LIVRE V. DE LA DÉCORATION
grandes croisées qui seraient dans le milieu de la façade d'un bâtiment; mais le rond ne peut couronner qu une arcade agréablement. Et quand on en voudra mettre deux l'un sur l'autre , il est bon que l'un soit cintré et l'autre pointu, et que ce dernier termine la façade en forme de pignon. Il y a des architectes qui ont mis fort mal à propos deux frontons l'un dans l'autre, comme on en voit au vieux Louvre; mais en vérité de pareilles licences méritent d'être sifHées, et choqueront toujours les personnes de bon goût.
Vitruve ^voudrait que toutes les parties qui sont au-dessus des colonnes et des pilastres, c'est-à-dire, qui sont élevées au-dessus de la vue, comme les faces de l'architrave, la frise, le tympan du fronton, les acrotères , aussi bien quêteurs figures ou statues,, fussent inclinées en devant de la douzième partie de leur hajiteur. Mais n'ayant pas d'autre raison pour cela que d'exposer ces parties plus à la vue de ceux qui les regardent de bas en haut , je ne crois pas qu'on doive suivre son sentiment, qui n'est appuyé que d'une opinion particulière très-éloignée de la règle générale,, qui veut que toutes les parties d'un bâtiment et d'une belle architecture soient bien à plomb, parce qu'autrement elles feraient un très-mauvais effet étant regardées de côté, d'où elles paraîtraient comme prêtes à tomber en avant. Cependant les sculpteurs observent cette maxime de Vitruve fort judicieusement à l'égard de leurs statues, lorsqu'elles doivent être élevées assez haut, et qu'elles ne peuvent être vues que par devant et de bas en haut.
Je ne dis rien des frontons coupés pour faire place à des tableaux ou à des cartouches, de ceux qui sont brisés sur le haut et repliés en dedans, des autres roulés en volute , ni de ceux qui sont renversés la pointe en bas , n'y ayant rien de plus disgracieux et de plus contraire à leur usage, qui est de mettre à l'abri ce qui se trouve au-dessous.
Il me reste à parler des acrotères, qui sont de petits piédestaux que l'on met sur le coin et au sommet des frontons, afin d'y poser des figures, comme on le peut voir sur la planche LI. Scamozzi, après avoir examiné la règle de Vitruve sur ce sujet et y avoir trouvé plusieurs défauts, en prescrit une que M. Blondel approuve fort, qui est de faire la hauteur du dé des acrotères des coins égale à la saillie de la. corniche de l'entablement; observant que celui du milieu, c'est-à-dire, qui est posé au sommet du fronton, soit un peu plus élevé que les précédents.
La largeur du dé des acrotères, suirant le même arcliîtecte , doit écre égale à celle du haut des colonnes auxquelles ils doivent répondre : ceci ne peut aToir lieu que qoand on ne met qu'une statue k chaque coin ; car si l'on avait dessein d'y placer un groupe de figures^ il faudrait alors continuer la largeur des acrotéres , et la faire mourir sur les côtes du fronton.
On ne fait point ordinairement de base à ces sortes de piédestaux ^ parce qu elle ne serait point vue à cause de la saillie de la corniche de îentablement. Ainsi ^ après atoir fait la hauteur du dé égale à la saillie de la corniche de l'entablement^ comme nous le venons de dire^ ii faut le couronner par une petite corniche qui soit proportionnée à la hauteur du même dé^ observant de ne lui donner que peu de moulures, afin qu'on puisse les distinguer de loin.