MARIE
Pendant qu'Anne enfanta Marie, Joachim était hors de la maison, attendant les joyeuses nouvelles de Tenfantement. Sitôt que Tenfant fut venu, l'ange s'en vint à lui, disant : Joachim, je t'annonce grande joie, car aujourd'hui est né le fruit qui t'avait été promis, et je te commande que de seize jours tu n'entres où Anne est accouchée, afin que les sages-femmes qui y sont assemblées ne soient troublées au lieu de réjouissance; ce jour sera ta joie et à tout le monde.
Cela dit, l'ange disparut, et Joachim se prosterna incontinent en terre, remerciant Dieu ; après il se leva et vint en sa maison, rempli de joie, et commanda à tous ceux de sa famille que de seize
jours personne n'entrât où sa femme était en couche.
Après cela Joachim se vêtit de ses meilleurs habits, et prit don et offrande avec lui, et s'en alla avec sa famille à Jérusalem offrir à Dieu son offrande. Quand les prêtres du temple ouïrent que Dieu leur avait envoyé une fille, ils en furent bien réjouis, louant Dieu par des cantiques, et faisant à Joachim et à sa famille honneur et révérence. Joachim s'arrêta au temple avec sa famille Tespace de huit jours, pour solenniser la naissance de la fille nouvellement née, puis après se tournèrent à ThôteL Et quand les seize joura furent passés, Joachim envoya une de ses servantes en la chambre d'Anne, où étaient encore les sages-femmes, et leur fit savoir que les seize jours étaient passés; ce quelles ne pouvaient croire, car il ne leur semblait pas qu'elles y eus-seut été un demi-jour ; aussi n'avaient-elles point aperçu de nuit, en sorte qu'elles ne pouvaient croire' ce que la servante leur disait; mais pour en être plus assurées, elles le demandèrent à Joachini, lequel leur dit que les seize jours étaient p^ssé^^ Lors elles sortirent, et chacune retourna w sa maison.
GOM]£B JOAGHIM VISITA AJDINE SA FEMME ÉTANT AGGOUGHEE^ £T BAISA EN GRANDE JOIE SA FIUE NOUYELUBMENT NÉE.
Après que les 6ages-femmes eurent été chez Anne pendant seize jours, elles s en retournèrent. Au moment Joachim s en alla vers Anne, sa femme, et la salua. Incontinent elle lui donna entre ses bras sa fille, laquelle il reçut joyeusement en louant Dieu, et de grande joie se mit à pleurer en voyant la beauté de cet enfant, puis la rendit à Anne, et la nomma Marie, comme l'ange lui avait ordonné. Quand ils lui eurent imposé ce nom, il vînt neuf anges, lesquels se prosternèrent neuf fois à genoux, disant : Béni est le doux nom de Marie ; aujourd'hui nous 6st manifesté le nom de notre reine ; c'est pourquoi réjouissonsnous en attendant ce doux nom. Alors ils disparurent en chantant mélodieusement.
Quand Marie entendit le mélodieux chant des anges, elle les regarda d'une face riante, dont ses parents en eurent grande joiîe, s'étonnant des oboses merveilleuses que Dieu faisait en
terre, et lors ouïrent une yobi du ciel, disant : Joachim et Anne, ne soyez point surpris de ce que vous avez vu et ouï, comme si c'était chose nouvelle, car cela a été prévu de la Sainte-Trinité, et pour le présent arrivé selon le vouloir de Dieu, pour être manifesté à toutes les créatures sur la terre. Desquelles choses Joachim et Anne s'étonnaient ; ils se mirent à genoux, rendant bénédiction et louange à Dieu tout-puissant.
GOMME MARIE EST PRÉFIGURÉE EN l'aNGIEN TESTAMENT.
Saint Jérôme disait en un sermon de l'Assomption de Marie : Elle a été figurée des patriarches, annoncée des prophètes, montrée des évangélistes; Marie est cette dame de. laquelle est fait mention au premier livre de F Ancien Testament, dit la Genèse^ qui a brisé la tête du serpent, c'est à savoir l'ennemi qui pousse à la concupiscence charnelle et à l'orgueil du cœur ; elle est aussi la lumière que Dieu commanda d'être faite, de laquelle il en sortit.
