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RUE HAUTEFEUILLE , PRÈS DU BOULEVARD SAINT - GERMAIN

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No.

M. Dumas, vice-président du Conseil supérieur de Tlnstruction publique , secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences^ membre de l'Académie française , a prononcé aux funérailles de M. Claude Bernard, le 16 Sévrier 1878, le discours suivant : ■

Messieurs,

^ Le Conseil supérieur de l'Instruction pu- '^'^^bliqae réclame une large part du deuil qui ^\ frappe si douloureusement l'Université , l'Institut et la France ; lorsqu'on voit s'é-

'NEW YORK UNIVERSITY IISHM SQUiyï CaiiEfiE

6 ^ DISGÔURS DE M. DUMAS

teindre une des grandes lumières du pays, il perd toujours un des siens, et le Ministre éminent qui le préside a voulu que je vienne en son nom déposer sur cette tombe Fexpression de nos regrets.

Claude Bernard que nous pleurons, s'était placé par son rare génie et par ses brillantes découvertes à cette hauteur où Ton cesse d'appartenir exclusivement à une compagnie et même à une nation, pour prendre rang dans le concert de la science universelle ; vivant, sa gloire avait franchi l'espace, elle était acclamée par le monde entier ; mort, elle bravera le temps et ses outrages.

Après Lavoisier, Laplace, Bichat, Magendie, qui lui avaient ouvert la route, Claude Bernard a épuisé ses forces à son tour à l'étude du grand mystère de la vie, sans prétendre à pénétrer toutefois son origine et son essence. L'astronome ignore la cause de l'attraction universelle et n'en calcule

pas moins avec certitude la marche des astres qu'elle soutient dans l'espace et dont elle dirige le cours. Claude Bernard avait jugé qu'il est permis de même, au physiologiste^ d'expliquer les phénomènes de la vie, au moyen de la physique et de la chimie qui exécutent, quoique la vie et la pensée, qui dirigent, demeurent hors de sa portée.

La physique animale n'était-elle pas fondée en effet, dès que Lavoisier et Laplace eurent prouvé que la respiration est une combustion, source de la chaleur qui nous anime? Ce flambeau de la vie qui s'allume, cette flamme de la vie qui s'éteint, expressions poétiques heureuses de l'antiquité, ne devenaient-elles pas des vérités philosophiques , auxquelles il a été donné à Claude Bernard d'ajouter le dernier trait ?

L'anatomie générale n'était-elle pas née le jour où Bichat définissait la vie : « l'en-

DISCOURS DE M. DUMAS

semble des fonctions qui résistent à la mort? » Sans en révéler la secrète nature, n'apprenait-il pas à préciser les formes que la vie revêt dans chacun des éléments dont se composent nos tissus, à considérer comme l'expression sensible de la vie, ces mouvements de destruction et de rénovation dont ils sont le théâtre ; leur arrêt comme le signe certain de la mort?

Magendie n'ouvrait-il pas enfin la route à la physiologie expérimentale , devenue entre les mains de Claude Bernard, son élève, une science nouvelle ? Empruntant à la physique et à la chimie ses instruments et ses méthodes, sans oublier que les forces dont elles disposent vont s'exercer sur des êtres doués de vie, n'est-ce pas Claude Bernard qui l'a portée au rang des sciences exactes et qui la laisse rivalisant de certitude et d'autorité avec celles qui opèrent sur la matière brute ?

Parmi tant de découvertes, auxquelles

son nom demeure attaché^ quelle merveille de sagacité et d'analyse que ce travail à jamais célèbre et depuis longtemps populaire où, donnant un corps certain à la pensée de Bichat, il fait voir dans le muscle qui se contracte^ dans le nerf qui le met en mouvement, dans Télément nerveux sensitif et dans l'élément moteur, autant de modes distincts de la vie, pouvant coexister, mais aussi pouvant mourir séparément et comme en détail !

Quel physiologiste ne serait fier d'avoir découvert la véritable fonction du foie, problème qui depuis l'antiquité la plus haute jusqu'à nos jours avait excité, mais en vain, la curiosité de toutes los écoles médicales ? Quel chimiste n'eiit considéré comme un fleuron à sa couronne, cette analyse hardie et savante par laquelle Claude Bernard découvre, dans cet organe énigmatique, une matière propre à se changer en sucre, un ferment capable d'en opérer la conversion,

DISCOURS DE M. DUMAS

une source enfin qui verse sans cesse du sucre dans le sang ?

Mais, je m'arrête et je laisse à des voix plus autorisées le droit d'exposer dans toute leur fécondité les découvertes que nous devons à Fillustre physiologiste que nous venons de perdre.

S'il était permis d'éteindre, tout à coup, les lumières que la science de la vie emprunte aux travaux de Lavoisier, de Laplace, de Bichat , de Magendie et de Claude Bernard, Tesprit humain reculerait de dix siècles.

