‹ La science et la religionChapitre 27 sur 35 · Tke Failli of our fathevs, chap. xiv · texte numérisé non relu

Tke Failli of our fathevs, chap. xiv

autre que celle de Bossuet dans son Histoire des variations ; et leur principal effort a été d'établir, en matière de morale et de dogme, la nécessité d'une autorité qui décide.

C'est ce que l'on appelle la question de l'Église, Si nous ne sommes pas chrétiens, nous pouvons prendre là-dessus le parti que nous voudrons I Mais si nous sommes chrétiens, — et nous le sommes dès que nous sommes épis copaux ou baptisles, méthodistes ou presbytériens, nous avons besoin d'une règle qui nous guide ; et comme cette règle n'en est une qu'à la condition d'exister en dehors de nous, de nous être extérieure, antérieure et supérieure ; et comme l'expérience prouve qu'elle n'est pas toujours claire ; et, tandis que nous vaquons à nos occupations, lesquelles sont de travailler de nos mains, de faire du commerce ou de la banque, de la médecine ou du droit, comme il nous faut des hommes dont l'occupation ne soit que d'étudier cette règle ; et comme enfin cette étude peut les conduire eux-mêmes à des conclusions différentes, nous avons besoin d'une parole qui ramène à l'unité leurs divisions, leurs divergences, et leurs contradictions. Ainsi ont raisonné les catholiques américains, d'une manière qu'il nous est difficile, quant à nous, de-

ne pas trouver excellente ; — et aussitôt, de ce raisonnement même, leurs adversaires ont tiré contre eux un nouveau moyen de polémique.

Il n'est que trop connu, et en vain l'a-t-on plus de cent fois réfuté, il est si commode qu'on y recourt toujours ! Où est cette règle, leur a-t-on demandé : ne serait-ce pas à Rome ? Mais un « bon citoyen » ne saurait mettre ainsi ses croyances à la discrétion d'une autorité étrangère, et réciproquement, quiconque les y met, n'est donc pas un « bon citoyen » ; car comment servirait-on deux maîtres à la fois ? Aux États-Unis, — et à une époque où l'on peut dire qu'il n'existait pas encore de nation américaine, mais une fédération d'Etats indépendants, dont la constitution formait l'unique lien, — on affectait donc de craindre que, si « l'Eglise catholique venait jamais à dominer, ce fût le coup de mort de la Constitution des Etats-Unis. » Ainsi s'exprimait, en 1844, le révérend Robert Baird, et il ajoutait : « On pense que les prêtres romains ne peuvent que haïr la démocratie^ et, d'un autre côté, qu'il est impossible de balancer leur influence sur le peuple. Je ne sais jusqu'à quel point ces craintes sont fondées : toujours est-il que nous avons eu, parmi les romanistes, de chauds pa-

triâtes... Ce qui, dans tous les cas, est certain, c'est que la population protestante et les ministres en particulier surveillent tous les mouvements du clergé romain, et qu'ils ne paraissent nullement disposés à laisser passer inaperçu ce que leurs tendances pourraient avoir de menaçant '^ . »

Ce n'était pas précisément là ce qu'on peut appeler des dispositions bienveillantes ; et aussi, les Pères du cinquième concile provincial de Baltimore, vers le même temps, s'en plaignaient-ils avec quelque amertume. Ils se félicitaient toujours des progrès du catholicisme. « Dans les vastes régions qui nous sont confiées, quoique indignes, écrivaient-ils à Rome, la parole de Dieu se répand tous les jours davantage : Verbum Dei currit et dilatatur\y> et, entre autres preuves, ilsen donnaient celle-ci, qu'en moins de trois ou quatre ans, dans un seul diocèse, on avait vu s'élever quarante-trois églises. « Mais, continuaient-ils, voici qu'on nous accuse, nous, dont les pères ont versé leur sang comme de l'eau pour revendiquer l'indépendance commune contre un oppresseur qui, certes, n'était pas catholique, d'abdiquer entre les mains d'un prince étran-

1, Robert Baird, la Religion, etc., t. II, p. 287, 288.

ger, — c'est le Souverain Pontife, — nos libertés civiles et politiques, et en nous faisant ainsi ses serviteurs, d'être infidèles à notre République. » Ils protestaient ensuite éloqueniment que « leurs mœurs et leur vie suffisaient toutes seules à prouver qu'il n'était pas de forme de gouvernement dont ne s'accommodât la religion catholique, dès que ce gouvernement n'avait que la paix et le progrès pour objet ». Et en terminant, ils se flattaient que leurs accusateurs se prendraient eux-mêmes au piège qu'ils leur avaient tendu ;-;|ou plutôt, c'était fait, disaient-ils, et « ils sont tombés dans le puits qu'ils avaient creusé pour nous ».