Elle est la fidèle copie de Jésus en plénitude des grâces de Dieu, lequel homme eut quand elle
conçut du Saint-Esprit, et l'enfanta sans peine, et demeura Vierge mmaculée. C'est pourquoi aussi Eve n'est appelée qu'une mère des morts, amie des mourants, tant de la mort de l'âme que de celle du corps; mais Marie nous a tous délivrés de ces deux morts, car Jésus, son Fils, est la vraie vie de l'âme et du corps des fidèles, qui, par lui, ont été sauvés et seront ci-après ; mais elle est aussi l'arche de Noé, qui est faite d'un bois incorruptible, du vrai Noé Jésus-Christ, qui a été trouvé seul juste en sa nativité; elle est cette Rebecca dont le fils Jacob luttait contre l'ange qui a procuré et obtenu la bénédiction paternelle pour tous ceux qui lutteront contre le mauvais ennemi. Elle est aussi l'échelle que vit Jacob le bon patriarche en vision, et par laquelle les anges montaient et descendaient. Elle est aussi la belle Rachel, dont Dieu a été amoureux comme fut Jacob, et est descendu du ciel pour prendre chair humaine, et s'est humilié prenant grande peine pour l'amour d'elle. Elle est aussi la belle Rachel ayant enfanté le vrai Joseph, lequel n'a seulement pas été seigneijr de ses frères, mais de toute l'Egypte, et aussi il est le prince des anges, Seigneur de toutes créatures, Jésus-Christ
toujours béni,, Elle est aussi figurée par le buisson ardent de Moïse qui semblait brûler, toutesfois ne brûlait pas, car elle a conçu un Fils, et demeurée Vierge immaculée. Elle est encore figurée par la verge florissante d'Aaron avec humilité, car elle a produit Jésus-Christ. Elle est aussi figurée par la toison de Gédéon, auquel descendit la rosée de nuit sans humecter la terre ; car Iç Fils de Dieu est descendu en elle sans nulte fcPiÇtipn ni souillure de sa pudicité. Elle est encore figurée par la verge de Moïse qui sépara la Dpier en deux parties par où les enfants d'Israël passèrent à pieds secs, et dojat icelui Moïse feappa la pierre qui donna grande abondance d'eau, dont le peuple et tout le bétail burent et furent rassasiés. Elle est aussi figurée du vrai écu de Josué, duquel il vainquit les ennemis de Dieu; car elle seule a exterminé toutes les hérésies. Marie est aussi le trône du vrai roi Salomon, et un siège d'ivoire ; car sa pure virginité a préparé à Jésus-Christ un trône et un siège en son ventre virginal, où il a reposé l'espace de neuf mois. Elle est encore le renom du temple de Jérugalem, qu'on édifia sans outils, haches ni marteaux, car 9lle enfanta Jésus-Christ sans douleur. Marie est
aussi la bienheurmse Vierge, de qui out prophé^ tisé Isaïe et Jérémie ; le premier dit : Il sortira une verge de la racine de Jessé, et une fille enfantera un fils, et l'autre dît que le Seigneur ferait dbiose nouvelle sur la terre, car une femme environnerait un homme. S'il eût dit un enfant, cela n'eût pas été chose nouvelle à s'étonner , si était Jésus-Christ un honune au ventre de sa mère, non point d'âge, mais de sagesse; non en force corporelle, mais en force spirituelle, tant posé en la crèche, tant en l'âge de trente-trois ans, qu'il prêcha et qu'il est à présent où il est assis à la droite de son père étemel ; mais il n'a usé de cette sagesse pour un temps, comme de sagesse mondaine, pour faire voir que véritablement il avait pris nature humaine. Elle est aussi la montagne de la haute perfection, dont a été coupée une pierre sans mains d'hommes, et par laquelle pierre entendons Jésus-Christ, qui a été né par la Viei^e sans œuvre, virile. Elle est aussi la porte close en qui le Seigneur seul a passé et repassé ; car Marie est demeurée Vierge en concevant et enfantant, etie demeurera toujours.
