‹ La science et les lettres en OrientChapitre 8 sur 68 · HISTOIRE LITTÉRAIRE — B E L LES • L ETTR ES · texte numérisé non relu

HISTOIRE LITTÉRAIRE — B E L LES • L ETTR ES

Un des grands avantages qu’offre l’étude de 1; littérature chinoise, c’est qu’au lieu d’avoir affaire à des manuscrits rares et d une lecture difficile, on a sous la main, et l’on peut facilement faire venir du pays même des milliers de livres imprimés. Quelques personnes parlent encore par habitude des manuscrits chinois ; elles ne réfléchissent pas que l’imprimerie a été inventée à la Chine au moins cinq siècles avant qu’elle fut connue en Europe. Dans ce pays immense et si anciennement civilisé, où la littérature se confond avec le gouvernement et presque avec la société,

on doit s’attendre à rencontrer tous les s’ccours dont la

philologie aide et parfois accable l'érudition.

C’est ce qui a lieu en offet : renseignements bibliographiques et littéraires de toutes sortes, préfaces, notes, commentaires, véritables éditions variorum , voilà ce qu’on trouve à la Chine, voilà ce que, pour des sommes fort modiques, on peut faire venir en Rurope et qu’on y possède déjà en fort grande abondance. On n’a véritablement que l’embarras de la richesse. Comment s’orienter au milieu de ces ouvrages, qui procèdent par centaines et par milliers de volumes? Témoin cette collection d’auteurs choisis qui n’en a pas moins de cent quatre-vingt mille. 11 est vrai que nous n’en sommes pas encore là, et que la Bibliothèque du Roi ne possède guère que huit mille volumes chinois; mais c’est encore un fonds assez considérable pour que notre curiosité et notre patience ne risquent pas de l’épuiser si lût ; c’est une masse qu’il est assez difficile d’entamer. On sent combien y aiderait un bon catalogue de ces livres. M. A. Rémusal l’avait compris; en 1810, il avait conçu le plan d’un catalogue qui eût été un véritable traité de bibliographie raisonnée et de littérature chinoise.

Il était d’autant plus urgent de s’en occuper que cent soixante-quinze articles, formant environ deux mille volumes, n avaient pas été catalogués, et que le reste l’avait été par Kourmonl , lequel , à la manière d’un autre savant, qui prenait le Pirée pour un homme,

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voyait toujours un nom d'auteur ou de personnage dans le titre d'un livre chinois, qu'il voulût dire cnigme, guitare ou mariage, et donnait un recueil de mémoires scientifiques pour un ouvrage de cabale.

M. A. Rémusat s'occupait de ce calajogue depuis plusieurs années, quand il fut nommé conservateur des manuscrits orientaux de la Bibliothèque du Roi, et dès lors conduit par la nature même de son emploi à s’occuper plus spécialement de l'histoire littéraire de la Chine.

A cette époque, ses idées s'étaient encore étendues; son catalogue devait avoir pour base les soixanteseize livres de l'histoire littéraire de Ma-louan-lin, auteur d’une espèce d'encyclopédie critique, dont nous allons parler tout à l'heure. M. A. Rémusat se proposait de traduire les soixante-seize livres du savant chinois, d'en faire comme le texte auquel il voulait rapporter, sous forme d'annotations, toutes les observations bibliographiques qu’il pourrait se procurer, et d’y joindre tous' les éclaircissements que lui auraient fournis d’autres ouvrages historiques. Ainsi on aurait eu non plus un simple catalogue déjà précieux, mais, comme disait M. A. Rémusat, un tableau vaste et complet de la littérature de' tous les âges. Des index étendus contenant les noms des auteurs, les titres des livres et une histoire sommaire des monuments littéraires de la Chine, eussent été l'utile complément de ce grand

travail ; il devait .former deux volumes in-folio, et être terminé dans l'espace de deux années.

Cet ouvrage est un de ceux qucM. A.Rémusaln'apas terminés ; maison a lieu d'espérer qu’on pourra profiter des matériaux que dans ce.but il avait déjà recueillis.

