CHAPITRE DOUZIÈME
De la manière de construire les ouvrages de Terrasses.
A. MESURE qu'on élève le revêtement d'un ouvrage , on fait le remblai des terres pour former le rempart. On commence par égaliser le fond du terrain qui répond à la dernière retraite du côté de la place, en, lui donnant une pente d'environ 3 pouces par toise du devant au derrière, afin de soulager le revêtement ( car nous-supposons que cet espace est bien déblayé , et n'est pas occupé par les terres qu'on a retirées du fossé pour former les remparts : c'est ce qui nous a fait dire dans le chapitre VIII qu'il fallait les porter à 8 ou 10 toises au-delà de l'alignement intérieur de la muraille, afin qu'on ne soit pas obligé de les rejeter plus loin , et les placer de façon que les travailleurs les aient
sous la main pour faire les remblais). On pose un lit de fascinage, dont le gros bout est du côté de la muraille , les brins espacés de 4 à 5 pouces les uns des autres ^ les fascines doivent avoir au moins m pied^ de longueur et 3 ou 4 pouces de circonférence par le gros bout ; on les recouvre dun lit de terre d'environ 8 pouces de hauteur , que Ton bat à la dame ^ jusqu'à ce qu'il soit réduit à 6. On répète un second et un troisième lit de terre toujours de 8 pouces , bien battus , et chacun réduit à 6 pouces. S'il se rencontre des pierres qui empêchent qu'on ne puisse battre également par-tout , on les ôte pour les mettre de côté. Ensuite on étend sur ce troisième tas un second lit de fascinage, disposé comme le premier , que Ton couvre encore de trois autres tas de terre de 8 pouces, chacun battu séparément et réduit à 6 , que Ton recouvre encore d'un lit de fascinage : ainsi de suite , alternativement trois tas de terre et un Ut de fascinage , jusqu'à la hauteur du terreplain du rempart , auquel on donne une pente d'un pied et demi depuis la banquette jusqu'au talus intérieur, en observant d'en faire la surface d'une terre bien épierrée et battue si uniment , que les eaux de pluié^ coulent sans difficulté. Après quoi on élève le parapet qui se construit de même que le rempart , mais avec un peu plus de précaution ; car si les terres dont on veut se servir sont pierreuses , on les passe à la claie, ou bien on en choisit de douces et de celle qui convient le mieux.
C'est ainsi qu'on a coutume de travailler les ouvrages de terrasse en les mêlant avec des lits de fascinage , que je ne voudrais pourtant employer qu'à la dernière extrémité quand on a des terres boueuses ou sablonneuses , qui n'ont point de cervelle. Encore ne devrait-on s'en servir que lorsqu'on fait des ouvrages qui ne sont revêtus que de gazons ; car pour ceux qui sont soutenus par une bonne muraille , je crois qu'avec un peu de précaution on pourrait s'en passer. Leur défaut est quêtant nouvellement posées , elles empêchent par leur ressort qu'on puisse battre les terres aussi solidement qu'on le ferait s'il n'y en avait point, et que venant à^ se pourrir au bout d'un certain temps, elle laisse beaucoup de vide ; ce qui fait que les terres s'affaissent tout de nouveau , et se réduisent à une hauteur beaucoup au-dessous de celle qui avait été réglée par les profils.
Pour se passer des fascines dans la construction des ouvrages revêtus, je voudrais que les remblais suivissent exactement le progrès de la
LIVRE III. DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX. 289 maçonnerie. S'il s'agit d'un ouvrage qui ait plusieurs côtes , après avoir ëlevë la maçonnerie d'une face de bastion ^ par exemple^ à une certaine hauteur, qui sera si l'on veut de deux pieds, les maçons la quitteront pour aller Êiire une pareille levée à l'autre face ou au flanc voisin , et les terrassiers viendront s'emparer de celle qui est vacante pour iaire les remblais à la hauteur où se trouve la maçonnerie, observant de bien battre les terres lit par lit , de 8 pouces en 8 pouces , toujours réduits a 6 ; ensuite les maçons reviendront à la partie qu'ils avaient abandonnée, pour y faire une deuxième levée de ^ pieds, tandis que ' les terrassiers occuperont celle que viennent de quitter les maçons , de sorte que pour bien faire il faudrait que les maçons et les terrassiers se succédassent alternativement. De cette conduite il arrivera deux choses, également avantageuses : la première , c'est que les maçons auront toujours un emplacement commode pour y travailler à leur aise , et par conséquent feiont un meilleur ouvrage; la seconde, c'est qu'en jetant sur les terres nouvellement battues les matériaux qu'ils doivent employer à leur nouvelle levée , et les piétinements continuels de tous ceux qui seront employés à la maçonnerie , h^attront les terres incomparablement mieux qu'elles ne L'avaient été d'abord , ce qui leur fera prendre tout l'affaissement auquel elles ne seraient arrivées que long- temps après l'ouvrage achevé.
