LIVRE V, DE LA DÉCORATION
AL de Chambray un maître qu'il se ferait ^honneu^ de suivre, et qu'il n'était pas assez téméraire pour rien changer à son projet. Exemple rare, ou la concuirence s est dépouillée de ses propres intérêts pour rendre hommage au yrai mérite. Mais cela ne doit pas surprendre; les grands hommes ont toujours des traits qui marquent leur caractère, au lieu que Tignorance croit se signaler et trouver de la ressource dans les sentiments de jalousie qu elle fait éclater.
Comme il ne reste aucua monument de Tordre Toscan qui se soit trouvé digne de quelque attention, M. de Chambray n'en donne point' d'exemple. Mais en récompense on a lieu d'être satisfait de ceux qu'il rapporte des autres ordres; et comme, tout admirables qu'ils sont on ne peut les regarder sans faire quelque choix, puisqu'il se trouve de chaque ordre en particulier des profils mieux proportionnés les uns que les autres , je me suis attaché à décrire les plus approuvé^ dans le rang qui leur convenait relativement. à celui que Vignole donne aux siens.
Si l'on considère la planche XLIIl , on verra qu'elle représente un Planche chapiteau et un entablement doriques tirés des Thermes de Dioclétien. ' Ce morceau est regardé comme un des plus excellents de tous les ouvrages antiques de cet ordre : sa composition est noble et régulière, les ornements sopt appliqua avec goût sur chaque membre, en enrichissant les uns sans blesser les autres.
Comme la colonne ne subsiste plus en entier , on ne peut juger positivement des proportions générales qu'on y a suivies : cependant l'on remarque que l'entablement est de quatre modules, ce qui fait présumer que la colonne en avait seize, parce que les anciens ont presque toujours donné à la hauteur de lentablement le quart de la colonne. Quant à sa base, M. -de Chambray ne la rapporte point, parce qu'apparemment il n'en paraît plus, la^barbarie de certains siècles ayant tellement défiguré la plupart des anciens monuments, que ce n'est qu'avec bien de la peine qu'on en a tiré quelque morceau entier.
La planche XLIV représente un profil ionique qui peut passer pour l'ouvrage le plus parfait qui nous soit resté des anciens. M. de Chambray le regarde comme le chef-d'œuvre de la plus haute perfection. Palladio, qui la aussi rapporté dans le treizième chapitre de son quatrième livre , ne peut lui donner trop d'éloges ; et quand on manquerait de gryftt pour
en connaître toute la beauté , il suffirait du jugement de ces deux grands maîtres pour en sentir le prix.
> L'ordre entier^ depuis le rez<le<:haussée jusqu'à la corniche, a pour hauteur onze diamètres ou vingt-deux modules , la colonne avec sa base et son chapiteau en a dix-huit, et lentablement, cest-à^lire Tarchitrave , la frise et la corniche , en a quatre, ce qui est un peu moins du quart de la colonne. Si l'on veut juger de la proportion des autres parties , on n aura qu a considérer les chiffres qui sont cotés à l'endroit de chaque membre : sur quoi il est à propos que j'avertisse que M. de Chambray divise le module en trente parties égales qu'il nomme minutes. \Lv! ^ ^^' XLV comprend un profil corinthien si riche et si superbe, qu'il ne parait pas qu'on puisse rien faire de plus magnifique que ce qu'on voit dans cet exemple , qu'on ne peut imiter à propos, dit M. de Chambray , qu'avec beaucoup^de prudence et de circonspection. Car l'abondance des ornements est sujette à embrouiller, s'ils ne sont employés avec économie : autrement ils font haître une confusion qui blesse l'œil des connaisseurs , et c'est en effet ce que j'ai remarqué à Paris à quelque portail d'église , que l'on a gâté en le chargeant d'ornements superflus. Je crois qu'on sentira bien que je ne veux point parler de celui de Saint-Gervais , qui peut passer pour le morceau d'architecture le plus accompli que nous ayons en France.
Pour expliquer les proportions générales du profil dont il est question présentement, on saura que la colonne avec sa base et son chapiteau a vingt modules , que l'entablement a deux neuvièmes de hauteur de la colonne , sur quoi l'architrave et la frise ont chacun un module et un tiers, c'est-à-dire quarante minutes ; et la corniche deux modules moins huit minutes, c'est-à-dire cinquante-deux minutes.
Quant à la base de la colonne , elle me paraît de fort bon goût, étant composée de plusieurs moulures qui font ensemble un tout qui réussit
Pl.nche f^^' ^'^^' XL VI. La planche XLVI comprend encore un autre profil corinthien qu'on
a composé sur l'idée que plusieurs historiens célèbres donnent de quelques parties du temple de Salomon : et comme il me siérait mal d'entrer dans aucune dissertation critique sur un sujet si équivoque , je prends le parti de rapporter à la lettre ce qu'en dit M. de Chambray, et je V laisse au lecteur éclairé d'en porter le jugement qu'il jugera à propos