Les phénomènes physiques de la vie n'ont plus d'inaccessibles secrets. Les problèmes qui s'y rapportent ont tous été abordés par Claude Bernard avec confiance, poursuivis avec obstination. Il en est peu qu'il n'ait résolus, et dont il n'ait ramené la solution, à force de génie, à ces formules élégantes et simples où l'imagination du poëte se mêle à la rigueur de la géométrie.

La France perd en Claude Bernard un de ses fils les plus illustres ; la science un de ses représentants les plus respectés: nous tous, un confrère aimé, dont le commerce plein de charme et de douceur , après lui avoir acquis Funiverselle sympathie, assure à sa mémoire un éternel regret.

En ce moment où des coups répétés nous frappent , où nous perdons en quelques mois, Brongniart, Balard, Le Verrier, Becquerel, Begnault, Claude Bernard, et quand la science française, presque décapitée , a besoin de tourner vers l'avenir des regards d'espérance, les pouvoirs publics ont voulu que les honneurs réservés aux capitaines qui se sont illustrés en défendant la patrie, aux politiques qui en ont dirigé les destinées à travers les écueils, fussent aussi rendus au génie de l'étude. Ce n'est pas en vain que ce grand spectacle aura été déployé en face de nos écoles. Une noble émulation, troublant les jeunes âmes qui le con~

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templent émues, ira réveiller leur ardeur, leur inspirer l'amour de la vérité, l'ambition de la gloire et le dédain de la fortune.

Les forces morales de la France semblent menacées ; préparons des successeurs à ces grands hommes, presque tous enlevés avant l'heure! Ouvrons la route à leurs émules, à ces génies naissants que nos vœux appellent et que réclament nos rangs décimés.

Claude Bernard s'écriait, au souvenir des misères que tous les savants ses contemporains ont partagées : « L'étude de la physiologie exige deux choses : le génie qui ne se donne pas et les ressources matérielles qu'un vote des pouvoirs publics suiïirait à lui assurer. La physiologie française ne réclame que des moyens de travail, le génie qui les mettrait à profit ne lui a jamais manqué. » Toutes les sciences pourraient tenir le même langage.

Adieu j Claude Bernard, vous que les

honneurs ont toujours été chercher et qui n'en avez jamais réclamé aucun, votre cri suprême sera entendu par le ministre de l'instruction publique qui vous accompagne à votre dernière demeure. La pompe inusitée de vos funérailles apprendra de quels respects il veut que les sciences soient entourées. Votre vie laborieuse et modeste restera comme un salutaire exemple; votre mort, glorifiée de tout un peuple, comme un enseignement.

Du sein de la vie éternelle, dont le secret vous a été révélé désormais, si votre modestie s'étonne des honneurs qui vous sont rendus, votre génie s'en reconnaît digne et votre patriotisme les accepte comme une promesse d'avenir et un gage de grandeur future pour la science française.

La science expérimentale vient de perdre son plus éminent maître : M. Claude Bernard, membre de l'Académie des sciences et de l'Académie française^ professeur au Collège de France et au Muséum d'histoire naturelle, est mort, hier soir, à la suite d'une longue et douloureuse maladie.

Le temps et la liberté d'esprit nous manquent aujourd'hui pour apprécier l'œuvre de cet homme de génie : une de nos Revues scientifiques lui sera sous peu consacrée, et ce terrain paraîtra bien étroit pour le déploiement de tant de découvertes. Nous ne pouvons actuellement que dire quelques

mots de son histoire et du rôle qu'a joué dans révolution des sciences expérimentales son initiative puissante.

Claude Bernard, né à Saint-Julien, près de Villefranche (Rhône), le 12 juillet 1813, arriva à Paris en 1832,/n'apportant guère comme bagage qu'une tragédie qui ne fut jamais jouée, et qu'une comédie-vaudeville qui avait eu quelque succès sur un petit théâtre de Lyon. Saint-Marc Girardin, alors suppléant de Guizot à la Sorbonne, auquel il présenta ces premiers essais, lui conseilla ce d'apprendre un métier pour vivre, quitte à faire ensuite de la poésie à ses heures » : certes, il ne se doutait guère d'avoir devant lui un futur collègue de l'Académie française. Le jeune Claude Bernard obéit à ce sage avis, et prit ses inscriptions à la Faculté de médecine.

Bien qu'il eût obtenu en 1 839 le titre d'interne des hôpitaux, ce n'était rien moins qu'un élève brillant. Ses camarades ne soup-

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çonnaient pas ce que recelait en son vaste front cet étudiant silencieux, peu attentif aux leçons des maîtres, et dont le calme méditatif était volontiers taxé par eux de paresse. Ce fut une révélation dont le souvenir est souvent exprimé par ceux qui survivent que ces publications sur le suc gastrique, la corde du tympan, le nerf pneumogastrique et le nerf spinal qui, tout à coup, signalèrent au monde savant un expérimentateur ingénieux et sagace, servi par une rare habileté opératoire.