On doit considérer, comme un dédommagement de cette histoire littéraire de la Chine qu’avait conçue M. A. Rémusat, et qu'il n’a pas eu le temps d'achever, les notices biographiques sur quelques auteurs chinois, qu'il a rédigées d’après les sources nationales. Telles sont celles qui ont pour objet la famille des Iséma, famille vouée au ministère d’historien, comme à'un sacerdoce héréditaire, qui, au second siècle avant Jésus-Christ, renouvela et perfectionna l’histoire presque aussi ancienne que l'empire. Environ cent ans auparavant (215), avait eu lieu le fameux incendie des livres. Dans ce pays, si plein de respect pour la tradition, il s’était rencontré sur le trône un esprit despotique et novateur tout ensemble ; il avait compris que la secte des lettrés, à l’aide des idées morales et politiques de Confucius, s’acheminait vers le pouvoir qu’ont mis entre ses mains dix siècles de plus d’efforts et de patience; et ne se souciant pas de partager avec eux l’autorité qu'il exerçait, ou de l'exposer à leur contrôle, il fit un jour brûler tous les livres et tous les lettrés qu’on put trouver. Comme Hoang-ti était un homme positif et pratique, il avait excepté les

ouvrages de médecine, de divination et d'agriculture. Mais une mesure aussi atroce heurtait trop violemment des habitudes déjà enracinées pour pouvoir produire un effet durable. Le tyran mort, une réaction puissante se manifesta en faveur de la science qu’il avait proscrite. On déterra les ouvrages qu'avait enfouis la piété courageuse de quelques lettrés. D'autres s’étaient conservés dans la mémoire des vieillards, d'où les bourreaux n’avaient pu les aller arracher. C'est ainsi qu'ont été sauvés les Kings, les livres moraux de l’école de Confucius, et enfin tous les ouvrages qu'on possède, et dont la date est antérieure au troisième siècle avant Jésus-Christ. Mais que de trésors avaient péri !

Il fallut alors rassembler les débris des anciennes chroniques, recueillir les vestiges des vieilles traditions pour recomposer l’histoire. C'est ce que fil Iséma-lhsian, qu’on a appelé l’Hérodote de la Chine.

Les pertes causées par l'incendie des livres sont d’autant plus à déplorer pour l'histoire, que, de tout temps, chaque empereur, et même chaque prince indépendant avaitson historiographe. Pour garantir la véracité de ce fonctionnaire des séductions du pouvoir, on avait sagement établi que les documents recueillis chaque jour par l’historiographe, témoin de tout ce qui se passait, ne seraient publiés que sous la dynastie suivante. A partir de Isé-ma-thsian jusqu’à la dynastie actuelle, on a une suite non interrompue

d'histoires, dont les matériaux ont été rassemblés par des contemporains, et dont la rédaction est postérieure, ce qui réunit toutes les conditions d’exactitude et d’impartialité qu’on peut désirer.

Au nombre des auteurs dont les travaux composent cette série historique, la plus longue et la plus authentique que puisse offrir aucune nation, se trouve Sé-ma-Kouang, qui vivait au onzième siècle de notre ère ; il appartenait probablement à cette famille dont les diverses générations semblaient toutes avoir la vocation et comme la mission de l'histoire. Celui-ci réunissait, à la charge d’historiographe, les fonctions de censeur, fonctions honorables à la Chine; car les devoirs, qu’elles imposent s’étendent au souverain comme au peuple. Son biographe rapporte un trait qui fait honneur à l’indépendance de Sô-ma-Kouang. C’est une opinion reçue en Chine, que l’influence du gouvernement s’étend non-seulement à la société, mais à l'harmonie et à l'économie de l’univers; on rend le pouvoir responsable de tous les désordres de la nature. Un tremblement de terre fait murmurer le peuple, une inondation fait détrôner l’empereur, une éclipse est un sujet grave de mécontentement. Du temps de Sé-ma-Kouang, la flatterie avait exploité ce préjugé à l’occasion d’une éclipse de soleil qui eut lieu en 1 061 . Celte éclipse, selon l’annonce des astronomes, devait être de six dixièmes du disque du soleil, elle ne fut que de quatre dixièmes : les courtisans vinrent en

cérémonie en féliciter l'empereur, comme d’une dérogation formelle que le ciel avait permise aux lois de ses mouvements, et qui faisait le plus grand honneur à la sagesse du gouvernement. Sé-ma-Kouang eut le courage de les interrompre et de dire, en présence de l’empereur, qu’il n’y avait là nul sujet de lui adresser des félicitations, et que si lcclipse était moindre qu’on ne l’avait annoncé, c’est que les astronomes s’étaient trompés. Grande hardiesse qui aurait pu perdre Séma-Kouang, et pourtant lui réussit !

