal, le couplet galant et ne se manifeste guère qu'avec un œil de poudre et des manchettes.

Écoutez! j'entends la voix du poète mondain dont • 'lies aiment les accents :

Viens, tendre amour, descends des cieux. Jette i sèche nos larmes,

Et dans ce vin délicieux Trempe ta pointe de les armes.

Avant les édils de nos rois, Etudions l'esprit des dames.

le lois Et ne «lit de femn

< tomme un sylphe emporte l'odeur I »«•> lieux embaumés qu'il traverse, Le bon vin semble eocor meilleur Quand une' belle nous le vei

Amis ! il faut jusqu'à demain Chanter les grâces libertines, Donner des louanges au vin Et des baisers à nos voisines.

Avec les femmes à la paume forte, aux doigts coniques, au petit pouce, teignez votre langage de couleurs ardentes, excusez, justifiez, célébrez les tendres faiblesses. Elles aiment ce qui brille, et la rhétorique a plus d'empire sur leur esprit que la logique. Trois choses les gouvernent : la paresse, la fantaisie, la sensualité. Les passereaux d'Eros nichent dans leur sourire, et elles ont dans le cœur la prière que les Corinthiennes adressaient tous les matins à Vénus : 0 ! déesse, agréez qu'aujourd'hui je ne fasse rien qui ne plaise, et que je ne dise rien qui ne soit agréable ; car plaire est leur premier besoin, et elles aiment autant êtres aimées et admirées qu'estimées.

Telles étaient sans doute les mains des belles et triomphantes amazones dont était composé Y escadron volant de Catherine de Médicis.

Les doigts délicats, lisses et pointus, dans les femmes à petit pouce, quand une paume étroite et élastique sans mollesse leur sert de tige, signalent le goût ries plaisirs où le cœur et l'àme ont plus de part que

les sens et l'esprit, un mélange charmant d'exaltation et d'indolence, un secret éloignement pour les réalités de la vie, pour les devoirs convenus ; plus de piété que de dévotion.

Ces caractères, parure et délices du monde, tout à la fois calmes et radieux, puisent leur souveraine influence dans l'inspiration et la grâce. Le bon sens qui, de tous les genres d'esprit, est le plus fécond, mais non le plus relevé , leur plaît moins que le génie. — C'est pour s'épanouir aux célestes rayons de l'amour pur, qu'elles ont été semées, semblables à des lys sans tache, sur les plages resplendissantes du jour.

Il est un écrivain dont le cœur porte l'esprit et dont les idées se confondent avec les sentiments. Il a le lyrisme et l'observation, la mesure et la spontaaéité. Expansifet passionné, il a su intéresser tous les cœurs aux battements du sien. Il s'est montré sur les haute e1 La terre a rayonné, et vers

lui sont montées les Tunes altérées d'amour et d'idéal. L'ivres cœurs éperdus, le calme des cœurs apaisés, on les respire en l<( lisanl et on se genl meilleur après l'avoir lu. Au-dessus <l<i toutes

les religions, par une idée de Dieu supérieure à celles qu" elles comportent, il a pour culte la beauté, et pour morale la liberté. Simple dans sa vie, d'ailleurs, et ne se plaisant que parmi les simples.

Qui regardera-t-on comme heureux, si ce n'est ce maître, au front rayonnant et aux belles formes, si cher aux siens, si cher à tous ; que la sybille a doué du rameau d'or, et la fée de l'anneau magique par qui l'on sait tout, et à qui sont si faciles ces deux sources de nos meilleures joies : le travail et l'admiration! mais il n'est point de bonheur pour les âmes en qui débordent la sympathie et la commisération, qui vivent moins en elles que dans les autres, et qu'aucune félicité personnelle ne peut consoler des souffrances d'autrui.

La main de madame Sand (c'est d'elle, ai-je besoin de le dire, qu'il s'agit ici), réalise celle que je viens de décrire, avec des nœuds pourtant, ce qui la modifie assez sensiblement.

Les sentiments délicats que l'éducation seule donne à la plupart d'entre nous, les femmes les possèdent naturellement. Ils germent dans leurs âmes tendres comme les gazons fins sur les terres légères.

Elles ont la science innée des choses du cœur, mais la parfaite intelligence du monde réel et positif leur manque. Aussi, est-ce moins à leur faiblesse physique, qu'à la nature des idées attachées à leur organisation, qu'elles doivent de nous voir régner sur elles en maîtres. En vain avons-nous la force de dompter les chevaux, d'exercer les gros métiers, de labourer, d'extraire les métaux, de braver les tempêtes de la mer et du ciel, si nos âmes, comme les leurs, avides d'émotions et toujours prêtes à s'envoler, vacillaient au moindre vent comme la chevelure des trembles, l'empire ne tarderait pas à nous échapper.

Que si ces renseignements, tout incomplets qu'ils sont, vous aident, ô lecteur ! à éviter les écueils cachés sous les ondes trompeuses des fleuves de Ten- <ln\ cous glorifierez le professeur!

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