‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 136 sur 356 · CHAP. IX. — METHODES DE LA METALLOGENIE · texte numérisé non relu

CHAP. IX. — METHODES DE LA METALLOGENIE

lieu d'apprécier la forme primilive et les transformations par métamorphisme.

Le côté mécanique, ou, si l'on veut, géométrique du phénomène filonien a, presque exclusivement, occupé l'altention autrefois. On a été très occupé de savoir si l'on avit affaire à un vrai filon (a true fissure vein) ou à des cassures secondaires, qu'on jugeait toujours sans valeur; on a également exploré avec minutie les relations réciproques des fractures, qui peuvent se recouper les unes les autres et essayé d'énoncer des lois relatives aux enrichissements, correspondant, soit à certaines directions, soit à certaines inclinaisons, soit aux variations de l'inclinaison et de la direction avec la nature des terrains traversés par un filon, soit à la rencontre de deux filons. Ces observations, qui demeurent très intéressantes, doivent être utilisées avec quelque circonspection; il ne faut pas exagérer la rigueur, avec laquelle une direction déterminée paraît, dans un même champ de filons, impliquer un remplissage correspondant; il faut surtout ne pas perdre de vue que des vides de nature très diverse ont pu, les uns comme les autres, offrir un passage et un terrain de précipitation aux solutions mélallisantes ; enfin il est indispensable, quand on observe ces intersections de filons successifs, de distinguer ceux d'entre eux, qui ont pu garder leur structure originelle et ceux, au contraire, qui, procédant d'une altération, peuvent correspondre à une véritable sécrétion latérale, opérée sur des filons métallifères antérieurs.

Le côté chimique est aujourd'hui envisagé de préférence et ce qui nous intéresse, avant tout, dans la concentration métallifère, c'est le processus de métallurgie naturelle, qui l'a déterminée.

Les caractères d'un seul minéral en lui-même sont déjà un enseignement ; car un minéral prend quelquefois des formes cristallines différentes suivant son mode de cristallisation (le quartz, par exemple) et lexamen microscopique des inclusions liquides ou gazeuses, qu'il renferme, nous apprend le milieu, dans lequel il s'est forme. Les associations de minéraux entre eux et l'ordre de leur cristallisation sont encore plus instructifs. Il est généralement facile, soit dans une roche, soit dans un filon d'incrustation, de réconnaître l'ordre, dans lequel les minéraux se sont formés ; un minéral, qui en enveloppe un autre, lui est certainement postérieur; de même, quand on trouve, sur les deux épontes du filon, d'abord une même substance A, puis une substance B, puis une substance C, la cristallisation s'est opérée dans l'ordre A, B, C. L'apparition, dans un de ces rubanements parallèles, qui caractérisent un filon concrétionné, d'une zone dissymétrique, ait supposer une réouverture entre deux remplissages ; il arrive alors

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souvent qu'une des zones métallifères renierme des débris d'un remplissage antérieur, comme elle englobe des fragments de la roche encaissante. On a, par exemple en Saxe, apporté un très grand soin à classer, dans les divers filons, les venues métallifères successives et à chercher, en rapprochant ces ordres de succession les uns des autres, des lois générales, qui n'apparaissent pas toujours bien clairement. L'étude des fragments stériles englobés et de leur pénétration possible par les minerais peut également, comme celle des enclaves dans les venues éruptives, nous renseigner sur l'action des solutions métallisantes, qui s'est exercée là sur la roche en contact dans des conditions particulièrement actives. Enfin, le fait seul que divers minéraux se trouvent associés est déjà très instructif, parce que deux minéraux, formés à peu près simultanément, impliquent une réaction, qui leur convienne à la fois à tous deux. La présence simultanée de cuivre et d'argent natifs est ainsi incompatible avec une fusion ignée, puisque les températures de fusion ou de cristallisation des deux métaux sont très différentes. C'est par l'examen de ces associations que l'on peut, en outre, espérer reconstituer les diverses phases de l'évolution subie par les minerais et remonter peut-être jusqu'à leur origine première.

Quand on étudie un gisement, on se propose de déterminer son âge, c'est-à-dire, plus exactement, l'âge de sa fracture et celui de son remplissage ; mais il ne saurait y avoir une grande différence entre les époques, où se sont réalisés ces deux phénomènes, que nous devons distinguer en principe. Je suis arrivé, en effet, par l'étude des sources thermales S à cette conclusion très nette (et d'ailleurs assez vraisemblable d'avance) qu'il ne saurait subsister longtemps des vides ouverts dans l'écorce terrestre. Les circulations profondes des eaux souterraines sont strictement localisées dans les régions récemment fracturées de la Terre et il a dû toujours en être ainsi; le remplissage a dû suivre d'assez près l'ouverture de la fissure, et il est probable que, dans bien des cas, les deux phénomènes ont été solidaires, ont résulté tous deux d'un môme mouvement tectonique, qui déterminait, àlafois, la dislocation de l'écorce terrestre et le déplacement des magmas fluides internes, avec leur intrusion ou la dissémination de leurs fumerolles dans ces dislocations. Il y a seulement lieu de remarquer que certaines régions fracturées paraissent avoir été soumises à des mouvements consécutifs pendant plusieurs périodes géologiques, en sorte que des fractures incrustées, qui formaient, en dépit de ces incrustations, des plans de moindre résistance, par exemple des plans de faille entre deux

1, Voir Traité des Sciences thermo-minérales, page 216 et La distribution géographique des Sources thermales (Rev . gén. des Sciences, 15 juillet 1898).

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