Je ne sais, en s'exprimant de la sorte, s'ils n'anticipaient pap sur l'ordre des temps, et le fait est que l'accusation a été renouvelée depuis cinquante ans, et plus d'une fois ; mais à peine en trouvons-nous trace dans les actes du premier concile plénier de Baltimore, tenu du 10 au 20 mai 1852. On lit seulement, dans la Lettre pastorale adressée par les évêques à leur clergé et à leur peuple, un passage où ils exhortent les fidèles à faire constamment œuvre de bons Américains, « non pas, disent-ils, qu'il y ait lieu de craindre à cet égard que vos sentiments puissent jamais différer de ce

qu'ils ont toujours été, mais, et à l'exemple de saint Paul, pour que vous trouviez dans votre religion même de plus profondes raisons encore de remplir vos devoirs de citoyens ti^. Un décret du même concile vaut aussi la peine d'être rappelé. « La constitution et les lois de nos Etats, y est-il dit, ayant pourvu très sagement à ce qu'aucun pouvoir séculier n'entreprît de s'immiscer dans les choses de la religion, les évoques devront employer tout leur zèle, avec prudence toutefois^ pour qu'en aucune rencontre les soldats ou marins catholiques ne soient obligés d'assister contre leur conscience aux cérémonies des cultes non catholiques. » Quand le pouvoir religieux, — avec la prudence qui est dans les habitudes de l'Église catholique, peut négocier avec le pouvoir civil sur de semblables questions, c'est que bien des défiances sont tombées, et la liberté religieuse est tout près d'être entière. Quelques années j)lus tard les événements de la guerre de Sécession achevaient d'emporter ce qui pouvait survivre encore des soupçons d'autrefois ; et j'ignore si, comme au temps du révérend Baird, « la population protestante et les ministres en particulier continuent de surveiller tous les mouvements du clergé romain » ; mais je ne crois pas qu'aucun Américain se défie aujourd'hui

du « civisme » ou même du « libéralisme » de ses concitoyens catholiques.

Il est enfin un dernier obstacle à la propagation du catholicisme aux Etats Unis, que l'on m'a plusieurs fois signalé, mais dont je n'ose guère parler, comme n'étant pas de ceux dont on puisse aisément mesurer la force, ou seulement vérifier l'existence. Est-il donc vrai, serait-il donc possible que, dans cette grande démocratie, l'humble origine et la condition populaire du plus grand nombre des catholiques eussent jeté quelque défaveur sur les doctrines qu'ils professent ? Ainsi pensait-on chez nous, en France, dans les dernières années du dix-huitième siècle ; nos philosophes croyaient se « décrasser » en se « déchristianisant ; » et ce qui déplaisait ou ce qui répugnait du catholicisme à nos aristocrates, c'était qu'il fût la religion de tant de petites gens ! « La plus vile canaille l'avait seule embrassé pendant plus de cent ans », a dit Voltaire ; et rien ne semblait plus odieux aux hommes de VEncyclopédie que d'être obligés de penser « comme leur tailleur ou comme leur blanchisseuse ».

Nous ne croirons pas aisément que des Américains partagent cette manière de voir ou de sentir. Elle aurait quelque chose, non

seulement de trop aristocratique, mais, à proprement parler, d'inhumain. Quelque inégalité qu'il y ait, — et qu'il doive y avoir, — parmi les hommes, étant tous égaux devant la douleur et la mort, nous devons donc l'être devant la religion. Mais s'il fallait pourtant qu'il y eût deux sortes de culte, — l'un pour les « petites gens », et l'autre pourles « milliardaires », — bien loin que cette distinction nuisît dans l'avenir aux progrès du catholicisme, tout au contraire elle en serait la promesse et la garantie. De certaines communions peuvent être des communions d'aristocrates : le catholicisme est aujourd'hui plus que jamais la communion des humbles. Aussi longtemps qu'il la demeurera, c'est à lui qu'ira l'âme des foules. Elles aimeront le contraste éclatant de ses pompes solennelles avec le caractère populaire de son enseignement. Et c'est pourquoi, si quelques sectes superbes n'ont pas de place dans leurs églises pour les pauvres et les déshérités de ce monde, plaise à Dieu qu'elles ne s'en cachent pas, mais plutôt qu'elles s'en vantent 1 Dans nos sociétés de plus en plus démocratiques, rien ne servira mieux la cause et les intérêts du catholicisme, In hoc signo vincet, il vaincra par ce signe ; et si ce progrès de la démocratie n'est nulle part plus rapide

ni plus évident qu'en Amérique, c'est précisément pour cela que nulle part le catholicisme ne saurait concevoir de plus hautes espérances.