Ce qui demande encore beaucoup d'attention dans la construction des ouvrages de terrasse, ce sont les revêtements de placage ou de gazon. Le placage se fait avec de la terre noire non pierreuse , qui ne doit être ni trop grasse , ni trop maigre , mais participant des deux , afin qu'elle ne se fende ni ne se renfle après qu'elle aura été employée. On commence par creuser une petite tranchée au pied du parapet pour servir comme de fondement au reste de l'ouvrage, on la remplit de la terre servant au placage , et on a soin de la mouiller et de la lier avec celle qui compose le parapet. Après l'avoir bien battue, on étend dessus un lit de chiendent fraîchement tiré , pour reprendre plus aisément ; ensuite on applique le premier tas, c'est-à-dire un premier lit de terre noire auquel on donne la pouces dépaisseur sur 6 de hauteur, que l'on bat bien en long et en large, jusqu'à ce qu'il soit réduit à n'en avoir plus que 4- On recouvre ce lit d'un autre de chiendent , mêlé avec
de la petite fascine. Sur ce tas-ci , on en applique un autre battu et
ago LA SCIENCE DES INGÉNIEURS,
bien lie avec les terres du parapet , que Ton bat et garnit de lits de grands fascinages ^ dont le gros bout est éloigne d'environ 4 pouces du placage ^ auquel on fait suivre le talus que doit avoir le parapet ^ après en avoir recoupe le parement ; et comme sa hauteur au-dessus de la banquette est toujours de 4 pieds et demi, son talus est de 1 8 pouces, qui est le sixième de la hauteur. Quant au talus extérieur /on lui donne les deux tiers de la hauteur, c'est-à-dire que quand un ouvrage est revêtu de gazon ou de placage , s'il a extérieurement lÔ. pieds de hauteur, on lui en donne lâ de talus.
Les revêtements de gazonnage se font à-peu-près comme le précédent , car on commence par poser une première assise de gazon audessous du niveau de la dernière banquette pour servir de base ou de mérande aux autres qu'on doit élever dessus ; tous les gazons dont on se sert doivent avoir i5 à i6 pouces de queue sur 6 de largeur et autant de hauteur, taillés en coin de mire. Cette hauteur de 6 pouces est réduite après que le gazon est mis en œuvre. ^ Sur cette première assise on en pose une seconde , et sur celle-ci une troisième bien disposée à joints .recouverts et conduits de niveau sur toute la longueur de l'ouvrage. Ces assises sont entrelacées avec des brins de saule et quelquefois de chiendent , de même qu'au placage ; et de trois assises en trois assises , on étend un lit de fascinage qu'on recouvre de terre bien battue , pour former le parapet, et à mesure que l'ouvrage avance, on recoupe le parement pour qu'il soit bien uni, et fasse le même effet que s'il était de maçonnerie. Tous les angles saillants d'un parapet intérieur ou extérieur se font en arrondissant, parce qu'autrement il serait bientôt émoussé ; c'est même dans ces endroits où la main du gazonneur montre son adresse.
Le gazon , pour être bon , doit être coupé dans un pré bien herbu et racineux , un peu humide. Les prés qui sont tourbeux ou sablonneux ne valent rien pour cela. Toutes les saisons ne sont pas propres non plus pour le gazonnage , le temps le plus convenable est le printemps et l'automne.
Il faut environ â5o gazons et 12 fascines pour une toise quarrée de gazonnage. Il semble que âi6 gazons devraient suffire, mais on en compte 4o de plus pour remplacer ceux de rebut. Un bon gazon pèse ordinairement i5 livres, et un charriot en voiture 100.
LIVUE III. DE L4 CONSTRUCTION DES TRAVAUX. agi Un bon coupeur de gazon peut en couper jusqu'à i5oo dans un jour d été , et la moitié seulement dans un jour d'hiyer.Le gazonneur en peut poser et raser lO toises quarrées dans un jour, et même davantage , s*il est bien servi pour la terre et pour la fascine.
Je ne dis rien ici du tunage et du clayonage , parce que je me propose d'en parler dans TArchitecture hydraulique. Je passe aussi sous silence quantité de petits détails au sujet de la manière de travailler les terres , qui ne sont point assez de conséquence pour mériter une attention particulière.