Les leçons de Magendie avaient opéré cette révolution. Dès qu'il eut mis le pied dans le laboratoire du Collège de France, sa voie fut tracée. L'expérimentation hardie, bien qu'un peu désordonnée, du célè* bre physiologiste, sa critique impitoyable, son scepticisme qui s'étendait jusqu'à ses propres découvertes, firent une impression profonde, créatrice, pour ainsi dire, sur l'esprit du jeune Claude Bernard. Mais l'élève.

bien autrement puissant que le maître, ne prit de cet enseignement que ses qualités d'indépendance, et sut maintenir le doute dans les limites scientifiques. Au dédain profond pour les explications vraisemblables où se bercent les chimères séduisantes, il sut joindre sans effort le respect des faits accumulés par la tradition, la crédulité sincère en face de l'inattendu, souvent gros de découvertes, l'estime de l'hypothèse qui cherche et de la théorie qui coordonne, sans leur jamais attribuer de vie personnelle ou d'autorité ; enfin, et c'est ce qui le distingue surtout de Magendie et ce qui lui a donné un caractère tout personnel, l'amour de la certitude, le sentiment profond de la loi, l'inébranlable assurance que, si les conditions de la manifestation des phénomènes vitaux sont infiniment multiples, complexes, difficiles à saisir, à rassembler, à dominer expérimentalement, elles n'en sont pas moins sûre-

PAR M. PAUL BERT

ment, impassiblement liées à ces phénomènes, sans qu'aucun élément étranger, extranaturel, sans que nul quid divinum puisse être invoqué pour l'explication des apparentes irrégularités spontanées qu'ils présentent.

C'est en ce point capital que se marqua, dès les premiers moments de sa vie scientifique, la supériorité de Claude Bernard.

L'élève du sceptique Magendie est l'introducteur du déterminisme dans le domaine de la physiologie. Grâce à lui, la méthode expérimentale, qui, si Ton en respecte les règles, mène à la certitude dans les sciences de la matière morte, a pris la même autorité dans celles des êtres vivants. Il n'y a pas deux ordres de sciences, les unes fières et assurées, les autres hésitantes et timides, les unes sûres de commander seules et d'être obéies seules par l'expérience, les autres toujours en crainte d'une intervention inconnue dans son essence, sa force et son but.

Et les efforts ne furent pas petits qu'il fallut déployer pour bannir du terrain de la physiologie cette inconnue menaçante. Le plus célèbre des physiologistes français, Bichat, lui avait donné droit de cité. Et depuis lui, chacun avait cru devoir compter avec cette puissance capricieuse, avec ces fonctions vitales, dont le rôle était de résister aux lois générales delà matière^ et qui faisaient ainsi des actes accomplis par les êtres vivants une série de miracles. Certes, Magendie n'était pas homme à se laisser intimider par ce fantôme ; mais, ou bien il simplifiait systématiquement et artificiellement les faits, pour ne les dominer que d'une manière incomplète, ou bien la multiplicité des conditions auxquelles obéissent les phénomènes vitaux lui enlevait toute confiance théorique en la conclusion. Or, sans conclusions point de science. Claude Bernard se montra donc, et cela, nous le répétons, presque dès ses débuts, supérieur à la fois h

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Magendie et à Bichat, puisqu'au sentiment de l'innombrable multiplicité des inconnues physiologiques il joignait celui de leur subordination aux lois générales de la matière, et par suite de leur obéissance aux appels delà méthode expérimentale.

La physiologie pouvait donc pousser ses racines dans le sol ferme où se sont implantées ses sœurs aînées, la physique et la chimie. Cependant la complexité des problèmes qu'elle comprend exigeait que les règles de la méthode expérimentale fussent exposées sous des formules spéciales^ en vue des procédés intellectuels et manuels qui lui sont spécialement applicables. La réalisation de cette œuvre a préoccupé Claude Bernard pendant toute la première phase de sa vie scientifique. Mais Fentraînement du laboratoire, la chasse aux découvertes, absorbait tous ses instants, si bien qu'il ne pouvait démontrer la méthode

qu'à la façon dont Diogène démontrait le mouvement.

