‹ La science et les lettres en OrientChapitre 65 sur 101 · LE S CHAH -N AM EU · texte numérisé non relu

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est surhumain comme les héros eux-mêmes. Des récits cosmogoniques et mythologiques y sont fréquemment introduits, et y tiennent une place considérable.

Le rapport des brahmanes et des kchalriyas (guerriers) marque assez que les premiers sont les auteurs de celle poésie1 ou du moins lui ont donné son carac-

tère.

L’idéal poétique, c’est le renoncement au monde. Rama lui-même mène la vie d un pénitent, etc est la sa plus insigne gloire. Les expressions dont se servent les rois en s’adressant aux brahmanes, expriment toutes une profonde humilité et une dévote adoration. Le langage des brahmanes respire au contraire la plus hautaine arrogance. La lutte du sage Vaschichta et du roi Yisvamitra peint parfaitement l’attitude réciproque des deux castes2. On y trouve des paroles comme celles-ci : « O kchatlriya, vil comme la poussière! » Ailleurs, en parlant d’un prince accompli, on a soin de dire que le modèle des rois, à 1 occasion d un sacrifice, donna dix millions aux brahmanes.-

Le pouvoir du brahmane est présenté comme supérieur à celui des dieux mômes. L’ermite Gaulama traite avec le dernier mépris Indra, dieu du ciel, qui avait

1 Valmiki,- auteur du Râmâi/ana, est représenté comme un anachorète ! mouni ) qui a reçu la tradition de Narada, personnage divin Lui-même dit d’une histoire qu’il raconte : « Elle était contenue dans une ancienne chronique qui m’a été racontée par un vénérable prêtre. » ( Râmâyana , édit, de Sérampore, in-4°, t. I, page 117.)

- Ibid., 428.

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tenté de séduire son épouse, et qui joue devant lui le rôle le plus honteux. Un autre ermite, voulant donner une fête à Rama, ordonne aux dieux, aux fleuves, aux plantes, de concourir aux enchantements qu’il prépare, et tout dans le ciel et dans la nature obéit à la parole du brahmane.

Rien ne ressemble moins à l'épopée persane, dans laquelle le merveilleux lient si peu de place, dans laquelle on dit en passant quelques mots de Zoroastre, dans laquelle enfin les moheds occupent un rang assez modeste auprès des rois et des chefs guerriers, dont ils sont souvent les conseillers, jamais les maîtres.

L’action est presque tout dans le Livre des Rois , comme dans les épopées occidentales; mais, dans les épopées de 1 Inde, il y a une part pour la contemplation et pour la science. Un système complet de panthéisme a été introduit sous forme d’épisode dans le MaMbhârala ; un système d’athéisme s’est glissé plus singulièrement encore dans le Râmâyana. De longues digressions politiques montrent que ceux aux mains desquels est cette poésie, ne veulent pas seulement raconter pour plaire, mais instruire pour gouverner.

Enfin, si la poésie .persane, comparée aux poésies européennes, nous a paru gigantesque parfois et démesurée, elle semble modesle et contenue à côté de la poésie indienne. La narration de Firdousi, bien qu’abondante, est rapide ; ses descriptions, bien que parfois éblouissantes, sont précises en comparaison des

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récits et des tableaux de Vyasa ou de Valmiki.Le génie même de la langue sanskrile, de cette langue qui pousse plusloin qu’aucune autre l’audace dans la composition des mots, en accumulant toutes les cii constances accessoires autour de 1 idée principale, donne au récit une lenteur majestueuse, une ampleur traînante, qui rappelle les eaux calmes et deboidéesdu Gange; la paresseuse mollesse, la fertilité luxuiianlo que produit le climat de 1 Inde, se peignent dans la lichesse des détails et la lenteur indolente duiécit. Souvent la description d’une montagne ou d’une rivière emploie plusieurs pages du Râmâyana. La solitude do la ville d’Ayodhya, privée de son héros, Rama, n est pas exprimée par moins de vingt et une comparaisons. Auprès de cet excès, la poésie de Firdousi est, je le répète, sobre et tempérée; tout y est sur une échelle beaucoup moindre. Que sont les sept cents ans de la vie de Rustem à côté du règne de Dvilipa qui dure trente mille années? Qu’cst-ee que Kaweh, avec ses dix-neuf fils, à côté de l’épouse du roi Sagara, qui met au monde, en une fois, quatre-vingt mille enfants?

La poésie épique des Persans est donc intermédiaire entre celle de l'Occidentet celle du haut Orient, comme la Perse elle-même s’appuie d'un côté à la chaîne de l'IIimalaya et de l’autre au Caucase. La Perse est le pays qui a eu le plus de rapports avec le monde grec et romain. Dans l’histoire grecque, Marathon et Alexandre; les Parthes, dans, l’ histoire romaine, témoignent de

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elle vérité. D autre part, les origines du langage rattachent la Perse à l’Inde, tandis que des analogies non moins certaines de langue et de traditions la rapprochent des nations germaniques. Ce pays est donc le lien de l’Asie centrale et de l'Europe, et aujourd’hui encore sa destinée en fera bientôt, ce semble, le théâtre d’une lutte formidable entre deux grandes puissances qui, parties l’une du Nord, l’autre de l’Ouest, semblent appelées à sc rencontrer près des Indes.

Le poëme de Firdousi n’a pas besoin, pour attirer l’attention, de l’intérêt qui s’attache maintenant à la scène antique des exploits de lluslem. 11 n’arrive pas tous les jours que le plus grand monument delà poésie d’un peuple soit, pour la première fois, publié dans son intégrité et mis dans la circulation des intelligences. C’est un événement qui compte beaucoup plus dans l’histoire littéraire d’un siècle que la naissance bruyanted’unefoule de productions destinées à mourir.

Les orientalistes dignes de ce nom, porté avec tant d’éclat par plusieurs de nos illustres compatriotes, apprécieront la valeur philologique de l’immense travail de M. Molli, qui a consulté, pour la publication de son texte, trente-trois manuscrits conservés à. Londres et à Paris. On a pu juger du mérite de la traduction et de la préface par les morceaux que j’ai cités. Pour un homme tel que M. Mohl, des citations sont les meilleures louanges.

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