CHAPITRE VI
I. La monnaie. — Les Physiocrates. — Propriété précaire. — Privilèges de la noblesse et du clergé. — Les corporations.
— Le commerce des blés. — Les corvées. — Les formules des économistes sont des produits de l'expérience. — Quesnay. — Turgot. — Les vérités économiques ont été dégagées par la critique. — Rôle des économistes dans la Révolution.
— Régime anglais. — D. Hume. — Ad. Smith. — Malthus. — J.-B. Say.
II. Les économstes « orthodoxes » étudient et recherchent les moyens économiques les plus e[[icaces pour seconder les progrés techniques, voir l'Economi»*, de l'Elfort.
Les vérités économiques dégagées par les fondateurs de la Science Economique, les Physiocrates, David Hume et Adam Smith, sont le résultat de l'obsei^vation des institutions de leur temps.
Avant eux, certaines questions économiques avaient été étudiées. On trouve dans Aristode une définition à peu près complète de la monnaie. Nicolas Oresme en a nettement dégagé le caractère (1).
Dès le quatorzième siècle, certaines lois qui la caractérisent étaient connues, et elles ont bien le caractère des lois naturelles : constance dans le temps et Vespace ; sanction immédiate et iTnplacable à Végafd de ceux qui les violent.
Mais si Montchrétien a publié, en 1615, un livre intitulé : Traité d'économie politique, les Physiocrates ont, les premiers, présenté une conception systématique des phénomènes économiques (1756-1770).
Ils ont subi Faction du milieu dans lequel ils vivaient. Ils ne le trouvaient pas bon ; ils en étudiaient les dê-
(1) Voir infra. Liv. \^ la Monnaie et les Prix.
fauts et ils cherchaient ce qu'ils pouvaient mettre à la place.
La formule de Gournay : laissez faire, laissez passer ! est une abstraction, mais résultant de ses observations directes (1). Les trois découvertes de Quesnay étaient trois réponses à l'état de choses existant en France au milieu du dix-huitième siècle :
1° La nécessité d'établir la législation positive sur des lois naturelles et la conception que les pouvoirs publics n'ont pas pour objet de limiter la liberté des individus, mais de la garantir ;
2° L'affirmation de la propriété individuelle et de la liberté de propriété ;
3° La démonstration de la nécessité de la liberté du commerce et de la plus grande concurrence possible.
Turgot, dans le préambule de son édit de 1776, supprimant les corporations, maîtrises et jurantes, proclame le principe de la liberté du travail.
Les vérités économiques ont été dégagées par la critique des choses existantes.
Ni les Physiocrates, ni Turgot, ni Condillac, ni Condorcet, n'étaient des mystiques : ils ne croyaient point aux causes finales, mais ils croyaient aux faits nécessaires : s'ils n'existaient pas, l'univers ne serait pas ce qu'il est.
Supprimez la loi de la pesanteur et nous disparaissons tous. Supprimez la loi de l'offre et de la demande, et l'homme n'est plus l'homme.
Les économistes anglais expriment la même réaction. Toutes les études de David Hume lui sont inspirées par les institutions et les préjugés de son temps, à commencer par son Essai sur la valeur de Vargent. Dans un essai sur la Jalousie commerciale, paru en 1758, il dit : « Il est peu d'Anglais qui ne croiraient à la ruine absolue de leur pays, si les vins français se vendaient en Angleterre, assez bon marché et en assez grande abondance pour supplanter, dans une certaine mesure, nos bières et nos boissons fabriquées, etc. »
Le livre d'Adam Smith (1776) est la critique des institutions antiéconomiques de son époque. Le Traité
(1) ScHELLE, Vincent de Gournay, in-18, 1897. Du Pont do Nemours in-8* 1888. Quesnay in-18 1907.
10 I.A SCIENCE l';CONOMIQUE
de la population, de Malthus (1796) lui est inspiré par la loi des pauvres. On pourrait dire que le Traité d'Economie politique, de J.-B. Say (1803), est l'analyse de la mise en pratique, par ses compatriotes et ses contemporains, des préjugés économiques ; et si le principe du libre échange avait été admis, Ricardo n'aurait peutêtre pas écrit s.as études économiques, Tooke n'aurait point rédigé la pétition des marchands de la Cité (1820), Cobden et Bright n'auraient point fondé l'Ecole de Manchester et Bastiat n'aurait point publié ses pamphlets.
Les adversaires de la Science Economique donnent à ses adeptes le nom « d'orthodoxes ». L'épithète est impropre, car elle ne s'applique qu'aux religions. Jamais un économiste n'a demandé la condamnation de Karl Marx ou de M. Schmoller, pour crime d'hérésie.
Toutefois l'orthodoxie des Economistes a un critérium, infaillible. En opposition aux interventionnistes de tout genre qui, par des mesures coercitives, diminuent ou atténuent les résultats des inventions et découvertes, gênent et menacent l'action des organisations d'industrie, de commerce et de banque, les économistes orthodoxes étudient et recherchent les moyens économiques les plus efficaces pour seconder les progrès techniques vers Véconomie de Veffort.
On appelle « classiques » les Physiocrates. David Hume, Adam Smith, J.-B. Say, Malthus, Ricardo, John Stuart-Mill, Bastiat etc. ; leurs doctrines, qui ne sont pas identiques, restent soumises à une critique permanente (1).
(1) En voici les principaux noms, avec la date de la publication de leurs principaux ouvrages ou de leur période d'activité :
David Hume, publication des Essais (1752-53) ; les Physiocrates ; OuESNAY, GouRNAY, Mercier DE LA RiviÈRE, Le Trosne, l'abbé Bau- DEAU, Dupont de Nemours, marquis de Mirabeau (1756-1770). TuRGOT, Essai sur la Formation et la Distribution des richesses (1770) ; Condillac, le Commerce et le Gouvernement (1776) ; CoKDORCET ; Adam Smith, Essai sur la Richesse des nations (177B) ; Malthus, An Essaij on the Principle of Population (1798), 1803, 1826) ; Ricardo 1810-1823), Principles o[ Economical polilicy (1817) ; J.-B. Say, Traité d'Economie politique (1803) ; Cours complet d'Econ, pol. (1828) ; K.-H. Rau, Lehrbuch der politischen Œconomie (1826-1832) ; John Stuart Mill (1844), Essays on some unsettled Questions ol Political Economy ; poUticy (1817 ; J.-B. Say, Traité d'Economie politique (1803) ; Principles o/ political Economy (1848) ; Tooke (1820), A History