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LIV. V. DE LA DÉCORATION

chapiteau. Leur base se fait comme à l'ordinaire : mais les chapiteaux sont presque toujours carrés, je veux dire aussi haut que le pilastre est large. On prend un septième de cette hauteur pour labaque, et le reste est occupe par un vase renversé d'un seul rang de feuillage, pareil à ceux du chapiteau corinthien. A l'égard de l'entablement, il doit être proportionné à la hauteur de ces sortes de pilastres : mais le plus souvent il n'est composé que d'une corniche sans frise ni architrave.

Il y en a qui mettent un attique entre deux étages , à l'exemple de Vitruve , qui , dans la description de sa basilique , semble placer une manière d'attique entre deux ordonnances de colonnes. Mais, à vrai dire , un attique qui se trouve ailleurs qu'au haut d'une façade , me paraît faire un méchant effet.

L'assemblage des ordres a fait naître une question qui a fait beaucoup de bruit il y a quarante à cinquante ans : savoir dans quel goût on pourrait faire une ordonnance qui pût être élevée au-dessus de l'ordre Composite , c'est-à-dire inventer un sixième ordre qui eût au-dessus du cinquième les mêmes avantages en délicatesse et en grâce que le Composite peut avoir sur les quatre autres. Cet ordre, qu'on devait nommer V ordre Français y fut proposé de la part du roi à tous les savants architectes de l'Europe, avec un prix considérable pour ceux qui produiraient quelque nouveau dessin qui mériterait de porter un nom si glorieux. Aussitôt les habiles gens de toute nation et de tout pays firent tous leurs efforts pour donner des productions de leur génie. Mais , par une fatalité qui ne paraît presque pas croyable , il est arrivé que d'un million de différents dessins qui ont été proposés il ne s'en est pas trouvé un seul qui ait mérité le moindre applaudissement M. Blondel dit que la plupart n'étaient remplis que d'extravagances, de chimères gothiques et de fades allusions. J'ai vu aussi plusieurs morceaux qui n'avaient rien de recommandable, quoique fort vantés par des gens d'un certain rang, qui avaient apparemment intérêt de les faire valoir. Je conviendrai pourtant qu'il y a quelques profils de l'invention de Sébastien le Clerc , qui ne doivent point être confondus aveo ceux dont je parle : le goût exquis de cet ahteur s'est assez fait admirer des gens les plus délicats , pour avoir un sentiment avantageux de ce qui vient de lui.

Quoique les peines que l'on a prises pour inventer un nouvel ordre

n'aient pas fait beaucoup d'honneur au dernier siècle (i), on aurait pourtant tort d'en demeurer là. Il se rencontre quelquefois des génies heureux qui produisent sans effort ce que leurs prédécesseurs ont cherché en vain : car ce que la nature refuse dans un temps, elle le donne quelquefois avec usure dans un autre. *Nous admirons aujourd'hui les anciens architectes : il en viendra peut-être par la suite pour lesquels on aura les mêmes sentiments. Mais en attendant l'on peut sur un ordre composé placer un ordre composé, à l'exemple des anciens, qui n'ont pas fait difficulté de mettre un Corinthien sur un autre. Il ne serait pas non plus mal -à-propos d'y mettre des cariatides ou des persiques , parce que ne faisant point d'ordre particulier, il semble qu'ils peuvent convenir l'un et l'autre à tous les ordres. Il ne faut pas avoir la délicatesse de ceux qui ne veulent rien souffrir dans l'architecture dont on n'ait des exemples antiques : car, au sujet de l'ordre composé , nous avons autant de droit de changer les pensées des Romains, que ceux-ci en ont eu d'altérer celles des Grecs. Mais on ne le doit faire qu'avec beaucoup de sagesse , sans sortir de certaines règles générales dans lesquelles on remarque que ces mêmes Romains ont toujours renfermé leurs inventions : car la plupart des choses qu'ils ont changées ou ajoutées ne sont point essentielles à la beauté de l'architecture , s'étant toujours conformés aux règles légitimes.

Quelques architectes de nos jours ont été bien plus hardis, ayant entièremçnt abandonné les anciennes règles pour ne suivre que celles d'une folle imagination :et s'ils avaient eu beaucoup d'imitateurs, l'architecture gothique, malgré son ridicule, aurait peut-être régné une seconde fois. L'église des Théatins à Paris nous en offre un exemple qu'on ne devait pas attendre d'un siècle aussi éclairé que le nôtre. Car il semble que celui qui l'a bâtie ait voulu épuiser tout ce que l'esprit humain peut inspirer de plus extravagant , non seulement dans l'ordonnance , dont

(i) L'exemple de plusieurs chapiteaux romains antiques, et celui des chapiteaux égyptiens, qui offrent une si grande variété, prouvent suffisamment qu'on peut en composer d'aussi agréables que le chapiteau corinthien, et qui, en offrant plus de convenance et de solidité, ne laisseraient point regretter la grâce de convention qu'on Uû attribue communément (iV),

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