LIVRE V. DE LA DÉCORATION
en les faisant sortir du roseau de la longueur du tiers du fût, comme aux colonnes ioniques des Tuileries, ce qui est la meilleure manière, ou en les espaçant sans roseaux , comme lorsqu'il n'y a dans chaque cannelure qu'une branche au bas, une autre au tiers ou à la moitié, et Une troisième au haut, ou enfin par petits bouquets mêlés alternativement dans les cannelures.
Remarques sur les cinq ordres en général^ suivies de r explication de quelques fragments des plus beaux édifices antiques de. Rome.
Si l'on veut en croire M. de Ghâmbray , Tordre Toscan ne doit être employé qu'aux maisons de campagne, c'est-à-dire aux lieux rustiques et champêtres. Il est vrai que de la manière dont Vitruve, Palladio, et quelques autres, l'ont traité, il n'a rien de recommandable; mais il faut convenir que suivant la composition de Yignole, il a dans sa simplicité des beautés qui le rendent très-estimable.
L'ordre Dorique peut passer pour le premier que les Grecs ont inventé : sa composition est grande et noble. Les triglyphes qui font l'ornement de la frise ont; quelque chose de gracieux çt de fier. Dans les plus anciens monuments qu'on a faits de cet ordre, les colonnes y étaient sans base, et l'on est assez embarassé d'en donner une raison satisfaisante. Vitruve veut qu'étant composées à l'imitatioii d'un homme nu, fort et nerveux, tel que serait un Hercule, elles ne doivent point avoir de base, voulant qu'une base soit à la colonne ce qu'une chaus* sure est à l'homme. Mais j'avoue que je ne puis considérer une colonne sans base, en la comparant à un homme, qu'en même temps je n'aie l'idée d'un homme sans pieds plutôt que sans chaussure : ainsi j'aime mieux croire que les premiers architectes ne s'étaient pas encore avisés de donner des bases à leurs colonnes , lorsqu'ils imaginèrent cet ordre.
Vitruve prétend que les colonnes de l'ordre Ionique ont été composées sur le modèle dune jeune fille coîffée en cheveux, et d'une taille gracieuse. Les Romains les employaient particulièrement aux tem)>les et aux endroits où l'on rendait la justice. A l'égard de la base que Vignole leur donne, elle parait de mauvais goût, le gros tore qui la termine faisant un vilain effet sur les astragales et les cavets qui sont au-desso«|s: les anciens y mettaient ordinairement une^ase attique,
semblable t celle qui est représentée par la figure 7 de la planche LX. Comm» f>n peut s en servir indifféremment dans les trois derniers ordres, et qu elle est plus belle que toutes ceUep de Vignole^ je vais en dquner les prpportions , afin que dans l'oecasion on puisse en faire usage.
Pl. XL. La hauteur de cette base est d'un module comme à l'ordinaire , ses '^' moulures sont la plinthe qui a six parties, le tore inférieur quatre et demie , Torle inférieur une demie^ la scotie trois parties , Torle supérieur une demie , et le tore supérieur trois et demie : toute la saillie est de sept parties , dont on en donne deux tiers pour celle du tore supérieur, quatre et demie pour celle de Torle qui est aurdessons, ^ six pour le creux de la scotie.
L4i figure 6 représente encore une autre base de fort bon goût, qui est un peu plus ornée que l'autre , mais cependant sans confusion ; elle est composée de la plinthe qui a six parties^ du tçre inférieur qui en a trois et demie, d'un astragale qui en a une^, d'un filet qui n'en a qu'une denoâe^ d'une scotie qui en a deux et demie ^ au-dessous de laquelle est un filet de demi*partie, im astragale d'une partie; le tout termine par un tore qui en a trois. Les saillies sont les mêmes que les précédentes.
L'ordre Corinthien est le plus noble ^ \e plus riche et le pUis délicat • de tous ceux qui ont été imaginés par les anciens et les modernes ( car les modernes ont aussi voulu inventer un ordre, maia avec peu de succès). Les proportions que lui donne Vignole me paraissent fort belles: on lui reproche seulement d'avoir mis dans la corniche de l'entablement des denticules avec des modillons^ parce que, dit-on, cela est contraire à la règle prescrite par Vitruve, qui les condamne, et qui ne veut de denticules qu'aux ordres Dorique et Ionique. Cependant il semble q^e lea meilleurs architectes de notre temps ne se sont pas arrêtés ai^ sentiment de Vitruve, puisqu'ils en ont mit dans tous les autres ordres excepté au Toscan, et je ne vois pas qu'on puisse leur en faire un crime puisqu'elles produisent un fort bel effet; mais il y a des gens qui ont un respect superstitieux pour tout ce qui vient des Ancien^, et dont la prévention est si grande, que les meilleures raisons ne sont pas capables de les désabuser.
Vitruve rapporte un trait assez singulier au sujet de l'invention de cet ordre. Il dit qu'une jeune fille de Corinthe étant morte:, w nourrice
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