Cependant, au travers de toutes ces difficultés, et à mesure même qu'elle en triomphait, l'Eglise catholique des États-Unis s'organisait. Elle régularisait l'administration de son temporel. Elle assurait son recrutement. Elle fortifiait et elle consolidait sa discipline naguère encore un peu relâchée. Elle éliminait de ses institutions ce qui pouvait s'y être à l'origine glissé d'encore un peu protestant, par exemple le droit que de simples laïques s'attribuaient de « fonder » des églises, d'en choisir et d'en nommer eux-mêmes les pasteurs, indépendamment de l'évêque, et au besoin contre son gré. Elle imposait à ses prêtres, conformément au concile de Trente, un costume qui permît de les reconnaître en toute occasion pour tels : vestes quse ipsum eas gerentem aliosque moneant cujus conditionis iUe sit. Elle les mettait dans la main de leurs \ évéques. Elle enlevait les causes ecclésiasti- | ques à la juridiction des tribunaux civils. Elle | déterminait, avec l'approbation et le concours ' de la cour de Rome, le mode de nomination des évéques d'Amérique : le SaiB^-^iège les

cliolsit sur une liste de trois noms dressée d'un commun accord par les curés inamovibles, les « consuîteurs ^ », les évêques et l'archevêque de la province ecclésiastique dont un diocèse est devenu vacant. Elle s'occupait encore des programmes des écoles, en attendant qu'un jour il lui fût donné de fonder l'Université de Washington. Elle exerçait une censure vigilante sur les livres de classes. Elle réglementait, à diverses reprises, la question des « mariages mixtes », si difficile à traiter dans un pays aussi bigarré que les Etats-Unis d'Amérique. Elle mettait ses fidèles en garde contre la séduction des sociétés secrètes, si puissantes en pays protestant. C'est par millions que l'on compte aux États-Unis les adeptes de la franc-maçonnerie. Au contraire, elle croyait devoir encourager les sociétés de tempérance, en raison des progrès scandaleux de l'alcoolisme en Amérique, et, par une juste tolérance, elle autorisait et elle encourageait les sociétés de secours mutuels.

Si j'ai cru devoir ici donner tous ces détails, ce n'est pas qu'ils puissent rien avoir de bien « inattendu » pour la plupart des lecteurs. Mais

. Les < consuîteurs diocésains », dans l'Eglise d'Amérique, remplissent à peu près les fonctions de nos chanoine*.

c'est qu'ils témoignent combien l'Eglise des États-Unis, depuis son origine, a toujours eu à cœur non seulement d'affermir, mais de resserrer son union avec Rome ; et surtout ils sont bons pour la défendre et la venger du singulier éloge qu'on s'imagine quelquefois en faire, et qui lui est plutôt une injure, quand on la loue de la nouveauté de ses doctrines ou de l'indépendance de ses allures : j'en connais qui diraient de la liberté de ses mœurs! On ne saurait se tromper davantage ; et qui voudra s'en convaincre n'aura qu'à feuilleter rapidement les Actes des trois conciles pléniers de Baltimore, 1852, 1866 et 1884. Ce ne sont pas seulement, cela va sans dire, les doctrines, la hiérarchie, la discipline qui sont les mêmes, ce sont encore les cérémonies du culte, auxquelles on s'efforce de donner le même éclat que 'de tout temps en pays catholique.