Tel était l'homme qui composa une vaste histoire, embrassant un espace de 1562 ans, où les faits disposés chronologiquement forment, suivant l’expression chinoise, comme un vaste tissu, dont la chaîne suit l’ordre des temps, et dont la Iratne s'étend à tout l’empire. C'est, dit M. A. Rémusat, expliquant cette métaphore, une chronique où tous les faits sont ramenés à un ordre unique, au lieu d'élre classés, comme chez Isé-ma-lhsian, en différentes parties, consacrées à la biographie, à l'histoire des arts cl des institutions. Mais, des lettrés chinois auxquels M. A. Rémusat a consacré des biographies, nul n'en était plus digne que Ma-Touanlin, qui vivait au treizième siècle, au commcncementdeladynastiedesMongols.ee savant, après vingt ans de travaux assidus, publia un ouvrage en cent volumes, qui contiennent la valeur d'environ vingt ou vingt-cinq de nos in-quarto, cl dans lequel toutes les parties de l’érudition chinoise sont traitées avec une

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profondeur et un savoir sur lesquels il n’y a qu'une voix en Chine et en Europe. Cet ouvrage, intitulé : Recherches approfondies des anciens monuments, dit M. A.Itéinusat, vaut à lui seul toute une bibliothèque; et quand la littérature chinoise n’en offrirait pas d'autres, il vaudrait la peine qu’on apprit le chinois pour le lire1.

On voit que l'attention de.M. A. Rémusat était tournée surtout vers la partie grave et positive de la littérature chinoise, vers tout ce qui tenait à l’érudition et à l'histoire. Quant a la littérature proprement dite, aux ouvrages d’imagination, il les estimait moins, pas assez peut-être. Il est vrai que ce n’est pas la poésie qui est le côté brillant de la Chine; là, point de ces vastes épopées qui, comine dans l'Inde et la Perse, contiennent d'antiques traditions nationales. L’écriture a été trouvée trop tôt, on n’a pas eu le temps de chanter ; l’histoire ? suivi de près l’écriture, l’histoire a absorbé le domaine de la poésie. Le peuple chinois a été comme ces enfants précoces, raisonnables de bonne heure, qui seront des savants peut-être, jamais des poêles. Malgré cela, ou plutôt à cause de cela, c’est le peuple qui a fait le plus de vers ; faire des vers est à la Chine l’occupation et l'amusement journalier de tout homme cultivé ; on fait des vers pour passer le temps quand

1 On ne trouvera pas ect éloge ejagéré, si l’on parcourt les titres des livres donnés parM. A. Rémusat [M/l. ai., t. Il, p. 117), et surtout le sommaire des sujets qü'ils contiennent, inséré par M. klaprotli dans le Journal asiatique de lSût (numéros de juillet et août).

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on est ensemble, comme on joue, comme on fume, comme on boit. Mais à juger de celte poésie d’impromptus, d'acrostiches, de bouts-rimés, par ce que nous on connaissons, elle est ce qu’elle doit être chez une société raffinée et blasée par une société -de tant de siècles. Ce qui lui agrée surtout, c’est l’emploi d’un langage contourné, auprès duquel celui des précieuses de l’hôtel de Rambouillet est une merveille de simplicité ; ce sont des allusions d'autant plus goûtées qu elles sont plus détournées et plus obscures ; c’est une élégance molle et recherchée ; c’est le retour constant des mêmes images, empruntées de préférence à ce que la nature offre de plus pâle et de plus frêle, la fleur du pêcher, la feuille du saule, l'eau ridée par la brise, la neige éclairée par la lune ; le genre descriptif domine dans ces compositions, et la description y est à la fois minutieuse et vague. Cette poésie fleurie, précieuse, mignardc, a été portée à sa perfection par deux poêles du huitième siècle, à l’un desquels (Tou-Fou) M. A. Rémusa t-a consacré une trop courte notice.