Et jamais chasse aux découvertes ne fut plus fructueuse. En vingt ans, Claude Bernard a plus trouvé de faits dominateurs, non-seulement que les physiologistes français qui, peu nombreux, travaillaient à ses côtés, mais que l'ensemble des physiologistes du monde entier. L'action des diverses glandes digestives et notamment du pancréas, la glycogénie animale, la production expérimentale du diabète, l'existence des nerfs vaso-moteurs et la théorie de la chaleur animale. Faction des poisons étudiés en eux-mêmes et comme moyen d'analyse des phénomènes physiologiques, l^innombrable quantité de faits nouveaux, de déductions sagaces, d'aperçus ingénieux et suggestifs que contiennent non-seulement ses mémoires spéciaux, mais les quatorze volumes où, depuis ses Leçons de physiologie expérimentale appliquée a la

PAR M. PAUL BERT

médecine (1855-56), jusqu'à ses Leçons sur le diabète et la glycogénèse animale (1 877) , il rassemblait chaque année le résultai de ses recherches et le résumé de ses cours, lui avaient donné une situation de maître, acceptée sans conteste en France et à I Fétranger.

11 avait également, dans la hiérarchie officielle, atteint le premier rang. En 1854, une chaire de physiologie générale fat créée pour lui à la Sorbonne, chaire qu'avec un désintéressement et une délicatesse admirables il abandonna en 1868 à son élève M. Paul Bert; en 1855, il remplaça Magendie dans la chaire de médecine du Collège de France. Entré à FAcadémie des sciences en 1854, il fut appelé en 1868 à remplacer Flourens à FAcadémie française. Enfin ,^ ua décret de 1869 le fît entrer au Sénat : et il est à peu près le seul des membres de cette assemblée auquel jamais personne n'ait songé à faire reproche d'une

nomination qui le surprit étrangement.

Quelques années avant que les honneurs inattendus de la littérature et de la politique fussent ainsi venus le trouver dans son laboratoire, un événement considérable s'était passé dans sa vie. Une maladie longue et grave j pendant laquelle ses amis et lui désespérèrent de l'issue favorable, le condamna à rinactivité physique. Il dut quitter son laboratoire, quitter Paris même, et redemander au pays natal, non en vain, la santé et la vie. Ces longs mois d'isolement et de repos rendirent à son esprit toute sa liberté. Pour la première fois, il eut le temps de méditer et de mettre en ordre, sur le papier, le résultat de ses réflexions solitaires. Une courte préface, déjà imprimée en épreuves, et qui devait précéder une sorte de traité de physiologie opératoire qui reste encore en préparation, s'agrandit par des additions successives, prit les dimensions d'une brochure, puis

PAR M. PAUL BERT

d'un livre, qui vit le jour en 1865. \J Introduction à V Étude de la médecine expéri-mentale frappa d'étonnement et d'admiration les esprits cultivés. Les physiologistes y trouvèrent avec bonheur, réduites en formules précises, ordonnées avec un art merveilleux, éclairées par des exemples qui étaient eux-mêmes comme autant d'expériences intellectuelles, les règles de la méthode expérimentale, surveillant, saisissant, maîtrisant, malgré ses efforts, le Protée organique aux métamorphoses trompeuses.

Ceux que ne préoccupaient pas surtout les difficultés professionnelles furent frappés de la grandeur des problèmes étudiés, de la clarté de leur exposition, de Taisance et de la bonne foi avec laquelle ils étaient ou résolus ou démontrés insolubles. Le style même en fut fort remarqué; sa saveur originale mit en goût jusqu'à l'Académie française : c< Vous avez créé un style, » dit dans son discours de réception

CLAUDE BERNARi)

le sévère M. Patin. Et c'était vrai. Mais combien eût été étonné le vénérable critique s'il avait lu ces livres antérieurs où Claude Bernard se contentait d'énumérer, dans une narration souvent peu ordonnée, ses impressions de laboratoire ! Chez ce maître éminent et naïf, qu'aucune préoccupation de mise en scène ne hanta jamais, le style parlé ou écrit valait ce que valait ridée. Dans la narration épisodique, on le trouve souvent traînant et confus; mais qu'un problème difficile se pose, que la pensée soit forcée de se replier comme pour vaincre un obstacle ou prendre un élan, alors il se serre, s'épure, s'accentue en formules précises, souvent en paroles imagées*

Tel il était dans ses livres, tel Claude Bernard dans ses cours, dans ses conversations. Sa pensée n'était point docile à parler toutes les langues et jouer tous les rôles; et jamais il ne fit rien pour la disci-

PAR M. PAUL BERT

pliner à quelque convention d'habitudes sociales ou de métier. Que si elle s'échappait, il la suivait sans révolte, laissant là le discours languissant, la leçon confuse, et ne prêtant plus l'oreille qu'à ce qu'elle lui disait tout bas; mais si elle s'intéressait à la chose actuelle, alors ce professeur ou ce causeur, tout à l'heure pénible et diffus, se réveillait vivant, ingénieux, clair, éloquent, avec des mouvements surprenants et soudains, et toujours avec les deux qualités du vrai génie, l'aisance et la bonne foi.

