‹ La science expérimentale [electronic resource]Chapitre 17 sur 21 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

Pour le physiologiste, le cœur est l'organe central de la circulation du sang, et à ce titre c'est un organe essentiel à la vie; mais par un privilège singulier, qui ne s'est vu pour aucun autre appareil organique, le mot cœur est passé, comme les idées que l'on s'est faites de ses fonctions, dans le langage du physiologiste, dans le langage du poète, du romancier et de l'homme du monde, avec des acceptions fort différentes. Le cœur ne serait pas seulement un moteur vital qui pousse le liquide sanguin dans toutes les parties de notre corps qu'il anime;

le cœur serait aussi le siège et l'emblème des sentiments les plus nobles et les plus tendres de notre âme. L'étude du cœur humain ne serait pas uniquement le partage de l'anatomiste et du physiologiste; cette étude devrait aussi servir de base à toutes les conceptions du philosophe^ à toutes les inspirations du poète et de l'artiste.

Il s'agira ici, bien entendu, du cœur anatomique, c'est-à-dire du cœur étudié au point de vue de la science physiologique purement expérimentale; mais cette étude rapide que nous allons faire des fonctions du cœur devra-t-elle renverser les idées généralement reçues ? La physiologie devra-t-elle nous enlever des illusions, et nous montrer que le rôle sentimental que dans tous les temps on a attribué au cœur n'est qu'une fiction purement arbitraire ? En un mot, aurons-nous à signaler une contradiction complète et péremptoire entre la science et Tart, entre le sentiment et la raison?...

Je ne crois pas, quant à moi, à la possibilité de cette contradiction. La vérité ne saurait différer d'elle-même, et la vérité du savant ne sau-

rait contredire la vérité de l'artiste. Je crois au contraire que la science qui coule de source pure deviendra lumineuse pour tous, et que partout la science et l'art doivent se donner la main en s'interprétant et en s'expliquant l'un par l'autre. Je pense enfin que^ dans leurs régions élevées^ les connaissances humaines forment une atmosphère commune à toutes les intelligences cultivées^ dans laquelle l'homme du monde^ l'artiste et le savant doivent nécessairement se rencontrer et se comprendre.

Dans ce qui va suivre^ je ne chercherai donc pas à nier systématiquement au nom de la science tout ce que l'on a pu dire au nom de Fart sur le cœur comme organe destiné à exprimer nos sentiments et nos affections.

Je désirerais au contraire^ si j'ose ainsi dire^ pouvoir affirmer l'art par la science en essayant d'expliquer par la physiologie ce qui n'a été jusqu'à présent qu'une simple intuition de l'esprit. Je forme, je le sais, une entreprise trèsdifficile, peut-être même téméraire^ à cause de l'état actuel encore si peu avancé de la science des phénomènes de la vie. Cependant la beauté

de la question et les lueurs que la physiologie me semble déjà pouvoir y jeter^ tout cela me détermine et m'encourage. Il ne s'agira pas d'ailleurs de parler ici de la physiologie du cœur en entrant dans tous les détails d'une étude analytique expérimentale complète et impossible pour le moment : c'est une simple tentative^ et il me suffira d'exprimer mes idées physiologiques en les appuyant par les faits les plus clairs et les plus précis de la science. J'envisagerai ainsi la physiologie du cœur d'une manière générale^ mais en m'attachant plus particulièrement aux points qui me semblent propres à éclairer la physiologie du cœur de l'homme.

Avant tout, le cœur est une machine motrice vivante, une véritable pompe foulante destinée à distribuer le fluide nourricier et excitateur des

fonctions à tous les organes de notre corps. Ce rôl,e mécanique caractérise le cœur d'une manière absolue, et partout où le cœur existe^, quel que soit le degré de simplicité ou de complication qu'il présente dans la série animale, il accomplit constamment et nécessairement cette fonction d'irrigateur organique.

Pour un anatomiste pur, le cœur de l'homme est un viscère^ c'est-à-dire un des organes qui font partie des appareils de nutrition situés dans les cavités splanchniques. Tout le monde sait que le cœur (fig. 1 4) est placé dans la poitrine, entre les deux poumons, qu'il a la forme d'un cône dont la base est fixée par de gros vaisseaux qui charrient le liquide sanguin, et dont la pointe libre est inclinée en bas et à gauche, de façon à venir se placer entre la cinquième et la sixième côte au-dessous du sein gauche. Quant à la nature du tissu qui le compose, le cœur rentre dans le système musculaire : il est creusé à l'intérieur de cavités qui servent de réservoir au sang; c'est pourquoi les anatomistes ont encore appelé le cœur un muscle creux»

Dans le cœur de l'homme, on voit quatre

compartiments ou cavités : deux cavités for-

Fig. 14. Circulation du sang dans le cœur et dans le'poumon *

1. A, artère aorte sortant du cœur gauche ; P, artère pulmonaire partant du ventricule droit ; c, c', veines caves inférieure et supérieure se rendant dans l'oreillette droite; p, p', veines pulmonaires droite et gauche se rendant dans l'oreillette gauche ; o, oreillette gauche; o', oreillette droite;

ventricule droit; ^, ventricule gauche.

ment la partie supérieure ou base du cœur^ appelées oreillettes et recevant le sang de toutes les parties du corps au moyen de gros tuyaux nommés veines; deux cavités forment la partie inférieure ou la pointe du cœur y appelées ventricules et destinées à chasser le liquide sanguin dans toutes les parties du corps au moyen de gros tuyaux nommés artères.

Chaque oreillette du cœur communique avec le ventricule qui est au-dessous d'elle du même côté; mais une cloison longitudinale sépare latéralement les oreillettes et les ventricules^ de telle sorte que le cœur de l'homme^ qui est réellement double, se décompose en deux cœurs simples formés chacun d'une oreillette et d'un ventricule^ et situés l'un à droite^ l'autre à gauche de la cloison médiane.

Chaque cavité ventriculaire du cœur est munie de deux soupapes appelées valvules. L'une placée à l'orifice d'entrée du sang de l'oreillette dans le ventricule, est nommée valvule ai/ncu/oventriculaire ; Fautre^ située à l'orifice de sortie du sang du ventricule par l'artère^ s'appelle valvule sigmoïde.

Le cœur de Thomme, ainsi que celui des mammifères et des oiseaux^ est donc un cœur anatomiquement double et composé de deux cœurs simples, appelés l'un le cœur droite l'autre le cœur gauche. Chacun de ces cœurs a un rôle bien différent. Le cœur gauche, nommé encore cœur à sang rouge, est destiné à recevoir dans son oreillette par les veines pulmonaires le sang pur et rutilant qui vient des poumons, pour le faire passer ensuite dans son ventricule, qui le lance dans toutes les parties du corps, où il devient impur et noir. Le cœur droit, appelé aussi cœur à sang noir^ est destiné à recevoir dans son oreillette par les veines caves le sang impur qui revient de toutes les parties du corps et à le faire passer ensuite dans son ventricule pour le lancer dans le poumon, où il devient pur et rutilant. En un mot, le cœur gauche est le cœur qui préside à la distribution du liquide vital dans tous nos organes et dans tous nos tissus, et le cœur droit est lecœur qui préside à la révivification du sang dans les poumons, pour le restituer au cœur gauche, et ainsi de suite (fig. 15).

Fig. 15. Appareil de la grande et de la petite circulations.

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