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LIVRE V. DE LA DÉCORATION

servir de ce diamètre comme de modules, elles deviennent d'une hauteur extravagante lorsqu'on les regarde du côte le plus étroit , parce que le petit diamètre n'a plus de proportion avec la hauteur de la colonne. Le contraire arrive si Ton veut prendre le petit diamètre pour module ; car , quand on vient à les regarder du côte du grand , elles sont trop basses et écrasées. Je ne dis rien des colonnes triangulaires , étant si défectueuses^ qu'elles ne méritent pas qu'on s'y arrête : à l'égard de celles qui sont à pans, je les trouve plus supportables. Mais, après tout, quelle nécessité de vouloir donner aux colonnes des figures extraordinaires ^ Est-il possible que les hommes aient tant de ]^eine à se conformer aux règles de la nature ! Et ne seront-ils jamais convaincus que ce n'est qu'en l'imitant qu'on peut réussir.

Les colonnes torses paraissent aussi peu approuvées des habiles gens ; car, les colonnes étant faites pour soutenir un fardeau, la raison veut qu'on leur donne toute la^ force qu'elles peuvent avoir. Ainsi c'est un défaut de les affaiblir par des retours qui les éloignent de la perpendiculaire. Cependant leur beauté a fait quon n'a point eu égard à cette considération , puisqu'on les emploie aujourd'hui comme un des plus beaux ornements qu'il y ait dans l'architecture , non pas à la vérité à des endroits qui demandent de la sohdité , mais dans des lieux de distinction, comme aux autels, aux tombeaux , aux salons, etc. Au reste, comme les occasions de s'en servir semblent n'avoir pas grand rapport avec un traité comme celui-ci , je ne m'arrêterai point k montrer comment l'on s'y prend pour les tracer, parce que d'aiUeiirs il n'y a point de livre d'architecture où cela ne se trouve.

Il y a aussi des colonnes symboliques , et qui représentent des figures humaines. Leur origine vient des Grecs , qui , voulant conserver la mémoire de leurs victoires, donnaient souvent aux colonnes de leurs édifices publics la figure et la ressemblance de leurs ennemis. Les femmes des Cariens réduites en servitude , et les Perses vaincus par les Lacédémoniens à la bataille de Platée, furent ^es premiers sujets de ces colonnes : de là sont dérivés les noms des cariatides et des persiques , qu'on a donnés depuis aux colonnes qui ont été faites sous des figures Humaines. Cependant on ne donne plus aux cariatides des représentations d'esclavage et de servitude comme autrefois , ces caractères étant trop injurieux au beau sexe ; on leur en donne de tout opposés ,

ne les employant plus qoe sous les symboles de prudence , de si^esse ^ de justice, de tempérance, etc. Quand elles sont isolées , elles ne doivent porter tout au plus que quelque balcon, tribune, ou couronnement léger : mais lorsqu'elles joignent un mur , il est à propos de les mettre sous une console qui paraisse porter tous les poids de Fentablement.

Les colonnes persiques sont le plus souvent représentées sous des Bgures d*bommes nerveux et barbus : elles conviennent beaucoup mieux que celles des femmes pour représenter l'esclavage. On en fait aussi des symboles de vertu, de force, de valeur, et même des divinités de la fable , comme quand on leur donne des figures d'Hercule, de Mars, de Mercure , ou de faune et de satyre.

Il y a encore d'autres colonnes symboliques de figures humaines, dont la moitié du corps paratt sortir d'une gaine : ces colonnes sont nommées termes^ et ne doivent jamais entrer en parallèle avec d'autres colonnes , non plus que les cariatides. Cependant elles ont cet avantage, qu'on leur donne telle élégance que l'on veut , en alongeant leurs gaines pour les faire monter à une hauteur convenable à l'entablement qui est au-dessus.

Gomme les figures contribuent extrêmement à enrichir la décoration , et qu'il faut beaucoup d'art pour qu'elles accompagnent les ordres agréablement, voici quelques observations de M. de la Hire, tirées du Traité d'architecture qu'il a dicté autrefois dans son école du Louvre.

Je suppose ici que l'ordre est Ionique , et qu'il tient le milieu entre les autres, afin de faire une comparaison plus juste, et qui convienne mieux entre les figures et les colonnes. Je suppose aussi que la colonne a dix-huit modules ou neuf diamètres de hauteur.

Je prends d'al>ord une colonne d'une moyenne grosseur, dont la hauteur est de dix-huit pieds et le diamètre de deux pieds , et je trouve par expérience qu'une figure qui a six pieds de hauteur peut fort bien l'accompagner : cette figure sera donc le tiers de la hauteur de la colonne.

Si la colonne a ay pieds de hauteur ou 3 pieds de diamètre , on peut donner à la figure 7 pieds et demi ; si elle a 36 pieds de hauteur et 4 pieds de diamètre , la figure peut avoir environ 9 pieds ; si elle a 45 pieds de hauteur et 5 de diamètre , la figure peut en avoir 10 et demi ; enfin , si la colonne a 54 pieds de hauteur et 6 pieds de diamètre , on peut donner a la figure lâ pieds de hauteur.

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