LIVRE V. DE LA DÉCORATION
quatre modules deux tiers du fût de l’une au fût de l'autre, dans l’ordre Dorique cinq et demi, dans l'ionique quatre et demi, et dans le Corinthien et le Composite quatre modules deux tiers comme au Toscan. Il est assez extraordinaire d'avoir adopté des intervalles égaux dans les ordres les plus éloignés l’un de l’autre, comme sont le Toscan et le Corinthien, aussi bien que d’avoir fait les entre-colonnes dori(|ues plus grandes que les to.seanes, contre le sentiment de Vitruve, qui veut que les entre-colonnes des ordres massifs soient plus grandes que celles des plus légers.
La règle de Scamozzi est différente : il donne six modules aux entrecolonnes toscanes, cinq et demi aux doriques, cinq aux ioniques, quatre et demi aux composites, et quatre aux corinthiennes. Ainsi il prend trois nombres proportionnels arithmétiques entre 6 et 4. qu’il regarde comme les termes extrêmes de ces entre-colonnes; et [)our ne point tomber dans la faute qu'il reproche aux autres architectes, qui font toutes leurs entre-colonnes égales, ils donnent plus de largeur à celle du milieu des façades qu’aux autres qui sont à droite et à gauche ; par exemple, selon lui, il faut que l’entre-colonnc du milieu pour l’ordre Dorique soit plus grande que les autres d’un triglyphe et d'un métof>e, et à l’ionique, au Composite et au Corinthien, plus grande d'un mutule.
Les règles préîcédcntes ne sont point si générales qu'on ne puisse quelquefois s’en écarter, parce que les entablements des ordres obligent à certaines sujétions, auxquelles il faut avoir égard absolument pour régler les entre-colonnes. Il n’y a que l’ordre Toscan qui peut s'exécuter sans aucune difficulté, parce qu’on n’est pas gêné parles triglyphes, les denticules, ni les modillons; car il sufht pour cet ordre que l’entablement soit solidement établi , et n’ait pas trop de portée.
' Il n’en est pas de même pour le Dorique, qui est le plus difficile de tous à mettre en œuvre, parce que la distance des colonnes est déterminée par les espaces-des triglyphes et des méto|X's: car entre deux colonnes il ne peut y avoir que depuis un triglyphe jusqu’à cinq, prenant garde qu’on ne compte que sur ceux qui portent sur le vide, et non pas ceux qui sont à plomb sur les colonnes. Plusieurs n’ont jms voulu se contraindre à la précision que cet ordre «lemande, et ne se sont point embarrassés de s’assujétir à faire les métopes quarrés; mais comme c est justement de là que dépend la beauté de cet ordre, ceux qui n’ont
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pas suivi la maxime des anciens, n'ont pas été approuvés. D’autres, pour^ n’être contraints en rien, ont exécuté l'ordre Dorique sans triglyphes ni métopes, n’ayant mis nulle distribution dans la frise; mais alors c'est priver cet ordre de ce qu’il a de plus beau , pour en faire un autre auquel on ne sait quel nom donner.
A l’égard des trois autres ordres, la sujétion n’en est pas si grande pour régler les entre-colonnes, car il ne s’agit que d'avoir égard à la distribution des modillons et des denticules; mais |)rincipalement des modillons, parce qu’on doit ob.server pour règle constante, qu’il doit toujours y en avoir un qui réponde au milieu de chaque colonne; et c’est à l'architecte à proportionner si bien la grandeur, la saillie et l’espace des autres, que le tout puisse cadrer de manière qu’il ne paraisse pas qu'on ait été gêné en rien.
Outre les cinq espèces d’entre-colonnes dont nous venons de parler, les modernes en ont inventé une si.vièmc que l'on nomme colonnes couplées ; parce qu’elles sont deux à deux fort près l’une de l’autre. Par exemple , s’il y a plusieurs colonnes de suite disposées selon les règles précédentes, on accouple la deuxième avec la première, la quatrième avec la troisième, la sixième avec la cinquième. C’est ainsi qu’on a fait le péristyle du Louvre dont j'ai parlé; et quoitpi'il y .ait peu d'exemples antiques où cela ait été pratiqué, on a trouvé que les colonnades dans ce goùt-là réussissaient si bien , (|u’il n’y a presque point de bâtiment considérable où il ii’y en ait (i).
Les colonnes couplées n’ont ordinairement qu’un piédestal commun, parce que, devant être près l’une de l’autre autant qu'il est possible, si Ion voulait que leurs piédestaux fussent séparés, les corniches et les bases de ces piédestaux se trouveraient confondues ensemble, ce qui ferait un méchant effet. Cependant, si les deux colonnes pouvaient être assez, éloignées l’une de l’autre, pour ne pas mêler les corniches et les bases de piédestaux, elles pourraient avoir chacune le leur, ce qui est quelquefois nécessaire, comme quand deux colonnes sont élevées sur deux autres, parce qu’alors il est à propos de rendre les piédestaux légers.
(i) On a niaintrnaiu clmngé d'avis sur les colonne* rouplées , doiil rinconvcnancc est généralement reconnue (A').
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