A regard des fossés qui environnent les ouvrages, leur excavation ne doit point être plus profonde que le niveau de la dernière retraite des fondements. Mais , quand ils sont à sec , on observe pourtant de leur donner un peu de talus en venant du pied du rempart dans le milieu , et du pied de la contrescarpe dans le même milieu , afin de faciliter l'écoulement des eaux de pluie.
Quand la contrescarpe n'est point revêtue , on donne aux bords du fossé un talus égal à sa profondeur ; à mesure qu on approfondit , on fait d'abord des banquettes au lieu de talus pour faciliter les allées et venues des travailleurs , et après que la vidange est faite , ces banquettes sont coupées pour former le talus dont je viens de parler. On donne aussi un semblable talus au pied des ouvrages de terrasse qui ont une berme.
Je ne parle point de la largeur ni de la hauteur que l'on donne au terre-plain des remparts , parce que cela doit être réglé par les profils. Je dirai cependant que les talus intérieurs de tous les remparts ont une fois et demie leur hauteur; c'est-à-dire que si un rempart a la pieds de haut , on lui en donnera i8 de talus.
^ Je ne dois point oublier de dire ici que quand on forme les faces des bastions , demi4unes ^ contre-gardes , etc. , on observe de leur donner plus d'élévation aux angles saillants qu'aux extrémités (i). Je veux dire que ces faces ont une petite pente en venant de l'angle saillant aux extrémités , qui est réglée suivant la longueur que doivent avoir ces faces. Cela contribue à donner plus de grâce à un ouvrage, et à le cou-
(i) Voyez la planche XIV , qui comprend l'élévation d'un front de fortification.
a9a Li SCIENCE DES INGÉNIEURS,
vrir contre les enfilades.- Mais quand on a seulement ce dernier motif en vue ^ il y en a qui aiment mieux &ire des surtouts aux angles saillants. J'ajouterai aussi qu'en donne aux remparts et parapets des ouvrages un peu plus d'ëlëvation que celle qui a ëtë réglée par les profils , pour prévenir les réductions que causent les affaissements.
Quand on fait des demi^-revêtements aux ouvrages , pn y liaisse quelquefois une berme de lo pieds de largeur pour une haie vive , qui se fait d'épines blanches provenant de jeunes plantes pépinières. Elle se plante sur deux lignes, dont la première est à 5 pieds du parapet, et la seconde à la pieds de la première. On la laboure de temps en temps , et au bout de trois ans on la récèpe tout près de terre. Trois autres années après , la haie s'étant élevée à une certaine hauteur , on entrelace tous ses brins les uns dans les autres , de manière qu'ils fassent un tissu de ^ k 5 pieds, ce qui se doit répéter tous les ans, jusqu'à ce qu'elle soit parvenue à la hauteur de 6 pieds. On la taille proprement devant et derrière , afin qu'elle épaississe mieux , et on la laisse anticiper jusqu'à la moitié de l'épaisseur du revêtement au sommet, afin, qu'il ne reste d'autre espace que c^elui qui sera nécessaire pour le pas- ' sage du jardinier qui la cultivera.
On plante ordinairement des arbres sur le parapet de la place trois ou quatre ans après qu'on Ta élevé , afin que les terres aient eu le temps de s'affaisser. On en met trois rangées : la première se fait au pied de la banquette, la seconde à 3 ou 4 pieds du bord intérieur du terreplain , et la troisième au pied du talus du rempart. On choisit des ormes d'une belle tige , bien garnis de leurs racines , qui ne doivent être ni altérées ni bflensées. Quant à leur grosseur , il suffit qu'ils aient 6 à 7 pouces de pourtour , parce qu'ils en reprennent mieux que s'ils étaient plus forts. On les plante à i5 pieds de distance les uns des autres, faisant des trous de 3 pieds en quarré, sur autant de profondeur. Il est à propos de faire ces trous trois ou quatre mois avant de planter les arbres , afin que le fonds puisse s'engraisser . On a encore beaucoup d'autres petites attentions qui sont essentielles pour les faire profiter , mais qui sont assez connues des jardiniers pour que je me dispense d'en faire le détail.
Je n'ai pas encore parlé du chemin couvert , parce que sa construction n'a rien qui ne soit renfermé dans ce qu'on a vu au sujet de la
LIVRE III. DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX. 29? manière de construire les ouvrages de terrasse. Je dirai pourtant qu'on lui donne ordinairement six toises de largeur, formée par un parapet de 4 pieds et demi de haut^ ëlevë sur deux ou trois banquettes, selon qu'on est oblige de se convrir contre la campagne. Quelquefois l'on soutient ce parapet d'ua petit revêtement de maçonnerie, qu'on ne construit qu'après que les terres se sont bien affermies. On l'établit sur une fondation de^ trois ou quatre tas de briques de hauteur sur deux briques et demie d'épaisseur, et on lui donne deux briques sur la base et une brique et demie an sommet, sur trois pieds de hauteur. Le reste du parapet, qui est d'un pied et demi, se revêt de gazon ou de placage.
