‹ La science économique (volume 2)Chapitre 97 sur 196 · I8SS · texte numérisé non relu

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Graph. 30.

U POPCUTION.

. Ces faits montrent

la loi de Malthus rait être retournée et D0U3 pourrions dire :

. population croît en m arithmétique et la !sse en raison géoique.

iltbus ajoutait : La ilation croît a^ec les 3ns de subsistance et imitée par eux.

I apparence, rien de juste ; et cependant Taits qui précèdent ïent que les moyens .ubsislance peuvent re beaucoup plus vite la population.

: .plus, Malthua out de définir les SDsdesubsislaDcB. Il

évident que les BUS de subsistance ne

pas les mêmes pour nglaisetpourunNaain. Celui-ci même se rnefait difficilement fers, aux larves, aux les coquillages qui

les moyens de sub-

Dce ordinaires d'un .

reldelaTerredeFeu

e l'Australie.

LSsi suis-je étrange-

-s 1 1 ^ Ti

322 LA SlCIENCB ÉCONOMIQUE.

ment surpris que M. Ach. Guillard, parrain de la Démographie, ait adopte cette proposition de Malthus et lui ait donné le nom d\( Équation générale des sul)sistances » : « La population moyenne se proportionne aux subsistances disponibles.

« Où il y a un pain, il nait un homme ; et inversement :

« Où disparaît un pain, disparaît un homme. »

M. Bertillon père a un peu généralisé la loi de M. A. Guillard. Il la formule ainsi :

Dans un pays salubre, pour un môme groupe ethnique et pour un même état mental, la population et, par suite, sa multiplication ou sa natalité, tend à se proportionner à la quantité de travail productif et facilement disponible (ou accessible) pour le type humain étudié, et pour un même degré de culture K

Je me contenterai de faire observer qu*il y a des pays très peuplés où il n'y a pas de pain et où il y a des hommes. Si la proposition de Malthus et de M. Achille Guillard était vraie, il y a longtemps que Tlnde serait déserte, en dépit du riz qui y tient lieu de pain *; il y a longtemps que Tlriande serait déserte en dépit des pommes de terre : car dans Tlnde et en Irlande les moyens de subsistance, si éloignés qu'ils soient des nôtres, sont loin d'être toujours en rapport avec l'accroissement de la population.

Si cette loi était exacte, la France devrait être beaucoup plus peuplée qu'elle ne l'est, et l'Irlande beaucoup moins.

Dans le rapport de M. Burgoyne publié en 1838, on voit que la population irlandaise a presque doublé en un demi-siècle, que les deux cinquièmes des hommes y sont sans ouvrage, leur agriculture étant momentanée et leur industrie nulle. Ils ne mangent qu'une pomme de terre très productive, mais de qualité nutritive inférieure. Le lait est un objet de luxe : jamais ni pain ni viande. Le seul luxe, c'est le wiskey. A peine adultes,

* Bertillon, Réforme économique ^ p. 41, 1875. Voir the Economist, 13 novembre 1880 : the Overpeopling oflndia, d'après xM. W. Hunter, directeur général de la statistique de l'Inde.

les enfants ne s'en marient pas moins, et multiplient cette misère. Dans la famine de 1847, après avoir épuisé leurs pommes de terre, ils tuèrent leurs cochons, et ensuite furent réduits à vivre de charognes, puis d'herbe !

La population de l'Irlande en 1840 était de 8155 000 habitants: de 1846 à 1875, elle n'a cessé de diminuer; en 1878, elle n'est plus que de 5 350 950 : perte nette^ 2804571 ; là où il y avait 100 habitants, il n'y en a plus que 65; perte, 35 pour 100.

Mais les naissances ne cessent pas d'être supérieures aux morts.

D'après les registres de l'état civil <, qui ne sont tenus en Irlande qu'à partir du f janvier 1864, nous constatons :

Population,

Dimioutioiu 0/0

Naissances.

Morts.

Il y a donc toujours excédent de naissances en Irlande sur les morts. Le déficit provient d'où? de l'émigration.

Voilà UQ obstacle à l'augmentation de la population sur un point donné, et cet obstacle existera jusqu'à ce que chaque mètre carré de terre ait son habitant.

Malthus en a bien parlé, mais ne l'a pas compté comme sérieux. Il disait :

<c La population croit avec les moyens de subsistance, à moins de quelques obstacles particuliers et faciles à découvrir.

« Ces obstacles, et tous ceux qui contiennent la population au-dessous du niveau des subsistances, sont la contrainte morale, le vice et la misère (misery) *• »

Cette loi, qui se termine par un « à moins que », manque de

* Financial Reform Almanack for 1887.

s T.ÎV ÏI n\\ TTTÎ^

* Liv. II, eh. XIII

précision. Malthus, de plus, est loin d'avoir énuméré tous les obstacles qui suivent cet « à moins que ».

La contrainte morale? le vice ? la misère?

lY . Les Indiens des Etats-Unis de rAmérique du Nord étaient au nombre de quelques milliers là où sont maintenant les millions d'habitants des Etats-Unis.

Schoolcraft estime que chaque chasseur vivant du produit de sa chasse a besoin de 78 milles carrés pour son entretien. D'après M. Oldûeld, il ne faut pas moins de 50 milles carrés à l'Australien pour entretenir sa misérable existence. D'après l'amiral Fitzroy^ il en faut 68 à un Patagonien.

Cet obstacle à la multiplication des habitants de ce pays semblerait confirmer la loi de Malthus ; cependant cet obstacle n'est pas celui qu'entendait Malthus.

