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CHAPITRE SECOND

Oà l'on considère les qualités de la brique, et la manière de la

fabriquer.

La brique étant une espèce de pierre artiflcielle, dont l'usage est tres-^ fréquent dans les constructions des édifices , particulièrement pour les fortifications ,^ nous en allons faire le détail , qui , quoique grossier en apparence , ne laisse pas d'être utile à savoir pour ceux qui ont la con-

(i) On trouvera dans les Programmes âfi Cours de construciîon deM. Sganzin, deuxième édition, un exposé des qualités des pierres à bâtir, classées suivant leur nature, qu'il sera très-utile de consulter, rajouterai seulement ici quelques notions sur Tévaluation de h force de la pierre.

J*ai donné y dans la note du chapitre II , livre II , du Traité de la Construction des

ponts j l'histoire des recherches qui ont été faites sur ce sujet , recherches dont

M. Gauthey s'est occupé le premier. On j trouve aussi une table de la force d'un

grand nombre de pierres employées «n France , qui est extraite du premier volume du

Traité de r Art de bâtir ^ de M. Rondelet. Les expériences prouvent que la force des

pierres varie , en général, comme leur pesanteur spécifique et comme leur dureté ; im

simple extrait de cette table , contenant les pierres les plus connues , suffira pour offrir

ici .assez de termes de comparaison pour faire juger approximativement de la résistance

des pierres qu'on sera dans le cas d'employer, et sur lesquelles on ne serait pas à portée

de faire des expériences.

Il est très<«rare que, dans la construction des édifices, les pierres soient employées en porte-a-^Jaux : quoiqu'elles puissent de cette manière résister à des pressions considérales, leur fragilité ne permet pas qu'on les expose à l'effet de quelque choc qui ne pourrait manquer de les briser. Il n'est donc pas étonnant qu'on se soit très-'peu occupé d'évaluer la résistance des pierres à la flexion ou à la traction. On trouvera dans la note dont j'ai parlé le peu de connaissances acquises sur ce sujet. Les expériences sur la force des pierres ont eu pour principal objet d'évaluer la pression néces-

ija LA SCIENCE DES INGÉNIEURS,

duite des travaux , pour qui les moindres chose* ne doivent pas être

indifférentes , quand elles peuvent contribuer à la perfection de leur

métier.

Pour bien choisir une terre propre à faire de la brique , il faut qu'elle

soit grasse et forte^ de couleur blanchâtre ou grisâtre , sans qu41 s'y

saire pour les écraser en les comprimant entre deux surfaces parallèles : celles de M. Rondelet ont été faites sur de petits cubes de 5 centimètres de côté. On peut , dans la pratique , supposer la résistance des pierres proportionnelle aux aires de leurs bases , mais on ne doit évaluer cette résistance que le tiers au plus des résultats cidessous , qui représentent les poids qui ont écrasé un cube dont 1 aire de la base était a5 centimètres carrés*

pesant, spécifique. résisCanee.

Basalte de Suède 3,o6 47Bo9^<-

Porphyre a,8o Sooai

Granit de Normandie # ' A«66 17 .55

Marbre noir de Flandres 3,72 197 19

Marbre blanc statuaire • • . 2,69 8176

Marbre bleu turqnin 2,67 7695

Pierre de Caserte , près de Naples , dont le grain est fin , la couleur

gris-blanc , et qui reçoit le poli 2,72 i^SôS

Lave du Vésuve , . . . 2,64 i588i

Pierre grise argileuse de Florence , qui se trouve par grandes masses , et

dont le grain est fin « . . . • 2,56 îoSSS

Grès : • \ 2, 52 20337

Liais de Bagneux , pierre calcaire des environs de Paris , d'une Aible hau- ,

leur de banc , très-nlnre , et du grain le plus fin 2,44 1 1 1 13

Travertin de Bome , pierre calcaire très-dure , et d'un grand fin , mais trèspersillée a,S6 7449