Et, en effet, quoi qu'on en puisse dire, quel mal y a-t-il à épuiser pour célébrer Dieu tout ce que la nature et l'art peuvent offrir de ressources ? Il me revient en mémoire un passage du Journal d'Elisabeth Seton, la fondatrice aux Etats-Unis de l'ordre des Filles de la Charité. « Florence, lundi 9 janvier 180i. Je guis entrée dans l'église de San Lorenzo, et là, je me suis sentie vraiment ravie. » — Notez

qu'à cette date elle était encore protestante. — « Gomme je m'approchais du grand autel, formé de ce qui existe de plus précieux, pierres et marbres admirables, ces paroles : Mon âme glorifie le Seigneur et mon esprit se réjouit en Dieu mon Sauveur^ s'emparèrent de ma pensée avec une vivacité, une ferveur telles quetout autre sentiment disparut. L'image s'éveilla en moi de ces offrandes que David et Salomon firent au Seigneur leur Dieu lorsque les plus riches produits de l'art et de la nature furent dédiés à son saint Temple et sanctifiés à son service ^ » Je le demande aux hommes de bonne foi, à quel titre, ou de quel droit proscririons-nous ces sentiments ? Pourquoi l'exaltation de l'imagination, si du moins nous savons la diriger vers son vrai but, n'auraitelle pas sa part dans la formation du sentiment religieux ? Ne sommes-nous que de purs esprits, ou que des « raisons » raisonnantes ? Et s'il y a tout un sexe, — et aussi toute une race d'hommes, — à qui la poésie de la religion ne soit accessible que sous cette forme ou par cet intermédiaire des solennités extérieures du culte, pourquoi la leur disputerait-on?

1. Mme de Barberey, Elisabeth Selon et les commencéments de l'Église catholique aux Etats-Unis, 5* édition, t. I, p. 197. Paris, Pouâsielgue, 1892.

Il en faut dire autant de certaines dévotions, qu'on peut d'ailleurs aimer ou n'aimer pas, mais dont on aurait tort de croire que le caractère un peu populaire ait effrayé le « bon sens » des catholiques d'Amérique. Je ne suis point du tout choqué pour ma part de trouver à New York une église consacrée sous le vocable de Notre-Dame-de-Lorette \ et, à Chicago, s'il y en a deux de placées sous l'invocation de Notre- Dame- de-Lourdes^ je ne sais pourquoi je regrette que l'une soit allemande et l'autre bohémienne, mais aucune française. Il y a encore une chapelle de Notre-Dame'de'Lourdes à Philadelphie ; et certainement j'en trouverais d'autres si je relevais les noms des 9670 églises ou chapelles qui figurent dans \ Hoffmann! s Catholic Directory : c'est l'an nuaire officiel ducatholicisrae américain ^Plus nombreuses encore sont les églises placées sous l'invocation du Sacré Cœur ou de V Immaculée Conception^ ou plutôt, il n'y a guère de diocèse qui n'en compte plusieurs ; — et ceci m'amène à une observation de quelque impor tance. Les catholiques d'Amérique diffèrent tellement de l'idée que l'on s'en fait souvent, ^r qu'au contraire ils sont parmi ceux qui ont le

1. Hoffmann s catholic directory, for the year of our Lord 1897; H. Wiltziu», Milvaukee.

plus ardemment sollicité du Saint-Siège ïa définition des deux dogmes de 1' « Immaculée Conception » et de 1' « Infaillibilité pontificale ».

Assurément, s'il y a deux dogmes qui fassent une difficulté considérable entre protestants et catholiques, ce sontle dogme del' « Infaillibilité pontificale » et celui de « l'Imma-culée Conception » I Aux yeux des protestants, — sans que d'ailleurs on en puisse voir très clairement le motif — le dogme de 1' « Immaculée Conception » résume l'idolâtrie romaine ; il en a marqué l'achèvement ou le comble. Mais, d'autre part, il est clair qu'un protestant qui souscrirait à 1' « Infaillibilité pontificale», cesserait, aurait cessé de l'être, serait déjà un catholique.

Cependant, entourée comme elle est de communions protestantes, l'Eglise catholique d'Amérique non seulement, en aucune occasion, n'a rien déguisé, rien dissimulé, rien adouci de ce que ces deux dogmes avaient d'inacceptable pour ceux qu'elle voulait convertir, mais encore, de l'un et de l'autre, aucune Eglise, plus constamment ou plus ardemment qu'elle, il faut le répéter, n'a sollicité la <c définition » et la « proclamation ». Dès 1846, et avant l'avènement de Pie IX, trois ans avant

l'encyclique Ubi primuni^ — c'est celle où le nouveau pape allait consulter les évêques de la catholicité sur « le désir et les vœux de leur peuple fidèle » à l'égard de l'Immaculée Conception, — le sixième concile de Baltimore avait mis solennellement, par son premier décret, et à l'unanimité des vingt-trois évêques présents, l'Eglise catholique d'Amérique sous le patronage de la Vierge « conçue sans péché ^ ». Et douze ans avant 1870, le neuvième concile, en 1858, dans la Lettre d envoi qu'il adressait au Souverain Pontife, insistait uniquement sur ce point que, si nulle part et jamais on avait senti le besoin d'une autorité qui décidât, et d'une « chaire où la vérité fût éternellement à l'abri de la contagion de l'erreur», c'était justement aux États-Unis. « Ceux qui sont nés et qui ont grandi dans le sein du catholicisme, disaient à ce propos les Pères du concile, ne se doutent pas de la gravité des maux que le Dieu de miséricorde voulut à tout jamais écarter de son Église en instituant la primauté de Pierre et de ses successeurs... Mais nous, en Amérique, ces maux et ces dangers, si menaçants et si douloureux, et sous

