CHAPITRE SECOND
De la connaissance des cinq ordres en général.
A ouR donner une idée des ordres aux personnes qui ne les connaissent point, et leur faciliter la manière de les distinguer, il semble qu'avant toute chose il faut faire voir en quoi ces ordres diffèrent, et à quel signe on peut les reconnaître. f
Si l'on considère les planches XXXVII, XXXVIII et XXXIX, on y Ix^yf/ verra les cinq ordres rapportes de suite, et Ion y remarquera que le XXXVIII Toscan se distingue des autres par sa simplicité, nëtant accompagné v^vj^ d*aucun ornement.
Que le Dorique se connaît par les triglyphes qui servent à enrichir la frise, étant Tordre seul où cet ornement se rencontre.
L'Ionique se fait connaître entre les autres par les volutes qui accompagnent le chapiteau des colonnes.
Le Corinthien se connaît aussi par son chapiteau, qui est orné d€ certaines'feuilles qui imitent celles de la plante nommée acanthe: D ailleurs, comme cet ordre est toujours enrichi de plusieurs ornements qu'on n'aperçoit point dans les trois précédents, il est aisé de ne pas s'y méprendre.
Enfin Ton connaît le Composite, en remarquant que son chapiteau participe des deux ordres précédents, ayant les volutes de l'Ionique et les feuilles du Corinthien.
Il y a beaucoup de bâtiments qui, sans avoir de colonnes ni même de pilastres, ne laissent pas de prendre le nom de quelqu'un des ordres, parce qu'il suffit qu'ils aient des parties qui en marquent le caractère. Ces parties sont les entablements, les couronnements de façades, les grandes portes, etc. Par exemple, quand on voit des triglyphes dans l'entablement d'une façade, on peut dire que cette façade est décorée selon l'ordre Dorique ; et ainsi des autres.
Pour donner une idée moins superficielle des ordres, j'ajouterai que chacun est ordinairement composé de trois parties, qui sont le piédestal, la colonne et l'entablement , et que chacune de ces parties en comprend trois autres. Par exemple, celles du piédestal sont la base, le dé ou le tronc, et la corniche ; celle de la colonne, la base, le fut ou la tige, et le chapiteau ; et celles de Tentablement, l'architrave, la frise et la corniche. , ,
Comme les hauteurs du piédestal et de l'entablement doivent dépendre de celle de la colonne, Vignole, pour établir une règle générale qui puisse s'appliquer indifféremment à tel ordre que l'on voudra, donne pour hauteur au piédestal le tiers de celle de la colonne, et à l'entablement le quart. Ainsi ayant divisé la hauteur de la colonne 6n douze parties, il en prend quatre pour le piédestal et trois pour l'entablement,
et de cette règle il tire un moyen fort aisé pour déterminer l'ordonnance d'une façade : car toutes les fois qu'une hauteur est donnée, on n'a qu'à la diviser en dix-neuf parties égales, et alors les quatre parties d'en bas servent pour le piédestal, les trois de dessus pour l'entablement, et les douze d'entre deux pour la hauteur de la colonne.
Cependant il arrive quelquefois que, dans la décoration des façades, on ne fait point de piédestal aux colonnes : dans ce cas, Yignole divise la hauteur donnée en cinq parties égales, dont quatre servent pour la hauteur de la colonne, et la cinquième détermine celle de l'entablement, qui par ce moyen sera encore le quart de la hauteur de la colonne.