Et nul ne les posséda à un plus haut degré. Cette aisance à s'élever sur les hauts sommets, à se mouvoir parmi les difficultés les plus ardues, a frappé surtout les lecteurs de ses admirables articles de la Revue des Deux-Mondes. On pouvait dire de lui ce que le poëte disait de la déesse : incessu patuit. Un homme éminent, au sortir de ces lectures, me disait un jour : « Il ne me fait pas seulement croire que je comprends,

comme vous faites tous; il me fait réellement comprendre. » Et^ de fait, il avait compris. Cette aisance, il Timportait de ses habitudes physiologistes dans le domaine philosophique. Nul ne fit jamais plus simplement, plus naïvement une découverte.

Dans cette phase première de la chasse aux idées, comme disait Helvétius, qui consiste à voir et lever le gibier, il apportait une sûreté de vue, une perspicacité étonnante. La plupart des chercheurs scientifiques sont des espèces de somnambules qui ne voient que ce qu'ils cherchent, que ce qui est sur la trace de leurs idées; leur œil est fixé sur un point, et non-seulement ils ne perçoivent pas ce qui passe à côté de ce point, mais même ce qui s'y présente sans avoir été prévu. Claude Bernard semblait, suivant l'expression d'un de ses élèves, avoir des yeux tout autour de la tête, et c'était avec stupéfaction qu'on le voyait, au cours d'une expérience^ signaler des phénomènes évi-

PAR M. PAUL BERT

dents, mais que personne, hormis lui, n'avait aperçus. 11 découvrait comme les autres respirent.

Avec Faisance, la bonne foi. Ce fut sa qualité maîtresse. Jamais il ne se départit de la sincérité profonde de l'homme de science^ qui doit chercher la vérité pour elle et pour les vérités qui la suivent, sans s'inquiéter jamais des conséquences lointaines ou indirectes qu'en voudront tirer ceux qui, semblables à des avocats, ont une cause à défendre. Nul ne fut plus passif dans la déduction, et ne l'exprima avec une sincérité plus candide. De là vient que ses écrits peuvent et ont pu servir, à tour de rôle, à tous les souteneurs de thèses. Que s'il expose le déterminisme cérébral des actes intellectuels, les matérialistes le compteront parmi les leurs ; que s'il déclare qu'entre la pensée et le cerveau il y a le même rapport qu'entre l'heure et l'horloge, les spiritualistes le voudront enrôler. En

réalité, il n'est que physiologiste^, livrant des faits nouveaux qui viennent rajeunir Téternelle dispute des spéculateurs.

C'est cette admirable bonne foi, qui, dans le domaine restreint de la physiologie et de la médecine, explique l'apparente contradiction entre sa foi scientifique et son incrédulité pratique. Il eut toujours au plus haut degré ce double sentiment, que la physiologie sera la base nécessaire d'une médecine sûre d'elle-même, et que la physiologie actuelle est encore bien éloignée de fournir quelque certitude pratique. Ses propres découvertes, il en sentait toute l'importance comme fondements de l'édifice médical, mais il ne partageait pas les illusions de ceux qui, avec un empressement dont il a bien souvent souri, les transportaient dans le domaine des applications cliniques ou thérapeutiques. Ce sentiment des distances, qui eut découragé de moins vaillants, ne lemouvait nullement, et il n'avait pas be-

PAR M. PAUL BERT

soin, pour être fort et persévérant, de l'enivrement des illusions. Aussi, lui qui enseignait que la médecine est ou doit être une science, se montrait-il fort sceptique au regard des médecins, et, quand il en parlait, il semblait toujours que l'ombre de Sganarelle passât devant lui.

U Introduction à V Étude de la médecine expérimentale marque dans la vie de Claude Bernard une phase nouvelle. De là datent ces écrits philosophiques qui lui ont fait ouvrir les portes de l'Académie française. De là, des livres [Recherches sur les propriétés des tissus vivants^ Leçons de pathologie expérimentale^ etc.) où le groupement des faits prend le pas sur les constatations de détail, et où il s'efforce, reprenant en sous-œuvre ses découvertes anciennes, d'en amener Fétude à toute la précision et la perfection que peuvent comporter les moyens d'action de la science actuelle.

Ce n'est pas à dire qu'il s'écartât complé-

temerit de ces régions de rinconnu où il avait fait jadis de si riches moissons. Ses derniers travaux sur l'identité fondamentale des propriétés de tissu et des fonctions élémentaires dans le règne animal et le règne végétal, sur Panesthésie par le chloroforme ou Téther des végétaux inférieurs, et par suite sur la généralité d'action des substances toxiques, montrent que l'esprit créateur était vivant en lui.

