LIVRE IV. DES ÉDIFICES MILITAIRES. 3j
sième pût passer entre deux , de sorte qu’il reste assez d'espace pour les gens de pied et de cheval: pour les petites rues, on se contente de leur donner 3 à 4 toises de largeur.
I.a distance d'une rue à celle qui lui est parallèle, doit être telle, qu'entre l'une et l'autre il y reste un espace pour deux maisons de bourgeois, dont l'une regarde dans une rue, et l'autre dans celle opposée: chacune de ces maisons doit avoir environ 5 à 6 toises de face sur y à 8 d'enfoncement, avec une cour de pareille grandeur, pour que l'intervalle d’une rue à l’autre soit d'environ 3a ou 33 toises ; dans cette largeur on peut aisément trouver l’étendue qu’il faut pour les grandes maisons, qui auraient écuries et jardins.
Dans les villes où il y a des rues anciennes, on les laisse telles qu'elles sont, on se contente seulement de redresser ou d’élargir les plus essentielles, comme celles des entrées et sorties, on en fait de même à l’égard de la place d'armes, quand il ne s’en trouve point d’assez grande pour faire le service ordinaire.
Indépendamment du corps-de-garde de la place d’armes et de ceux des portes, on en fait encore sur le rempart, pour avoir des postes qui soient à portée de veiller à la sûreté du corps de la place: ils se font quelquefois au centre ou aux gorges des bastions, quand il n'y a point de cavaliers ou de magasins à poudre, ou bien on les place dans le milieu des courtines, principalement quand il y a quelque porte d'eau occasionnée par les rivières.
Les magasins à poudre devant être éloignés le plus qu’il est possible des maisons des habitants, on ne peut guère mieux les placer que dans le milieu des bastions.
Comme l’arsenal est un des édifices militaires qui doit occuper le plusd'espace, il est assez difficile d'en déterminer l’emplacement, parce que cela dépend de mille circonstances qu'on ne peut apercevoir que sur les lieux; mais on aura au moins attention de le détacher de tout autre bâtiment, tant pour la sûreté des munitions que pour ne point participer aux incendies qui pourraient arriver dans son voisinage. Quand il passe une rivière dans la ville , il est essentiel pour le bien du service que l’arsenal n'en soit point éloigné, afin d’être plus à portée de former les convois qui pourront se faire par la navigation. Nous reprendrons cet article dans le chapitre neuvième.
r>es casernes se placent ordinairement proche le rempart, le long des coartines, et c'est en elVet la situation qui leur convient le mieux, parce qu'on y peut ménager un espace pour faire faire l'exercice; le ’ soldat est plus détaché de la bourgeoisie , on peut faire plus secrètement les détachements qui doivent marcher pour quelque entreprise , au lieu que partout ailleurs les memes avantages ne se rencontreraient peutêtre pas sans difRcuIté.
Comme la cantine et la boulangerie regardent la subsistance de la garnison, on doit les placer dans le voisinage des casernes, et même dans l'endroit où il se rencontre près de là un corps-de-garde qui soit en état d'en imposer en cas de désordre.
Pour l'hôpital , il est presque inutile de dire qu'il est à propos de le placer dans un endroit écarté, mais sur toute chose proche une rivière ou ruisseau, s’il en passe dans la ville.
A l'égard des logements de l’état-major, il est naturel qu’ils répondent à la plaee d'armes : ceux des capitaines des portes se font ordinairement au-dessus de.s portes mêmes; ces logements peuvent aussi servir pour les aides-majors de la place.
Pour dire aussi un mot de l'emplacement de l’église, il convient que, quand il n'y a qu'une paroisse, comme cela est assez ordinaire dans les villes neuves, qu’elle soit située sur la place, aSn qu'étant au centre de la ville, les habitants en soient également à portée.
A l'égard de la décoration, on ne doit rien négliger de ce qui peut flatter le coup-d’osil, afin qu'il règne partout un air de symétrie qui répande autant de grâce dans l'intérieur, que la force et la solidité de fortifications donnera de majesté à l'extérieur.
Voilà en gros ce que je m’étais proposé d’insinuer dans ce chapitre: tout ce qui en fait l'objet est d’une si petite importance, que je ne crois pas devoir l’étendre davantage, puisqu’il ne faut que le sens commun pour voir la nécessité de semblables distributions; mais ce qui demande plus de capacité et d’intelUgence, c'est l’exécution tant des édifices dont je viens de parler, que de ceux dont on va voir les détails dans les chapitres suivants.
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