Le? angles saillants des places d'armes en rase campagne doivent être élevés d'un pied plus que l'extrémité de leur face pour se couvrir contre les enfilades. Dans le milieu de chaque face, on pratique une sortie coupée à niveau du terre-plain : on lui donne 9 à 10 pieds de largeur sur i5 de longueur, prise du sommet du parapet, et pour défiler le passage, on le détonrne en arrondissant vers l'angle rentrant. Aux deux côtés de chaque sortie, on plante un poteau aiguisé et contre-fiché sur un seuil , pour porter deux manteaux de barrière que l'on fait de barreaux à <;lairé voie , dont le sommet finit en pointe , façonnée comme celle des palissades, et élevée à la même hauteur et sur le même alignement.
Les places d'armes^ rentrantes et saillantes se forment ordinairement par des traverses de terre auxquelles on donne 10 pieds d'épaisseur au sommet. Leur parapet est élevé à la même hauteur que celui du chemin couvert , avec le même , nombre de banquettes. Quand la contrescarpe est revêtue de maçonnerie, les profils de traverses le sont aussi, ce qui les rend capables d'un plus grand feu , à cause que l'on n'est pas obligé de leur donner un aussi grand talus de ce côté-là.
A un demi-pied du parapet , tant du chemin couvert que des traverses^ on plante sur la banquette un rang de palissades de boià de chêne , de brin ou de quartier , de 8 pieds et demi de longueur sur iS à a6 pouces de tour mesuré au milieu. Elles sont appointées de la à i3 pouces de longueur , la pointe droite sur le milieu un peu tronquée pour éviter la pourriture. On les espace également à 2 pouces de distance l'une de l'autre mesurée sur le liteau ^ auquel elles sont attachées avec des chevilles de bois de chêne bien sec , chassées de force par le gros bout , et
fendues par le petit, pour être contre-chevillëes. Le linteau se fait aussi de bois de chêne , d^une pièce de 4 pouces sur 5 d'ëquarrissage, laquelle est refendue diagonalement à un pouce près des angles opposés , ce qui donne deus cours de linteaux. M. le maréchal de Vauban faisait surmonter la pointe des palissades de 9 pouces AU-dessus de la crête du parapet ; mais Tusage a fait connaître que 6 pouces suffisaient et mettaient les palissades moins en prise au canon. On doit les incliner de 6 pouces du côté du parapet, pocnr mieux résister à la poussée des terres , et que le soldat soit bien commodément placé pour faire feu.
Il entre ordinairement huit ou neuf palissades dans la toise courante, dont chacune pèse environ soixante-dix liv.Un charriot en voiture cent , et un ouvrier avec son manœuvre peut en planter et cheviller trois toises courantes par jour.
Quand un rempart n'est revêtu que de gazon , on le fraise à la hauteur du terre-plain, c'est-à-dire qu'on le hérisse de palissades posées horizontalement, ayant trois pieds de saillie sur trois pouces de pente. Elles sont couchées et chevillées sur un chevet ou linteau . Il y a des personnes qui ajoutent un second linteau sur l'extrémité qui est enterrée, afin qu'on trouve plus de difficulté à les arracher; mais cela paraît assez inutile. Ces palissades sont espacées les unes des autres de 4 à 5 pouces , il en faut environ six à sept par toise courante.
Comme les ouvrages revêtus de gazons ont ordinairement une berme, on y plante aussi au bord du fossé un autre rang de palissades qui présentent la pointe du côté de la campagne. On leur fait faire un angle de 45 degrés avec l'horizon , et leur saillie est à-peu-près de 4 pieds 10 pouces/ '
Je crois ne pouvoir mieux finir ce troisième livre qu'en rapportant quelques règlements de M. le maréchal de Vauban , au sujet des travaux, lesquels conviendront parfaitendent ici pour donner aux jeunes ingénieurs une idée générale de la façon dont se doivent faire les toisés des ouvrages , et ce qu'il faut suivre pour avoir de l'ordre et de l'arrangement quand on est chargé du détail.
LÏVRE III. DE JA CONSTRUCTION DES TRAVAUX. agS
Règlement de M. le maréchal de Vauban , pour la conduite
des Travaux.