Diaprés Malthus, les êtres se reproduiraient en raison géométrique ; mais la misère, le défaut de subsistance viendraient les faucher et rétablir l'équilibre. En réalité, l'obstacle est encore moins répressif que préventif.

Les animaux domestiques sont plus féconds que les animaux sauvages. Pourquoi? parce qu'ils put une nourriture plus régulière, plus abondante et dépensent moins de force *.

Même phénomène pour Thomme à l'état sauvage. L'insuffisance de nourriture est fréquente : souvent il est réduit à se repaître de fruits sauvages, d'insectes, de larves, de vers, de boules de terre. Il avale toutes ces choses sans les débarrasser de leurs parties non nutritives. Elles n'ont qu'une valeur médiocre au point de vue de l'alimentation et coûtent beaucoup, non seulement à trouver, mais encore à mâcher et à digérer. Cette nourriture paraîtrait insuffisante même à un Irlandais. Ces êtres se livrent à des efforts musculaires non continus, mais 'énormes, à certains moments, pour chas:^er ou pêcher. Ils sont mal couverts, mal abrités. Leur dépense physiologique est donc considérable et limite d'autant plus leur aptitude re-

* Voir Herbert Spencer, Biologie, VI® partie, les Lois de la rAulti" plication.

productive, que la femme supporte encore plus de fatigue et de misère que Thomme.

Voilà l'obstacle préventif. Quant à l'obstacle répressif, il existe également. L'individu, dans de pareilles conditions, ne saurait vivre longtemps. Pour certains pays, il court le danger d'être dévoré par des animaux féroces, tué par des reptiles. Ailleurs, il aide lui-même à sa propre destruction par des combats, des luttes d'hommes à hommes, de familles à familles, de tribus à tribus.

Dans nos civilisations, les diagrammes 29, 30, 31 prouvent que Taugmentation des moyens de subsistance dépasse de beaucoup l'accroissement de la population ; de plus, les hommes qui y vivent sont plus féconds, parce qu'ils dépensent relativement moins de force et ont une meilleure nutrition.

Quels sont les obstacles qui empêchent la population de croître en raison géométrique?

Partout où l'homme borne ce qu'il considère comme lui Hant nécessaire à des objets qu'il peut se procurer sans efforts, l acquiert une grande fécondité.

Tels étaient les Taïtiens, obligés d'avoir recours à certaines pratiques, comme l'infanticide, pour limiter leur population. Tels sont les Boers du cap de Bonne-Espérance ; tels étaient les Français du bas Canada, d'humeur facile, dépourvus d'esprit d'entreprise, vivant dans un pays où on se procure facilement de la terre et des subsistances *. La fécondité était beaucoup moins grande chez leurs voisins anglo-saxons, inquiets, difficiles à satisfaire, actifs et ardents.

Nous pouvons constater le même fait dans nos populations européennes ; et ici interviennent deux considérations d'ordre différent : l'une morale, l'autre physiologique.

V. Malthus avait indiqué, comme obstacle à la population, la contrainte morale. Je n'ai pas à m'inquiéler de la forme sous laquelle elle peut se produire. Le fait est qu'il y a, dans nos

1 JohnstoQ, cité par H. Spencer, Biologie, t. II, Lois de la multi^ plication, — Voir Letourneau, Sociologie.

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civilisations, un grand nombre de personnes qui veulent limiter leur reproduction et qui la limitent. Pourquoi? Ces causes ressortent du domaine économique.

Le mendiant fait beaucoup d*enfants . Il meurent en roule, c'est possible : mais ils ont été procréés. Il fait des enfants, parce qu'il s'occupe peu de leur sort. Il obéit au besoin animal et il le satisfait. Advienne que pourra. Les enfants pourront toujours être mendiants comme leurs parents.

Tout le monde connaît l'origine du mot prolétaire : faiseur d'enfants. Aujourd'hui encore, il jlistifie son étymologie. L'enfant vient. On compte sur l'assistance publique pour l'élever. Il pourra toujours facilement devenir manœuvre comme son père.

De même, des gens très riches peuvent faire beaucoup d'enfants, parce qu'ils ne sont pas embarrassés de leur sort. De même encore, dans le pays où existe le droit d'aînesse, en Angleterre, où le père ne s'occupe pas de donner un héritage à ses fils et de donner des dots à ses filles, on fait beaucoup d'enfants.

Ces faits prouvent qu'un homme et une femme procréent d'autant plus d'enfants que ces enfants peuvent arriver plus facilement à une position égale à la leur.

Or, en ce moment, la France est malthusienne, non doctrinalement, mais pratiquement. On a recommandé et prêché l'épargne au Français. Le bourgeois a pratiqué cette <( vertu ». 11 n'a jamais guère travaillé que pour avoir le droit de se reposer le plus tôt possible. Longtemps l'homme le plus honoré a été celui « qui ne faisait rien ». Pour se donner ce droit, il vivotait chichement et cherchait dans l'économie la sécurité de son avenir. La lésinerie était la grande vertu de la bourgeoisie. On lésinait sur les enfants comme sur le reste. C'était logique.

Peu à peu les paysans propriétaires, les gros fermiers, se sont aperçus du système suivi;par la bourgeoisie; ils l'ont imité. Ils ont commencé par épargner péniblement, sou à sou, quel-

ques écus à l'aide desquels ils ont acheté un morceau de terre. Puis en songeant au partage de cette terre, à sa conséquence, aux frais de justice qui, d'une seule lampée^ raflaient toutes leurs sueurs, ils ont épargné sur les enfants aussi, eux, laissant avec dédain la charge des nombreuses familles aux plus pauvres. Voici Tattestatioa de ce calcul. Le docteur Bertillon a partagé la France en trois groupes * .

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