Marie est aussi le chandelier d'or, lequel, dit le prophète Zacharie, où il y avait sept lampes
ardentes au temple de Jérusalem, qui signifiaient les sept œuvres de misérkorde en Marie, et rexemple lumineux de sa [sainte vie et bonnes mœurs. Elle est aussi Fôrche du Testament où furent mis les commandements de la loi, et les deux tables de Moïse où furent écrits de la main de Dieu les dix commandements que Marie garda soigneusement, en vivant selon iceux : en ladite arche était aussi la verge d'Aaron, laquelle florissante produisait le fruit de vie, Jésus-Christ qui nous nourrit de sa divine chair et précieux sang au saint sacrement de Tautel ; ladite arche contenait aussi la manne, dont les enfants d'Israël furent reçus dans le désert, et Marie a porté la vraie manne du ciel pendant neuf mois, le vrai pain des anges, et la viande des malades; ladite arche était aussi du bois imputride, ainsi a été Marie, sans corruption, transférée au ciel en corps et en âme; Tarche avait quatre anneaux d'or aux côtés, par lesquels on la portait; Marie a eu en elle les quatre vertus cardinales, qui sont les racines de toutes vertus.
L'arche avait deux fustes, lesquels on portait parmi les quatre anneaux d*or quand on les portait, lesquels sont figurés par la charité qui était
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. ^ Matiëf c'est, à 'savoir, Tamour de Dieu et de son prô^litin^ L^arcUe étÉK fav dedans et dehors dorée, âà$i Mâi^e art décorée, étant luisante en toutes t^itus|f. lilarie est figuréé^^par la fille du roi A)Bti$|gE^, lëqyiel, comme est contenu en Thistoire sch(B|la'st||ùe, vit en vision comme si une vigne croiiiisaii du verflre de cette fille, qui s'étendit si fort, "Qu'elle environna tout son royaume, lui fut dit que de fa fille sortirait un roi, et après elle produisit le roi Cyrus, qui délivra les enfants d'Israël de la captivité de Babylone; ainsi fut dit par l'ange à Joachim et Anne, que d'eux viendrait une fille qui nous délivrerait de la passion du diable, aussi préfigurée par la fontaine sortant du jardin fermé; car elle était enclose au ventre de sa mère, elle fut sanctifiée du Saint-Esprit et de la Sainte-Trinité prémunie, que nul péché d'iiiipureté ne pouvait entrer en elle ; elle est encore figurée par le prophète Balaam, qui dit que de la lignée de Jacob il sortirait une étoile de la grande mer, à savoir de ce monde périlleux, sans aide de laquelle on ne peut passer sans naufrage, ni arriver au port du salut. La sainte Église la salue journellement par l'hymne : Ave, maris Stella, c'est-à-dire, je vous salue, étoile de mer, dont
— ioe--
aussi saint Bernard a écrit à riioméHè dÀl'ang^ disant : Marie est VétqJisf^lMi^^ mer du monde, resplencUssptte itttt leàiMIrtus, œuvres et exemples de horme lie et 4(i^i|)diuitl mœurs. Marie est aussi figurée pii^ lé tepifla 46 Salomon, lequel on édifia à Dieu de p!i|UI> ||«ii*che, de marbre, doré par-dessus f ainsi Iforia est blanche et sainte de pureté, virginale en corps et en âme, décorée d'amour et de chax^
GQIQCE JOACmM ET ANNE NOURBISSAnSNT MARIE LEUR
FQiLE.
Quand Anne eut fait sa couche, et offert Marie au temple suivant la loi, et après l'avoir ramenée à la maison, Anne et Joachim la nourrissaient soigneusement en grande révérence, et ne la laissaient toucher de personne, sinon d'eux et de Fine, la sœur d'Anne. Qui est-ce qui pourrait expliquer la grande joie qu'ils eurent en r^ardant ce béni enfant, en la baisant et jouant avec? je crois que nul ne le peut exprimer. Joachim et Anne la regardaient avec tant d'admiration, qu'ils oubliaient quelquefois même le boire et le manger, et leur semblait que ce temps ne durait
qu'un moment. Ils avaient ordonné à leur fa^ ttdlle que,* quand ils étaient ensemble avec leur efiftmt en la éhambre, personne ne les troublât ;
ée qui fut exécuté.