« L'ingénieur qui sera charge en chef des travaux d'une place , fera tous les ans un registre où chaque article de 1 état des ouvrages ordonnes pour la même année aura sa feuille particulière , dans laquelle tous les paiements de la dépense seront rapportés en gros et en détail, depuis le commencement de son exécution jusqu'à la fin , conformément aux marchés qui auront été faits , et aux comptes et toisés qui seront arrêtés de temps en temps avec les entrepreneurs ; moyennant, quoi il lui sera aisé, en quelque temps que ce soit, de faire voir l'état des ouvrages dont on pourra tirer des connaissances nécessaires pour le temps de leur durée , et les moyens de les pouvoir achever.
a Les entrepreneurs n'en commenceront aucun en gros ni en détail , qu'on ne leur ait donné la figure et l'étendue au juste ^ marqué toutes les hauteurs et profondeurs , et fait un toisé général , du contenu duquel on leur donnera copie ^ qu'ils signeront. Après qu'ils les auront achevés, ils seront mesurés pour la seconde fois , et si la quantité qu'on aura trouvée à la fin diffère du commencement, on prendra toujours le moindre nombre pour le compte du roi : ce qui se doit entendre pour le remuement des terres seulement , car pour la maçonnerie il pourrait y avoir des changements dans la fondation , qui seraient si éloignés du toisé estimatif, qu'on ne pourrait pas s'y tenir sans tomber volontairement dans une erreur considérable.
« Tous les ouvrages de terre seront mesurés par l'excavation des fossés d'où on les aura tirés , à moins qu'il ne fût expresséibent spécifié par le marché de le faire autrement
«c Tous les témoins de terre seront faits en profils et non en pyramide, à cause des abus et tromperies qui s'y commettent : et ils se feront toujours de concert avec l'ingénieur et l'entrepreneur.
(c L'ingénieur ne fera payer personne à bon compte, sur (es ouvrages, qu'il ne soit certain , par un bon mesurage ^ de la possibilité de le faire ou non , sans rien hasarder pour le roi.
<c A l'égard des ouvrages de maçonnerie , on tiendra des attachements ou des mémoires exacts, signés réciproquement de l'ingénieur et de
âge LA SCIENCE DES INGÉNIEURS,
l'entrepreneur , et même des principaux conducteurs des ouvrages, où toutes les épaisseurs , longueurs et hauteurs de chaque partie seront nettement expliquées, spécifiant bien l'endroit de chacune, afin d'éviter toute sorte d'embrouillement et de supercherie dans les toisés généraux.
(c Pour la charpenterie , on tiendra de même des attachements de tous les bois qui seront attachés , et de ceux qui ne le seront pas , spécifiant bien le nom de chaque espèce , et même figurant à la marge , le mieux qu'il sera possible , la partie dont il est question , afin d'éviter toute obscurité.
<( La même chose sera aussi observée pour la maçonnerie, tout autant de fois qu'on croira en avoir besoin , pour plus grand éclaircissement.
ce Tous les ouvrages de fer seront pesés à la livre de seize onces , en présence de l'ingénieur, après qu'ils auront été forgés, ayant que d'être employés.
<r Ceux de maçonnerie, à la toise cube si c'est de gros mur, ou à la toise quarrée si c'est de simple mur , comme des casernes , magasina y corps-de-gardes , et autres.
<c Le mesurage de terre se fera à la toise cube de France ; celui des gazons à queue , gazons plats et placages , à la toise quarrée; celui ^e la charpenterie , au cent de solives.
(c Sur la fin de chaque année, au temps oii les ouvrages finissent, ringénieur arrêtera sur son registre toutes les dépenses qui auront été faites , et rapportera sur son projet de l'année courante l'état oii seront les ouvrages de la place, et ce que chacun aura coûté, en marge, vis-àvis de son article ; comptant après les revenant bon , ou les dettes qui s'y trouveront, pour faire état des premiers comme fonds déjà reçus, et des seconds comme premiers fonds à demander sur le projet de l'an prochain ; ensuite de quoi il y travaillera , y rapportant tous les ouvrages qui auront été réglés , avec l'estimation de chacun en particulier , le plus juste qu'il sera possible , afin que l'on puisse choisir ceux que l'on jugera les plus nécessaires : il faudra aussi rapporter après cela le prix des matériaux en provision , qui tiendront lieu de fonds, et à la fin , le nom de tous les gens employés à la fortification , et les appointements de chacun ; et pourvu que cet ordre soit exactement observé , l'on ne tombera pas dans aucune erreur, et l'on, verra toujours clair dans . toutes les dépenses faites et à faire.