De nouvelles découvertes devaient, cette année, fournir une preuve nouvelle de sa fécondité agissante. Ses amis, ses élèves en ont reçu la confidence incomplète, et il résulte des quelques paroles qui lui sont échappées que la théorie des fermentations allait recevoir de ces recherches, exécutées pendant les vacances dernières, des clartés inattendues. Ce travail considérable, dont, il y a quatre jours, il disait encore : a C'est dommage, c'eût été bien finir», est perdu pour la science.

PAR M. PAUL BERT

Le 31 décembre, le froid le saisit dans le laboratoire du Collège de France; bientôt survinrent les frissons, la fièvre et les phénomènes spéciaux, signes d'une inflammation rénale. Rien ne put enrayer la marche d'un mal dont il suivait tous les progrès. Sans illusion sur la fatalité de la catastrophe, il Fenvisageait d'un œil calme, se refusant avec un sourire aux pieux mensonges de sa famille scientifique. Il était de ceux dont le regard ne s'effraye pas de l'inconnu.

Les sentiments personnels doivent se taire dans cet immense deuil de la science. Et cependant, ce n'est pas seulement la perte d'un grand homme qui mouille les yeux de ceux qui entourent son cercueil : tant de bienveillance, de simplesse d'âme, de générosité naïve étaient unies à ce génie ! Il en est dont la main tremble en essayant d'esquisser quelques traits de ce noble et grand caractère.

Rien dans cette vie si pure, si harmoni--

que, n'a été détourné du but principal. Épris de littérature, d'art et de philosophie, Claude Bernard n'a rien perdu comme physiologiste à ces nobles passions : toutes, au contraire, lui ont servi dans le développement de la science avec laquelle il s'était identifié, et dont il reste l'expression la plus complète et la plus élevée. Il fut physiologiste comme nul ne l'avait été : c< Claude Bernard, disait un savant étranger, n'est seulement point un physiologiste, c'est la physiologie. »

Sa mort elle-même semble marquer pour la science une ère nouvelle. Pour la première fois dans notre pays, un homme de science va recevoir les honneurs publics, réservés jusqu'ici aux illustrations politiques ou guerrières. Le gouvernement s'est honoré hier en demandant aux Chambres, qui l'ont accordé à l'unanimité, de faire aux frais de l'État des funérailles solennelles au maître qui n'est plus. Et le mot de

PAR M. Î'AUL BERT. 35

M. Gambetta, parlant au nom de la commission du budget, résume tout ce que nous avons dit : «La lumière qui vient de s'éteindre ne sera pas remplacée. »

Paul Bert.

Paris, le 12 février 1878.

La méthode expérimentale^ qui depuis longtemps est appliquée avec tant de succès à Fétude des phénomènes des corps bruts, tend de plus en plus aujourd'hui à s'introduire dans l'étude des phénomènes des êtres vivants ; mais beaucoup de savants doutent encore de son utilité réelle, et il en est qui croient que la spontanéité vitale sera toujours un obstacle insurmontable à l'application d'une méthode commune d'investigation dans les sciences physiologiques et dans les sciences physico-chimiques.

Les corps bruts étant tous dépourvus de spontanéité^ les manifestations de leurs propriétés demeurent enchaînées d'une manière absolue aux variations des circonstances qui les environnent, ce qui permet à l'expérimentateur de les atteindre facilement et de les modifier à son gré.

Les êtres vivants, étant au contraire doués de spontanéité, nous apparaissent comme s'ils étaient tous pourvus d'une force intérieure qui rend les manifestations de la vie d'autant plus indépendantes des variations des influences extérieures que l'être s'élève davantage dans l'échelle de l'organisation. Chez l'homme et chez les animaux supérieurs, cette force vitale semble avoir pour résultat de soustraire le corps vivant aux influences physico-chimiques générales et de le rendre ainsi tout à fait inaccessible aux procédés ordinaires d'expérimentation. D'un autre côté, tous les phénomènes des animaux vivants sont reliés par la sensibilité et maintenus par elle dans une harmonie réciproque telle qu'il paraît impossible de séparer une partie de leur organisme sans amener immédiatement un trouble dans tout son ensemble.

Beaucoup de médecins et de naturalistes ont exploité ces divers arguments pour s'élever contre l'emploi de l'expérimentation chez les êtres vivants. Ils ont admis que la force vitale était en opposition avec les forces physico- chimiques, qu'elle dominait tous les phénomènes de la vie, les assujettissait à des lois tout à fait spéciales^et faisait de l'organisme un tout vivant auquel l'expérimentateur ne pouvait toucher sans détruire le caractère de la vie même. Cuvier, qui a partagé cette opinion^ et qui pensait que la physiologie devait être une science d'observation et de déduction anatomique^ s'exprime ainsi : <( Toutes les parties d'un corps vivant sont liées; elles ne peuvent agir qu'autant qu'elles agissent toutes ensemble. Vouloir en séparer une de la masse, c'est la reporter dans l'ordre des substances mortes^ c'est en changer entièrement l'essence \ »

Si les objections précédentes étaient fondées^ il faudrait reconnaître^ ou bien qu'il n'y a pas de déterminisme possible dans les phénomènes de

1. Lettre de Cuvier à J^-C* Mertrud, Leçons cTanatomie comparée^ p. 5» Paris, an viii*

la vie, ce qui serait nier purement et simplement la physiologie expérimentale^ ou bien il faudrait admettre que la force vitale doit être étudiée suivant une méthode particulière, et que la science des corps vivants doit reposer sur d'autres principes que la science des corps inertes.