Roche de Chaiillon , pierre calcaire des environs de Paris , dure » un peu

coqniileuse , et d'un beau grain 1,19 4347

Pierre de la plaine d'Ivry , pierre calcaire des environs de Paris , peu dure ,

d'un grain égal et moyennement fin a,ia 3956

Peperin de Rome , pierre volcanique grise , 'peu dare • 1,97 5700

Pierre à plâtre des environs de Paris 1,92 1758

Yergelée, pierre calcaire des environs de Paris , fort «endre et d'un grain

très-grossier , mais qui résiste à l'eau •.••••.... 1,83 1496

Lambourde , pierre calcaire des environs de Paris , très-tendre , et résistant

mal à l'hamidité i,56 575

Tuf volcanique de Naples 1,26 . 1 173

Scorie de, Volcan des environs de Rome 0,89 ' 921

Pierre ponce y 0,69 8o3

LIVRE III. DE LA THÉORIE DE LA MAÇONNERIE. 193 rencontre de petits cftilloux ni aucun gravier. Il y en a aussi de la rouge qui peut servir au même usage ; mais elle n'est pas des meillenres , parce que les briques sont sujettes à se feuilleter ^t à se réduire en poudre à la gelée. Sans prendre garde scrupuleusement à la couleur , on jugera qu'une terre est bonne pour faire de la brique , si après une petite pluie on s'aperçoit qu'en marchant dessus elle s'attache aux sou* liera, s'y amasse en grosse quandtë ^ et ne s'en détache pas aisém^at ; ou si «1 en ayant pétri dans les mains j on ne peut la diviser qu'avec peine.

Apres avoir choisi une espèce de terre convenable , on la fait fouiller avec la houe ; et ayant reconnu qu'elle est également bonne pàr>tout, on attend le temps de la pluie , parce qu'en étant bien imbibée , on la corroie ensuite avec la houe et le rabot ; après quoi on la laisse reposer pendant quelque temps ^ au bout duquel on recommence la même cbose^ ce que l'on Ëiit quatre ou cinq tbis à diverses reprises. On commence ordinairement la préparation des terres dans le mois de mars, mais il vaudrait mieux la faire dans l'hiver, parce que les petites gelées sont excellentes pour les bien corroyer. Le véritable temps pour faire la brique est pendant les mois de mai et de juin , parce que dans cette saison elle a tout le temps de sécher ^^ et est ensuite plus propre à être mise au four. Il faut autant qu'il se peut éviter la saison avancée ^ les briques faites alors n'étant pas si bonnes à beaucoup près que celles qui sont faites en été*

Ce n'est pas assez d'avoir insinué ce qui peut contribuer à fiiire de bonnes briques , il faut encore discerner les bonnes et mauvaises qua* lités de cellœ qui se trouvent en magasin , puisque c'est de là que dépend la durée de l'ouvrage qu'on veut exécuter. Vitruve rapporte que de son temps , dans ta fameuse ville d'Ulique , le magistrat , pour empêcher toute mal-façon , ne permettait pas qu'on en employât pour aucun édifice y qu'il ne les eût visitées auparavant et n'eût donné son approbation : on s'aperçoit bien que cette sage police n'est plus d'usage parmi nous , puisqu'à la confusiou de la plupart des entrepreneurs , on voit tons les jours des bâtiments menacer ruine , ayant pour ainsi dire d'être achevés.

La brique qui est d'une couleur jaune approchant un peu d'un rouge pâle ) est bonne , parce qu'ordinairement elle a été faite d'une terre

grasse comme est celle dont nous venons de parler. On connaîtra encore la bonne brique au son ; car celle dont il sera le plus iiet, sera préférable aux autres dont le son est sourd. Il arrive assez souvent que des briques faites d une bonne terre , et préparées également , sont de différentes couleurs , et par conséquent de différentes qualités , et cela se distingue surtout quand on en voit qui sont plus rouges les unes que les autres, qui n'en sont pas pour cela meilleures. Elles sont au contraire d'une très-mauvaise qualité , parce qu'elles ont été placées dans le four à des endroits oii le feu n'a pas eu assez de force pour les cuire ^ ce qui fait qu'elles ne résistent pas à la gelée ni au poids dont elles sont chargées , se cassent et se réduisent en poudre facilement.

Enfin la preuve la plus sûre pour connaître la bonté de la brique , quand il s^agit de quelque ouvrage d'importance dont on peut différer l'exécution d'une année , c'est de coucher celles qu'on veut employer , sur la terre pendant, l'hiver pour y essuyet la gelée, parce qu'alors celles qui y auront résisté sans se feuilleter , et auxquelles il ne sera arrivé aucune altération considérable , pourront être mises en œuvre en toute sûreté.

La grandeur ordinaire des briques est de 8 ou 9 pouces de longueur sur 4 ou 4 et demi de largeur et deux d'épaisseur : ces dimensions sont le plus en usage , parce qu'elles rendent les briques fort commodes pour être mises en œuvre.

Quand les murs n'ont qu'une médiocre épaisseur ^ on détermine cette épaisseur par le nombre des briques qu'elle peut contenir : telles sont les épaisseurs de deux briques , d'une brique et demie , et d'une brique, dont on se sert pour les murs mitoyens ou pour ceux de clôture (i).

(i) On trouvera des détails curieux sur les briques crues et cuites, dans le Traite de VArt de bâtir^ de Rondelet , livre II , section prenuère, art. 3 (A).

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