DANS LE DIGNE ANIMAL ET DANS LE DÈGNE NEGÉTAL
Mon but est de montrer que les plantes possèdent comme les animaux, au degré ou à la forme près, la sensibilité, cet attribut essentiel de la vie.
Réunissant la sensibilité consciente, la sensibilité inconsciente, l’irritabilité, je crois établir, en m’appuyant de mes recherches nouvelles, que ce sont là trois expressions graduées d’une seule et unique propriété, la sensibilité, la possession de cette faculté commune démontrant l’unité fonctionnelle des êtres vivants, depuis-la plante la plus dégradée jusqu’à l’animal le plus élevé en organisation h
Les philosophes ne connaissent et n’admet-
1. Voy. Cl. Bernard, Leçons sur les phénomènes de la vie communs aux animaux et aux végétaux. Paris, 1878.
tent en général que la sensibilité consciente, celle qu’atteste le moi. C'est pour eux la modification psychique, plaisir, douleur, déterminée par les modifications externes. Une telle définition ne s'applique guère qu’à l’homme seul, puisqu’elle fait intervenir la conscience : le phénomène qu’elle caractérise est sans analogue, sans pair, on pourrait dire sans signification, dès que l’on sort du sujet pensant.
Les physiologistes se placent nécessairement à un autre point de vue. Il ne leur suffit pas de définir, ils doivent étudier le phénomène objectivement, sous toutes les formes qu’il revêt. Ils observent qu’au moment où un agent modificateur vient agir sur l’homme, il ne provoque point seulement le plaisir ou la douleur, il n’affecte pas seulement l’âme : il affecte le corps, il détermine d’autres réactions que les réactions psychiques, et ces réactions automatiques, loin d’être la partie accessoire du phénomène, en sont au contraire l’élément essentiel, persistant, survivant aux autres réactions chez l’homme même, seules saisissables chez les autres animaux.
Le nom de sensibilité désigne donc, aux yeux du physiologiste, l’ensemble des modifications de toute nature, déterminées dans l’être vivant par les stimulants, ou mieux l’aptitude à répondre par ces modifications à la provocation des stimulants.
Quand l’œil, l’oreille ou les papilles de la peau subissent l’action des agents physiques, vibration lumineuse, vibration sonore, vibration calorifique ou contact, la modification physiologique qu’ils subissent, le physiologiste doit l’appeler sensibilité. La sensation n’est qu’un élément de ce complexus qui peut faire défaut, les autres subsistant.
Le musicien qui déchiffre machinalement un morceau de musique, emporté dans une distraction qui voile sa conscience, reçoit l’impression lumineuse et réagit de la même manière, au phénomène psychique près, que lorsque son attention est éveillée.
Les choses se passent de même quand les aliments pénètrent dans l’estomac et viennent irriter la membrane muqueuse qui le tapisse : l’observateur dont le regard pourrait pénétrer
jusque-là verrait, comme l’a vu le docteur W. Beaumont, sur un Canadien dont l’estomac était resté ouvert à la suite d’une blessure d’arme à feu, il verrait, disons-nous, sous l’action des aliments ou de toute substance introduite dans la cavité, la muqueuse rougir, se tuméfier et se couvrir d’une sécrétion particulière. Voilà une réaction bien remarquable et bien évidente dont le moi n’a pas connaissance.
Il en est de même pour le cœur qui réagit à ses stimulants, sans que nous en soyons directement prévenus*.
Il en est encore ainsi de tous les mouvements organiques soustraits à notre connaissance et à notre volonté.
Dans tous ces exemples, la nature des réactions vitales est variable, la propriété de réagir est commune. En dehors du système nerveux, la propriété de réagir, identique au fond, appar^ tient à tous les tissus, à tous les éléments anatomiques de l’organisme. Les physiologistes, depuis Haller et Glisson, ont désigné par le