Ces idées^ qui ont été florissantes à d'autres époques, s'évanouissent aujourd'hui déplus en plus sous l'influence des progrès de la physiologie. Cependant il importe d'en extirper les derniers germes^ parce que ce qui reste encore de ces idées dans certains esprits constitue un véritable obstacle à la marche de la science physiologique et de la médecine expérimentale. Je me propose de démontrer que les phénomènes des corps vivants sont, comme ceux des corps bruts^ soumis à un déterminisme absolu et nécessaire. La science vitale ne peut employer d'autres méthodes ni avoir d'autres bases que celles de la science minérale, et il n'y a aucune différence à établir entre les principes des sciences physiologiques et ceux des sciences physico-chimiques.

La spontanéité dont jouissent les êtres vivants n'empêche pas le physiologiste de leur appliquer la méthode expérimentale ^ En effet, malgré cette spontanéité^ les êtres vivants ne sont pas indépendants des influences du monde e^:térieur, et leurs fonctions sont constamment liées à des conditions qui en règlent l'apparition d'une manière déterminée et nécessaire.

Dès qu'on entre dans l'étude des mécanismes propres aux phénomènes de la vie^ on s'aperçoit bientôt que la spontanéité apparente dont jouissent les corps vivants n'est que la conséquence toute naturelle de certaines circonstances bien déterminées, et il nous sera facile de prou-

1. Je renvoie le lecteur, pour la démonstration technique de ces considérations, à mon ouvrage : Introduction à r étude de la médecine expérimentale. Paris, 1865.

ver qu'au fond les manifestations des corps vivants, aussi bien que celles des corps bruts, sont rattachées à des conditions d'ordre parement physico-chimique. Nous ajouterons que le problème que se posent le physiologiste et le médecin expérimentateur n'est point de remonter a la cause première de la vie, mais seulement d'arriver à la connaissance de ces conditions physico-chimiques déterminantes de l'activité vitale.

Notons d'abord que l'indépendance de l'être vivant dans le milieu cosmique ambiant n'apparaît que dans les organismes complets et élevés.

Dans les êtres inférieurs réduits à un organisme élémentaire, tels que les infusoires, il n'y pas d'indépendance réelle. Ces êtres ne manifestent les propriétés vitales, souvent très-actives,dont ils sont doués que sous l'influence de l'humidité, de la lumière, de la chaleur extérieure, et dès qu'une ou plusieurs de ces conditions viennent à manquer, la manifestation vitale cesse, parce que les phénomèneb physicochimiques qui lui sont parallèles s'arrêtent.

Beaucoup de ces animaux tombent alors dans un état de vie latente qui n'est autre chose qu'un état d'indifférence chimique du corps organisé yis-à-vis du monde extérieur. Cette suspension complète des manifestations apparentes de la vie est susceptible de durer un temps en quelque sorte indéfini. Spallanzani a vu la vitalité reparaître sous l'influence d'une goutte d'eau chez des anguillules du blé niellé^ inertes et desséchées depuis près de trente ans \ Dans ce cas l'eau^ restituée au corps, y a simplement fait reparaître les phénomènes chimiques^ et a permis aux tissus de manifester leurs propriétés vitales.

Dans les végétaux^ les phénomènes de là vie sont également liés quant à leurs manifestations aux conditions de chaleur, d'humidité et de lumière du milieu ambiant, et c'est ce qui constitue l'influence des saisons, que tout le monde connaît.

1 . Spallanzani , Observations et expériences sur quelques animaux surprenans que Vohservateur peut à son gré faire passer de la mort à la vie. Œuvres, in-S», p. 203,

Il en est de même pom^ les animaux à sang froid; les phénomènes de la vie s'engourdissent ou se réveillent chez eux^ suivant les mômes conditions climatériques de chaleur, de froid, d'humidité^ de sécheresse.

Or l'eau, la chaleur, l'électricité, sont aussi les excitants des phénomènes physico-chimiques, de telle sorte que les influences qui provoquent accélèrent ou ralentissent les manifestations vitales chez les êtres vivants sont exactement 1 is mêmes que celles qui provoquent, accélèrent ou ralentissent les manifestations minérales dans les corps bruts.