Je conçois sans peine que celle sentimentalité fade ne dut pas avoir un grand attrait pour un esprit judicieux et solide. Mais il est à regretter qu’il ail étendu son indifférence à des monuments poéliquesd'uneaulre importance. Ainsi, il n’appréciait pas assez celle du Livre des vers (Chi-King) ; n'csl-ce rien qu’un recueil de poésies fait par Confucius, qui étaient déjà très-

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anciennes de son lein jjs, et dont plusieurs étaient certainement populaires au moins douze cents ans avant Jésus-Christ? 11 faut dire cependant qu'il encouragea la publication de la traduction latine du livre des vers par le père Lacharme, que nous devons aux soins de M. Mohl.

11 est deux genres d’ouvrages d’imagination qui ont pour nous un intérêt particulier en ce qu'ils nous offrent une peinture fidèle et vivante des mœurs chinoises, ce sont les drames et les romans. Tous deux sont dédaignés à la Chine et mis en dehors de la littérature savante. Cette exclusion même est un mérite pour des Européens; car elle nous garantit que les auteurs n’ont eu pour guide que leur goût ou celui de leurs lecteurs, et n’ont point été obligés de soumettre leurs idées et leur style à des données de convention ou à une symétrie pédantesque. Il y a chance pour qu’il se glisse quelque vérité dans ces compositions vulgaires qu’on n’estime pas assez pour les fausser entièrement. M. A.Rémusat n’a point traduit de drame. Les drames chinois sont composés de prose qu'on récite et de vers qu’on chante. Cette seconde partie, comme tout ce qui est en vers à la Chine, est fort difficile à entendre. M. A. Rémusat avait fait peu d’efforts pour surmonter ce genre de difficulté, qu’il ne tenait pas beaucoup à vaincre. D'autre part il sentait qu'on ne pouvait, comme l'ont fait le père Amyot et M. Davics qui- nous ont donné chacun la version d’un

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drame chinôis, passer entièrement la portion versifiée et clianlée, celle à laquelle les spectateurs et les auteurs chinois attachent le plus d’importance. M. Stanislas Julien est le premier qui ail traduit une pièce chinoise tout entière, vers cl prose ; c'est un tour de force qu'il renouvellera, nous l'espérons, pour quelques portions du répertoire chinois dont il a cent volumes à sa disposition, et qui en contient des milliers.

Quant aux romans, tout le monde a lu Les deux cousines et la spirituelle préface de M. A. Rômusal1, mais t

on a élevé des doutes sur la fidélité de la traduction.

Mettant à part les vers placés à la tète des chapitres ou jetés dans le récit, et que M. A. Itémusat confessait ne pas entendre toujours, on peut affirmer qu'il traduit non-seulement avec exactitude, mais encore avec minutie cl scrupule, calquant autant qu'il est possible la phrase française sur la phrase chinoise, et suivant pas à pas son original. Il est même supérieur, sous ce rapport, au traducteur anglais d'un autre roman chinois, PVniun bien assortie, qui de son côté entend mieux les vers.

La conscience du lecteur étant mise en repos sur ce point, il peut chercher avec toute sécurité dans Les deux cousines une peinture des mœurs d'un grand peuple au moins aussi fidèle que celle que lui pré-

1 M. Stanislas Julien a donné une nouvelle traduction de ce roman. Paris, 18Mf? vol. in-12. Librairie Didier.

senterait le roman le plus historique: N'a-l:on pas dans celui dont je parle le spectacle de cette vie oisive, efféminée, corrompue, qu'une civilisation très-ancienne cl depuis longtemps immobile a faite au plus vieux peuple de la terre? Voyez ces lettrés qui, dans une bibliothèque élégante, entourés de livres et de fleurs, riment et boivent tour à tour ou conversent indolemment, un imperturbable sourire 'sur les fèvres. Voyez-lcs toujours graves et posés, même dans l'abandon de l’intimité, s’adresser froidement des révérences et des compliments sans fin. Voyez, sous cet air de politesse et de réserve, les plus basses passions triomphant sans combat, les plus honteuses manoeuvres employées sans hésitation et sans remords, ne déshonorant pas même quand elles échouent. Ne découvrezvous pas quelque chose de roide, de glacé, de compassé dans les mouvements et les discours de ces personnages? Un dirait qu'ils ne sont pas faits d'os et de chair, mais de bois ou de faïence. Uni ne sera curieux dépasser quelques moments au milieu de ce monde où » il serait insupportable de vivre? L'impatience même • qu’inspirent le flegme de ces êtres cauteleux cl douceâtres et l'impassible sécurité de leur pédanterie, cette impatience donne un vif sentiment de leur manière d'exister. Enfin, si l'on s’ennuie de leurs courbettes, de leur bavardage littéraire, de leurs petites allusions et de leurs épigrannnes émoussées, cet ç^inui même est instructif : il complète 1 illusion, il révèle le vide que