1. Le collège catholique de Louvaio s'appelle : ^merica/t collège of the Immaculatt Conception of the Blessed Virgin Mary,

lesquels sans ce secours le chrétien succomberait, nous ne les voyons pas seulement, mais nous pouvons vraiment dire que nous les louchons du doigt : ipsis fere manibus conlrectare licet. » D'autres considérations suivaient, plus précises, non moins concluantes, et les évéques d'Amérique terminaient en se plaignant que, trop infidèles à ces sages principes, « beaucoup, plurimi, dont ils avaient cru pouvoir mieux attendre... ne vissent, dans les nouveautés les plus extraordinaires ^ qu'autant de symptômes et de gages assurés d'un progrès qui élèverait leur siècle au-dessus de tous ceux qui l'avaient précédé ». On ne pouvait être plus catholique ; et, dans le sens abusif que l'on donne quelquefois à ce mot, on ne pouvait être moins « Américain ».

Est-ce donc à dire qu'il n'y ait rien de nouveau dans l'évolution du catholicisme aux Etats-Unis ? Non, sans doute, mais il faut s'entendre. Multse sunt mansiones in domo Patris : il y a plus de diversité qu'on ne croit dans l'ample sein du catholicisme, et, au centre même de l'unité, il y a place pour plus de liberté qu'on ne pense. La vérité catholique ne varie pas : « Elle est aujourd'hui ce qu'elle était hier, elle sera demain ce qu'elle est aujourd'hui. Mais ce sont nos rapports avec la vérité

qui changent, et nous découvrirons demain ce qui nous était hier encore caché. » P^'est-ce pas ainsi que notre connaissance des phénomènes de la nature dépend de leurs propriétés, mais ces propriétés existaient avant de nous être connues ; et, d'autre part, ce sont toujours les mêmes propriétés, mais différents esprits en tirent de différentes conséquences? Essayons d'éclaircir ce que cette comparaison a d'obscur ; et, par exemple, voyons comment une union plus étroite avec le Saint-Siège, bien loin de contraindre la liberté de l'Eglise d'Amérique, l'a au contraire accrue ; comment, d'une soumission plus complète, l'indépendance de la personne est sortie plus entière ; et comment enfin, d'une- manière plus hardie d'en user avec la tradition, il est résulté un rajeunissement de la tradition même.

Observons avant tout que les mêmes mots

ne veulent pas dire exactement les mêmes choses en Europe et en Amérique, en français et en anglais ; n'expriment pas toujours les mêmes idées ; n'ont pas surtout la même portée. J'ai déjà cité plus haut ce passage dePIutarque, si caractéristique, « Archimède eut le cœur si

haut et l'entendement si profond qu'il ne daigna jamais laisser par écrit aucune œuvre de la manière de dresser toutes ces machines de guerre, mais réputant toute cette science d'inventer et composer machines, comme aussi tout art qui apporte quelque utilité, vil, bas et mercenaire, il employa son esprit et son étude à écrire seulement choses dont la beauté et subtilité ne fût aucunement mêlée avec nécessité * ^). Je ne crois pas que cette manière de comprendre la Science., qui n'est pas rare en Europe, soit très commune en Amérique. On veut là-bas que la science « paie » ; et c'est justement les applications qu'on en admire et qu'on en poursuit. Pareillement, le mot de Rationalisme n'y signifie pas tant ce qui est « rationnel », à l'allemande ou à la française, que ce qui est « raisonnable » ; ce qui est conforme aux principes de la raison pure, que ce qui est analogue aux données du commun bon sens ; ni ce qui est conséquent, logique, et cohérent que ce qui est d'usage ou, pour ainsi parler, de commerce habituel entre gens d'esprit sain, d'humeur agissante, et de bonne volonté. Pareillement encore, V Individualisme en Amérique, — et peut-être en Angleterre, — ne con-

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