Loin de voir, à l'exemple des vitalistes, une sorte d'opposition ou d'incompatibilité entre les conditions des fonctions vitales et les conditions des actions minérales, il faut au contraire constater entre ces deux ordres de phénomènes un parallélisme complet et une relation directe et nécessaire.

Cette relation est plus étroite chez les êtres inférieurs, chez les végétaux et chez les animaux à sang froid; mais chez l'homme et chez les autres animaux à sang chaud il y a en gé-

néral une indépendance évidente entre les fonctions de l'organisme et les conditions du milieu ambiant. Les phénomènes vitaux ne subissent plus dans leurs manifestations l'influence des alternatives des saisons ni celle des variations cosmiques. Par suite d'un mécanisme protecteur plus complet, l'animal possède et maintient en lui, dans un milieu intérieur qui lui est propre, les conditions d'humidité et de chaleur nécessaires aux manifestations des phénomènes vitaux. L'organisme de l'animal à sang chaud étant suffisamment protégé n'entre que trèsdifficilement en équilibre avec le milieu extérieur : il garde en quelque sorte ses organes en serre chaude, il leur conserve ainsi leur activité vitale. C'est de même que nous voyons, dans les serres de nos jardins, se manifester une activité vitale végétative indépendante des chaleurs et des frimas extérieurs, mais liée cependant d'une manière intime et nécessaire aux conditions physico-chimiques de l'atmosphère intérieure de la serre.

Les manifestations de la vie que nous observons chez l'homme ou chez un animal supé-

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rieur sont beaucoup plus coaiplexës qu'elles ne nous apparaissent; mais ce qu'il ne faut jamais oublier^ c'est que, quelle qu'en soit la complexité^ elles sont toujours la résultante des propriétés intimes d'une foule d'éléments organiques dont l'activité est liée aux conditions physico-chimiques des milieux internes où ils sont plongés. Nous supprimons dans nos explications le milieu intérieur que nous ne voyons pas pour ne considérer que le milieu extérieur qui est sous nos yeux^ et c'est ainsi que nous pouvons croire faussement qu'il y a dans l'être vivant une force vitale qui viole les lois jihysico* chimiques du milieu cosmique général.

Les machines vivantes sont donc créées et construites de telle façon qu'en se perfectionnant elles deviennent de plus en plus libres dans le monde extérieur; mais il n'en existe pas moins la détermination vitale dans leur iïiiiieu interne^ qui par suite de ce même perfectionnement s'est isolé de plus en plus dli milieu cosmique général. Les machines que l'intelligence de l'homme crée^ quoique itifiniment plus grossières, possèdent aussi line in-

dépendance qui n'est que rex|}ression du jeu de leur mécanisme intérieur. Une machine à vapeur possède une activité indépendante des conditions physico-chimiques du milieu extérieur, puisque, par k froid^ le chàud, le sec et l'humide, la machine continue à marcher; mais pour le physicien qui descend dans le milieu intérieur de la machine^ il trouve que cette indépendance n'est qu'apparente, et que le riiouvement de chaque rouage intérieur est déterminé par des conditions physiques absolties et dont il connaît la loi. De même pour le physiologiste^ s'il peut descendre dans le milieu intérieur de la machine vivante^ il y trouvera un déterminisme qui doit devenir pour lui la base réelle de la science expérimentale des corps vivants.

Pour comprendre l'expérimentation sur les êtres vivants d'une organisation élevée, il faut nécessairement tenir compte de deux milieux : le milieu cosmique ou extra-organique^ qui est commun aux êtres vivants et aux corp^ bruts, et le milieu intra-organique^ qui est spécial aux êtres vivants. Ce dernier milieu^ qui est en rap-

port avec nos éléments organiques actifs, muscles, nerfs, glandes, etc., est formé par tous les liquides intra- organiques et blastématiques ^ Nous trouvons dans ce milieu liquide les con=^ ditions de température, l'air et les aliments dissous dans l'eau,^ car, ainsi que nous l'avons dit ailleurs ^, tous les éléments organiques actifs qui composent notre organisme sont nécessairement aquatiques, et ce n'est que par un artifice de construction que notre corps peut exister et se mouvoir dans l'air sec.

La médecine expérimentale ou scientifique sera surtout fondée sur la connaissance des propriétés du milieu intra-organique.

Quand un médicament exerce sur nous son action, ce n'est point dans notre estomac qu'il agit, mais seulement dans notre milieu intra-

1 , Voyez Claude Bernard, Leçons de physiologie eœpe rinientale appliquée à la médecine, Paris, 1855-56, 2 vol. — Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux. Paris, 1858, 2 vol. — Leçons sur les propriétés physiologiques des liquides de l'organisme. Paris, 1859, 2 vol.

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