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recouvre cetle pâle élégance, la mort qui est sous cette ombre de vie.

Une chose me frappe en lisant ce roman, c’est combien ce qu’il nous montre nous ressemble et en même temps diffère de nous : c’est une civilisation complète comme la nôtre; c’est une hiérarchie administrative comme la nôtre; c'est une société oisive, corrompue et polie comme la nôtre; c'est de l'esprit subtil et de la conversation maniérée, de la poésie artificielle comme »

les nôtres ; ce sont des sentiments et des passions alambiqués comme les nôtres. Mais celte société, elle S . est immobile, et nous marchons ; mais cette hiérarchie, elle repose sur le principe tout oriental de l’omnipotence suprême de l’empereur fils du ciel, roi du . monde ; mais ce qui limite celte puissance, ce n’est ni une aristocratie, ni un clergé, ni la propriété ; c'est un corps de lettrés dont le lien est une doctrine purement morale et politique, cl qui se recrute par l'examen. Cette société, au lieu de parler politique, fait des vers et respire le parfum des marguerites; elle est pédante au lieu d'être galante, enferme les femmes et s’entoure de Jivres, attache plus de gloire à l’élude qu’à la guerre, à une thèse bravement passée qu’à un fait d'armes ; ses finesses et ses recherches de langage ont aussi un cachet tout particulier; et quant au sentiment dont les conditions et la nature sont le mieux fixées en Occident, l’amour n’cst-il pas là soumis à d’éuangcs

lois? D’abord ce qui louclie une beaulé, ce sont de brillants examens et des bouts-rimés, comme ailleurs d’héroïques aventures ; ce qui perd un soupirant, c'est de ne pas bien posséder ses classiques et de prononcer par exemple, dans un vers du Chi-Kiiig , Ko pour Koii. Mais que dirons-nous de ce singulier partage du sentiment chez nous le plus exclusif, qui fait que dans ce roman, comme daus plusieurs autres, le héros épouse, à leur grand contentement, les deux héroïnes, et avec leur agrément trouve encore moyen de récompenser la soubrette qui a servi ses amours? On pense rêver en lisant tout cela, et tout cela est à côté de ces conversations qu’on croirait tenues à Paris en 1852, si tout à coup une formule bizarre de politesse, une comparaison étrange, dite comme la chose la plus simple, ne venait vous avertir que vous n'èlcs pas chez vous cl vous renvoyer au bout du monde. Tel est sur moi le double effet du roman chinois. Par moments, je m'étonne de me sentir si complètement dépaysé ; un instant après je m'étonne encore plus de l'être si peu, et il me semble que ces deux impressions contraires me révèlent, mieux (pie quai que ce "soit, cette civilisation qui est ù la nôtre comme sont deux pôles similaires et opposés, deux lignes tirées parallèlement, ù une distance infinie1.

J'ai dit ce que sont 1 écriture et la langue des Clii-

1 Ici nous avons riii supprimer quelques phrases à l'aide desquelles M. Ampère rattachait la seconde partie de ses études à la première.

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nois; j'ai indiqué les principales branches de leur littérature, et, en particulier, celles dont la science habile de M. A. Rémusat nous a fait connaître quelques échantillons. Maintenant il nie reste à st^ivre mon docte guide dans les applications les plus importantes qu’il a faites de son savoir sinologiquc, d'abord à tout ce qui pouvait jeter quelque jour sur les connaissances des Chinois dans les sciences naturelles et les arts mécaniques ; secondement, aux recherches géographiques et historiques; enlin, ù I histoire de la philosophie et des religions.

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