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IV. Réalités économiques

I. Toutes les lois inductives que nous avons con.statée.s prouvent que le progrès économique a pour critérium la plus-value des capitaux fixes par Vahondance des capitaux circidants. Tous les efforts de la science et de rindustrie ont pour résultat de réduire le prix des unités des capitaux circulants, mais, en les multipliant, d'en augmenter la valeur globale.

L'effet utile des capitaux se mesure à la rapidité de la circulation. Chaque individu a pour idéal d'obtenir la plus grande quantité d'utilités possibles avec le moindre effort : et cet idéal n'a rien de contraire aux réalités économiques.

II. Cet individu ne produit et ne vend que pour acheter le plus possible d'utilités ; car personne ne vend pour vendre, chacun vend pour acquérir. Il se dit qu'il acquerra d'autant plus de choses que ce qu'il donnera en échange aura plus de valeur. Il a donc pour ambition

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de vendre quelque chose très cher pour acheter quelque chose très bon marché. Il se figure que le roi, l'autocrate ou leur remplaçante, la République, a le devoir de surélever la valeur de ce qu'il produit et vend. Mais il demande encore, de temps en temps, la loi du maximum qui forcerait son vendeur à lui vendre à bon marché. Cette conception domine tellement nos mœurs qu'aucun gouvernement n'a osé abroger l'article 30 de la loi qui, en 1791, a donné « provisoirement » aux maires, le droit de taxer le pain et la viande, et il y en a, en France, plusieurs centaines qui en usent. Le même individu demande donc à l'Etat de fabriquer et de détruire de la valeur .

Mais cet individu ne vend guère qu'une chose et il en achète beaucoup ; par conséquent, son intérêt est de diminuer tous les prix excepté un, celui de son produit.

Mais comme beaucoup de producteurs ont la même prétention, ils forment le parti protectionniste qui a imposé au suffrage universel la politique économique des grands électeurs à 300 francs de contribution qui avaient le monopole du pouvoir sous la Restauration et des 200.000 censitaires du Gouvernement de Juillet. J'ai montré que du côté agricole, cette politique rend tous les consommateurs de pain et de viande tributaires des propriétaires des 711.000 exploitations agricoles de 11 à 40 hectares et surtout de ceux des 138.000 exploitations de plus de 40 hectares (1).

Les protectionnistes ne peuvent favoriser certaines industries qu'au détriment des autres. L'industrie des étoffes et des vêtements emploie 1.550.000 personnes actives, et elle achète ses matières premières aux industries textiles protégées, qui comptent 914.000 personnes ; l'industrie protégée des cuirs et peaux emploie 30.000 personnes dans la mégisserie et la tannerie qui fournissent des matières premières à 304.000 personnes ; dans la métallurgie du fer et de l'acier, industrie protégée, 56.500 personnes livrent des matières premières à 698.000 personnes qui les transforment (2).

(1) Yves Guyot, la Comédie protectionnisle. V. Le Manifeste 'e la Ligue du Libre échange, 1911. (On peut le demander, 108,

boul. Saint-Germain).

(2) Résultats statistiques du Recensement de 1906, T. I, 2' partie, mo.

Les industries qui n>ettent en œuvre ces produits paient le tribut de la protection aux industries qui les leur fournissent. Cette surcharge de leur prix de revient diminue leur puissance d'extension.

L'industrie représentait, en 1901, 32 p. 100 de la population active ; mais la petite industrie qui transforme des matières secondes n'a pas d'intérêt à la protection : et le nombre des établissements ne comprenant que de 1 à 4 salariés compte pour 85 p. 100.

Le commerce compte pour 9.85 p. 100 : et le grand et le petit commerce ont intérêt à la liberté des échanges ainsi que la banque. Il en est de même pour les transports qui comptent pour 4,35 p. 100, pour les professions libérales qui comptent pour 5,36 p. 100.

Si l'on tient encore compte des rentiers, des retraités, des hommes des professions libérales, des officiers qui ont intérêt à vivre à bon marché, des soldats qui ont intérêt, eux aussi, au bon marché « pour leur ordinaire », nous ne trouverons pas 5 p. 100, pas une personne sur vingt ayant intérêt à la protection.

Les protectionnistes émettent les postulats suivants : Une nation doit :

1° Se suffire à elle-même ;

2° Repousser par l'élévation des droits les marchandises étrangères ;

3° Acheter toujours préférablement dans son pays plutôt que dans les autres, même si les marchandises sont un peu moins bonnes et plus chères ;

4° La mesure de la protection doit toujours représenter au moins la différence entre le prix de revient et le prix de vente.

5° Empêcher l'argent de sortir du pays afin de donner plutôt aux ouvriers du pays qu'aux étrangers, et éviter ainsi d'enrichir les voisins. (Colbert et Méline).

6° Développer la richesse du pays en augmentant la production des industries du pays contre les industries plus avancées des autres pays. (List.)

7° Dans le commerce extérieur, ce ne sont pas des individus qui commercent entre eux, mais les nations.

(List.) , .

Les protectionnistes s'acharnent a peser les importations et les exportations de chaque pays et désespèrent

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parce que dans les pays libres ils ne peuvent établir une a balance du commerce favorable ».

Mais la comparaison des importations et des exportations n'indique pas la situation réciproque d'un pays à l'égard des autres, et elle sert trop souvent à entretenir le préjugé de la Balance du commerce.

Il faut remplacer la (( Balance du commerce » par l'étude de la (( Balance économique », qui comprend les échanges réciproques : 1° d'hommes ; 2° de marchandises ; 3° de numéraire ; 4° des valeurs mobilières, instruments de crédit, etc..

Le ministère des Finances autrichien a essayé de déterminer cette situation dans des conditions particulièrement difficiles, et- les études faites dans ce but par M. Ignace Gruber ont prouvé que l'excédent des importations de marchandises, loin de représenter un déficit, est un des éléments du crédit de la balance éconoinique (1).

C'est une nouvelle vérification de la démonstration de Frédéric Bastiat : « Un bateau part, il fait naufrage : voilà l'excédent d'exportation. Il revient avec des bénéfices : voilà l'excédent d'importation. »

La Balance économique de chaque peuple comprend la totalité, à un moment donné, des payements faits et reçus par lui et des engagements pris par lui ou envers lui.

Dans la Balance économique de chaque peuple, Vexcédent des importations de métaux précieux, de valeurs mobilières, d'instruments de crédit des marchandises sont comptées à son actif.

IV. Aux postulats protectionnistes ont peut opposer les réalités économiques suivantes :

1. Tout tarif protecteur est une augmentation d'impôt. La richesse d'un pays ne peut être augmentée par une augmentation d'impôt (2).

11. Le tarif protecteur doit donner le minimum de revenu au trésor ; car il doit empêcher d'entrer les marchandises.

Il doit donner le maximum de revenu aux producteurs des choses protégées.

(1) J'ai publié ce tableau dans la 3' édition de la Science Economique.

(2) W. Smart, professeur à l'Université de Glascow. Heturn ta protection.

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