ENTRE LES GRANDES CATÉGORIES DE GÎTES : INCLUSIONS, SÉGRÉGATIONS
FILONS, ETC. — Quand on a conçu la première idée des opérations métallurgiques, qui viennent d'être supposées, on a été bientôt amené à reconnaître, d*ans leurs produits les plus différenciés, deux types extrêmes, qu'Élie de Beaumont définissait : les uns, fondus comme les laves d'épanchement; les autres, cristallisés dans l'eau, ou sublimés, comme les minerais ordinaires des filons concrétionnés. Il en résulte une distinction fondamentale entre le mode de formation de ces deux catégories de substances, auxquelles nous venons d'attribuer une origine commune : une coulée de basalte et un filon de galène. Mais il serait faux d'en conclure qu'il existe deux modes de cristallisation incompatibles et attribuables exclusivement : le premier, aux roches éruptives, celui de la fusion ignée ; l'autre aux minerais, celui de la dissolution hydro thermale. La vérité est, au contraire, que l'un et l'autre type sont reliés par une chaîne continue et, comme Élie de Beaumont lui-même l'avait déjà remarqué, que certains minerais peuvent s'être formés par simple fusion, comme les roches et que certaines roches peuvent avoir cristallisé dans l'eau chaude, comme îos minerais.
Les synthèses de minéraux et de roches, les études récentes sur les gîtes de ségrégation ignée ont bien mis en évidence celte continuité, qui accuse encore mieux l'unité d'origine, admise plus haut comme principe. On connaît aujourd'hui, d'uncfaçon très nette, de grands amas métallifères, formés, par une fusion ignée, dans les mêmes conditions que les roches elles-mêmes: ce sont les gîtes, que j'ai proposés de distinguer comme inclusions et ségrégations basiques. Et, d'autre part, on sait très bien qu'il existe des roches cristallines, dont la fusion purement ignée est impuissante à réaliser la synthèse : des roches, dont le granité est le type essentiel, qui ont visiblement nécessité l'intervention d'une forte pression, dans laquelle l'eau chargée de carbonates alcalins et, sans doute, d'autres minéralisatcurs, ont dû jouer un rôle très actif. De ces granités, on passeànosgranulites (granités à mica blanc), oii l'action des minéralisatcurs et des réactions aqueuses s'accentue encore, puis à des pegmatites, que Ion a reproduites d'un coup en liqueur alcaline sous pression et, enfin, à des quartz, qui sont des produits
CHAP. XIV. — METALLOGENIE. — CATEGORIES DE GITES METALLIFERES 583
hydrolhermaux flloniens. Du granité au quartz de filon, que peuvent accompagner tels ou tels éléments métalliques, il y a donc série continue, comme, de la péridotite ou du gabbro le plus basique, à l'amas de fer chromé, de titano-magnétile ou de pyrrhotine nickélifère, qui s'y est isolé par ségrégation. Aux deux extrémités de la série pétrographique, avec les roches les plus acides comme avec les plus basiques, avec les granités comme avec les péridotites, nous voyons s'isoler des produits métallifères et nous sommes conduits à attribuer le rôle principal, dans leur mode disolement, à l'abondance plus ou moins grande des métalloïdes volatils ou minéralisatcurs (eau comprise) : abondance, qui est elle-même fonction de la profondeur et de la pression. Très faible parfois et, spécialement, sur les fonds de creuset basiques, où les actions de simple ségrégation ignée ont été poussées à l'extrême, cette action peut devenir ailleurs assez grande pour former les types ordinaires de filons hydrothermaux.
Dans le premier cas, la relation du minerai avec la roche est absolument intime; le minerai fait partie intégrante de la roche ; il est un des éléments de sa constitution (inclusions) ; ou, tout au plus, il s'est concentré en certains points du magma (ségrégations*) et à son contact, (gîtes de départ). Dans l'autre, le métal, entraîné par les minéralisatcurs à travers les circuits hydrothermaux, peut sètre écarté plus ou moins loin suivant le degré de solubilité et la précipitation plus ou moins facile de la combinaison saline, dans laquelle il était entré. Un métal, comme l'étain, dont les combinaisons chlorurées se dégagent à haute température et sont précipitées par le seul contact de la vapeur d'eau, ne peut s'éloigner beaucoup du granité, qui lui donne naissance. Tout autre est le sort des métaux, entrés dans des combinaisons sulfurées, qui se maintiennent aisément en dissolution et ne sont reprécipités que par une réaction chimique, souvent à grande dislance.
En raison de ces hypothèses, réellement confirmées par tant d'observations qu'on peut les considérer comme acquises, il me semble logique, si l'on veut classer les gîtes métallifères d'après leur origine, de distinguer aussitôt deux grandes catégories (naturellement reliées par des intermédiaires) : 1" les gisements produits par une réaction de voie ignée {inclusions et ségrégations) et 2° ceux cristallisés par voie aqueuse (gîtes de départ, filons concrétionnés, imprégnations, substitutions). Tous les gîtes secondaires, dus à un remaniement, quelle qu'en soit la nature {altérations superficielles et remises en mouvement, sédimentations mécaniques et chimiques) forment ensuite un