Comme, dans tous les ordres^ la proportion des petites parties doit dépendre de celle des plus grandes, tous les architectes, tant anciens que modernes, ont pris pour mesure commune le demi-diamètre de la colonne, qu'ils ont appelé module : de sorte que, quand^on dit qu'une certaine partie d'architecture a, par exemple, pour hauteur cinq modules , on doit entendre que cette hauteur est égale à cinq demi-diamètres de la colonne qui est employée dans l'ordfe dont il s'agit Cependant, .comme pour rendre les colonnes plus agréables à la vue, on leur a donné moins de grosseur vers les extrémités que dans le milieu, ce qui fait que n'étant point cylindriques, elles peuvent avoir plusieurs diamètres, il est bon de savoir, pour ne pas s'y méprendre, que le demi^ diaiùètre qui sert de module, est celui du cercle qui répond à la base de la colonne. ^
Les cinq ordres augmentent de l'un à l'autre en beauté et en ornement, on les a fait aussi monter par degrés en légèreté et en délicatesse. Par exemple, les colonnes doriques ont moins de grosseur par rapport à leur hauteur que les toscanes , et les ioniques moins de grosseur à proportion de leur hauteur que les doriques ; et ainsi des autres. C'est pourquoi Vignole donne aux colonnes toscanes sept de leur diamètre ou quatorze modules, aux doriques huit de leur diamètre ou seize modules, aux ioniques neuf de leur diamètre ou dix-huit modules, aux corinthiennes et aux coniposites dix de leur diamètre ou vingt modules, donnant la même élévation à ces deux ordres, quoiqu'il y ait des auteurs qui en donnent davantage au Composite. Prévenu de ce que je viens dtf dire, quand on a trouvé de quelle hauteur doit être la colonne par rapport a la façade où elle doir être placée, en suivant la règle de
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Vignole, il est bien aisé d'en avoir le diamètre, et par conséquent le module, puisqu'il n'y a qu'à diviser la hauteur de la colonne en autant de parties égales qu'elle doit avoir de diamètre, et alors une de ces parties sera le diamètre qu'on cherche, dont la moitié pourra servir de module. Car on sent bien que chaque ordre a son module particulier^ qui. est plus ou moins grand, selon que l'ordre dont il s'agit est massif ou léger, et qu'il n'en est point de cette mesure comme du pied ou du. pouce ordinaire, qui restent toujours les mêmes. Or, pour rendre ceci plus inteHigible, supposons qu'il soit question de décorer une façade, selon L'ordre Dorique, il faut en mesurer la hauteur depuis le rez-dechaussée jusqu'à l'endroit on doit se terminer le sommet de la corniche de l'enlablement, et diviser cette hauteur en dix-neuf parties, dont il en faut prendre douze pour la colonne pour tel ordre que ce soit; et ces douze parties n'étant plus considérées que comme une seule gran-. deur, il faut la diviser en huit parties égales, Tune desquelles sera le diamètre de la colonne : par conséquent la moitié de ce diamètre serale module pour régler les. proportions de l'ordre Dorique, relativement à la façade que l'on veut décorer. Or, comme on aura connu en pieds et en pouces la hauteur de cette façade , on pourra aussi si l'on veut rapporter la grandeur du module aux mesures ordinaires, et savoir par conséquent combien il contient de pouces, quoiqu'à le bien prendre cela soit assez inutile, puisxjue, comme je viens de le dire, cette mesure est particulière aux ordres et n'a rien de commun avec la toise. ,
Toutes les mesures en usage dans la société ayant été divisées en plusieurs parties, pour les raisons que personne n'ignore, les architectes ont aussi divisé leurs modules en un nombre de parties égales, les unes plus, les- autres moins, selon qu'ils en ont cru tirer plus de commodité, quand ils ont été obligés de déterminer la grandeur des moulures et des autres petites parties, afin qu'elles eussent entre elles certaines proportions qui leur convinssent par rapport à l'harmonie qui devait régner dans le tout ; Vignole a cela d'avantageux au-dessus des autres, c'est que les parties de son module ne sont point susceptibles de fractions embarrassantes. On saura donc que pour l'ordre Toscan et le Dorique, il divi3e le module en douze parties égales: mais comme daos les trois autres ordres, c'est-à-dire l'Ionique, le Corinlhien et le Compqsite, il se rencontre des moulures encore plus petites que dans les pré-
cédeiits^ il a divisé le module de ces trois ordres en dix-huit parties égales, afin d'éviter les fractions qui se seraient rencontrées, s'il ne Tavait été qu en douze parties.
Gomme ce que je viens d'expliquer dans ce chapitre , suffit pour être prévenu de ce qu'il faut savoir afin d'entendre clairement ce que l'on verra dans la suite , je passe à la composition des ordres , en commençant par le Toscan.
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