CHAP. XII. — ÈRE DES MOUVEMENTS HERCYNIENS (DINANTIEN
A ces caractères généraux de la période carbonifère, nous sommes en mesure d'ajouter quelques notions précises ; car, en bien des endroits, la place exacte des rivages se décèle par les produits organiques, ou les dépôts ferrugineux, qui s'y sont accumulés.
G'estainsi qu'en partant du Nord, nous trouvons d'abord la région des bassins houillers d'Ecosse, où, dès le début du dinantien, la proximité de la côte s'accuse par les couclies de schistes bitumineux (employées à la fabrication de l'huile minérale). Un peu plus tard, s'accumulent, de ce même côté, les grandes couches de houille de Lothian, Dalkeith, etc., avec lesquelles s'associe, parla concentration chimique du fer emprunté aux roches détruites, un carbonate de fer charbonneux, appelé la couche noire, ou « blackband ».
Plus au Sud et sur le rivage Nord d'un bras de mer, qui doit prolonger le détroit franco-belge, vers Bristol, il se dépose, en même temps, un peu de charbon anthraciteux, qui a donné son nom de culm à toute la période. Et, dans la France Centrale, je viens de dire combien les caractères continentaux ou lagunaires dominaient sur les caractères franchement marins. De ce côté, les coraux, qui avaient existé pendant le dévonien, ont à peu près, sinon complètement, disparu.
Quand on va vers l'Est, du côté de la Silésie, où quatre bras de mer convergent, les conditions géographiques se modifient. Là, d'après M. Stur, l'étage dinantien ne renfermerait pas moins de 14.000 mètres de sédiments détritiques : ce qui laisse supposer l'affaissement progressif d'un de ces sillons que l'on a appelés les géosynclinaux, en même temps que s'élevait, au voisinage, une chaîne de montagnes, aussitôt démantelée et érodée par les eaux.
Enfin, du côté de Moscou, la proximité d'une côte amène encore l'accumulation de végétaux formant un peu de houille ; mais, au delà, vers l'Est, c'est, sur toute la Russie, la pleine mer largement ouverte, jusqu'à l'Altaï, où reparaît un dépôt charbonneux.
Dans toute lEurope, je ne crois pas que, sur aucune de ces côtes si nombreuses du dinantien, on puisse citer une seule lagune saumàtre en voie d'évaporation avec dépôts de gypse et de sel.
C'est là un caractère assez général de toute la période carbonifère, que nous trouvons dès le début et qui forme un contraste frappant avec ce que nous observerons tout à l'heure pendant le permien et le trias, où ces dépôts pullulent au contraire, le long des côtes. Je ne vois guère, à citer, conmie groupe sahfère dinantien, que celui du Michigan.
Peut-être y a-t-il là, dans les régions montagneuses ou littorales, où l'on a eu surtout l'occasion d'étudier le carbonifère en Europe ou dans l'Est des États-Unis, une influence du climat humide peu favorable aux
Di Lacsat. — Science géologique. '*
phénomènes d'évaporalion lagunaire, qui demandent de la sécheresse; peut-être aussi faut-il faire entrer en ligne de compte plus directement ces grands mouvements du sol, ces dislocations violentes, ces surrectionsde chaînes montagneuses qui se sont produites en tant déréglons pendant le carbonifère et qui auraient alors, dans les zones de l'écorce terrestre où on les constate, déterminé des reliefs continentaux sans pénéplaines.
Au moment d{ïwestphalien{l'i), (PI. V, page 499) la transformation de l'Europe encontinent montagneux s'accentue singulièrement; des Alpes hercyniennes surgissent sur toute la longueur de l'Europe Centrale : de hautes cimes, qui, sans doute, comme nous l'avons vu, quoique la question ait été discutée, portent des glaciers '. Toute la longueur de cette chaîne carbonifère, à savoir l'Espagne, le Plateau Central, la Bretagne, les Vosges, la Forêt-Noire, la Saxe, la zone alpine, le Plateau Russe, émerge en une puissante saillie jalonnée de volcans ; dans toute cette étendue, les dépôts marins s'interrompent donc ; les sédiments du dinantien se plissent et se disloquent ; sur les chaînes trop hautes et trop abruptes, on n'a même pas encore de lacs, comme on en verra bientôt pendant le stéphanien, ou, du moins, leurs dépôts précaires ont disparu pour nous dans une érosion immédiate.
La mer intérieure est alors rejetée plus au Sud et à l'Est, des Asturies au Piémont et à la Carinthie. Mais, en même temps, le climat, ou du moins le caractère des eaux doivent se modifier: car les organismes coralliens de l'époque dinantienne disparaissent; au Nord de la chaîne hercynienne, les bras de mer se resserrent, se localisent en lagunes à communication intermittente avec la mer ; et sans doute, sur les bords de ces lagunes, les conditions sont particulièrement favorables au développement intense de la végétation, ainsi qu'au charriage immédiat de ses produits vers les eaux ; car les amas de combustibles se forment, de l'Angleterre au Donetz, avec des épaisseurs extraordinaires, représentant, en bien des points, plus de 100 mètres de charbon. Dans ces mêmes bassins, les eaux, qui apportent, avec les plantes, les matériaux détruits des côtes
1. Voir pages 465 et 466. Il parait aujourd'hui bien certain qu'il a e.xisté, sur remplacement des Alpes futures, une première chaîne montagneuse, destinée à disparaître presque complètement par les érosions avant la chaîne tertiaire. On y trouve, en effet, du carbonifère à éléments volumineu.x témoignant d'actions torrentielles puissantes et souvent en discordance sur les schistes cristallins. Ce carbonifère, comme dans le Plateau Central, a été plissé avant le permien. Au Pelvou.x, on observe, d'après M. Termier, des plis tertiaires superposés à des plis antétriasiques et tantôt concordants avec eux, tantôt les croisant à 90 degrés (B. S. G. F., 3» t. XXIV). Dans les Alpes Carniques, M. Frech a constaté, outre le plissement westphalien, un autre plissement permien.