CHAP. IV. — MÉTHODES PHYSIQUES.— MAGNÉTISME TERRESTRE
nous lournir un jour un enseignement essentiel sur la constitution de la Terre.
A) État dd champ magnétique teurestre a un instant donné. — J'ai déjà fait remarquer que l'on pouvait tracer des lignes d'égale valeur, dites isogones, isoclines et isodynamiques, pour les trois coordonnées caractéristiques du champ magnétique terrestre (déclinaison, inclinaison, intensité) et que ces lignes accusent, dans la distribution du magnétisme, une relation remarquable avec les éléments géométriques, visible surtout quand on les traduit de manière à obtenir des méridiens magnétiques (tangents, en chaque point, à la direction de l'aiguille de déclinaison) et des lignes équipotentielles orthogonales au.x méridiens'. Les pôles magnétiques, c'est-à-dire les points, où, la force horizontale s'annulant, linclinaison est de 90°, ceux également où le potentiel magnétique présente un maximum ou un minimum, ne sont pas très éloignés des pôles géographiques et l'équateur magnétique, où l'inclinaison magnétique est nulle, forme une courbe sinueuse, qui s'écarte peu de l'équateur géographique. Il n'y a néanmoins pas coïncidence; les pôles magnétiques ne sont pas diamétralement opposés ; la ligne, qui les joint, n'est pas parallèle à l'axe géométrique de la Terre; l'équateur magnétique n'est pas un grand cercle de la sphère ; les méridiens magnétiques sont assez fortement inclinés sur les méridiens géographiques. Mais le rapprochement est suffisant pour impliquer, comme nous l'avons déjà dit, une relation entre la distribution magnétique et la rotation terrestre, ou tout au moins entre elle^t un phénomène résultant de cette rotation. Nous verrons tout à l'heure qu'une relation du même genre existe avec les mouvements du Soleil et de la Lune.
Quand on examine ces lignes d'égale valeur, on y aperçoit, d'autre part, des anomalies locales, qui ne peuvent manquer d'être en rapport avec la géologie, puisque le moindre changement dans la composition terrestre doit influer sur le champ magnétique, comme le font, à un haut degré, dans nos expériences, les pièces de fer, que renferment nos laboratoires. Certaines de ces anomalies sont, en effet, directement liées au voisinage des gîtes de fer magnétique et, quoiqu'on ait prétendu qu'il n'existait pas de roches magnétiques en profondeur ^ on se sK't couramment de ces déviations pour reconnaître la place de gisements ferrugineux souterrains.
1. Voiries cartes insérées dans l'ouvrage de M. Mascart ou dans l'Atlas physique de Beivghacs.
2. N-ACMANN, in de Lappauent, loc. cit., page 103. — Voir, sur les observations au magnétomèlre et leur utilisation en Suède les travaux de R. Thalen, dont j'ai donné une idée sommaire dans ma Géologie pratique, page 214. Cf. Uhlich. Ueber magnetische Erzlagentatlen undderen Untersuchung mittelsMagnetometers {Freiherg, 1899etl902).
Le champ magnétique subit encore des anomalies plus imprévues suivant certaines lignes, qui, d'après les observations deK. Naumann *, correspondent souvent avec des dislocations du sol visibles ou cachées, de môme que les anomalies de la gravité terrestre signalées précédemment.
Quelques cas de ce genre, cités par A. de Lapparent, seraient, d'après lui, particulièrement caractéristiques; telle, en Amérique du Nord, près de Trenton, la déviation des isogones, qui, sur 50 kilomètres de long, suit une faille dont le rejet paraît être de près de 4.000 mètres ; telle encore celle qui longe les Grampians ; celle qui existe sur le bord Est de Madagascar, etc.
On s'explique, en effet, comment le contact par faille de roches absolument dissemblables (outre que son origine profonde peut être en rapport avec la distribution de la matière interne) est de nature à provoquer une perturbation dans le magnétisme terrestre ; mais on est très loin, je crois, de constater inversement une semblable perturbation toutes les fois qu'il y a faille, ou contact anormal de deux terrains et il serait bien hasardeux de supposer une faille pour cette seule raison qu'on observe une perturbation magnétique. En tout cas, les observations, qui arriveront à prouver l'existence de ces points ou zones perturbées et à en multiplier le nombre, peuvent, dans l'avenir, présenter le plus haut intérêt ; il sera également curieux de constater si leur place demeure absolument invariable '.
B) Variations du ch.\mi' magnétique terrestre en un point déterminé. — Le champ magnétique terrestre est essentiellement variable avec le temps en un point déterminé et ces variations sont particulièrement intéressantes à connaître, parce qu'en nous permettant de faire des hypothèses sur la cause lointaine, qui influe sur elles, elles sont susceptibles de nous éclairer sur l'origine même du phénomène.
Ainsi, quelques-unes de ces variations, d'origine incontestablement solaire, dépendent de l'heure du jouret de l'époque de l'année ; d'autres,
1. A. DE Lapparent, loc. cit., page 100, a donné une description détaillée de ces anomalies. La carte des isogones dans le bassin de Paris, tracée par M. Moureaux, lui a paru montrer de l'analogie avec les lignes de niveau qui mettent en relief les plissements du terrain crétacé : plissements eux-mêmes considérés comme la répétition réduite et « posthume » des plis, que présenteraient en profondeur les terrains anciens sous leur manteau secondaire et tertiaire. (Ann. du Bur. Central Méléor., 1890.) Mais, comme l'a fait remarquer P. Lemoine (Description du bassin de Paris, pi. Il), l'anomalie principale (dirigée environ de Bourges au Havre), au lieu dôtre parallèle aux axes tectoniques, ainsi que l'avait pensé G. F. Dollfus (1893), est très oettement oblique sur eux.
2. Certaines anomalies sont tout à fait singulières et restent encore inexpliquées, comme celle des environs de Koursk, étudiée parM. McoasAux (Ann. du Bur. Centr. Metéor.,l. I. 1899).