‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 91 sur 356 · CHAP. V. — PÉTROGRAPHIE. — SYNTHÈSE DES ROCHES IGNÉES · texte numérisé non relu

CHAP. V. — PÉTROGRAPHIE. — SYNTHÈSE DES ROCHES IGNÉES

éléments à une température supérieure, puis le reste de la pâte à tme température plus faible. On réalise ainsi, dans toutes ses parlicularilés. la structure caractéristique des basaltes, andésites, et de la plupart des produits volcaniques d'épanchement, avec leurs « phéno-cristaux » englobés dans une pâte microlithique, où de petits cristaux, dits microlithes, affectent souvent, en plaque mince, un alignement bien marqué, et sont mélangés de matières vitreuses, (plus fusibles, comme nous l'avons vu, que les matières cristallisées). Une remarque importante de Fouqué avait fait prévoir cette synthèse en montrant les cristaux de la pâte (2* temps) généralement un peu plus fusibles, c'est-à-dire cristallisés à plus basse température que ceux du premier temps : par exemple, des microlithes d'oligoclase entourant des grands cristaux de labrador, des microlithes de labrador entourant de grands cristaux d'anorthite '. On est ainsi conduit à imaginer que les grands cristaux ont dû se constituer en profondeur dans un bain de fusion plus chaud et être ensuite entraînés à la superficie par une pâte fluide, qui finalement a cristallisé en masse par le refroidissement au jour. Ces grands cristaux pourraient donc ôlre considérés comme représentant parfois une sorte d'apport étranger, une enclave et caractérisent niai la nature de la roche, qui doit, au contraire, être logiquement déterminée par la composition de sa pâte. Nous aurons à revenir plus loin- sur l'erreur de principe, que semblent avoir commise, dès lors, les pétrographes allemands en classant les roches d après les grands cristaux de consolidation : ce qui tient sans doute, en partie, à d'anciennes habitudes, prises au temps, où ces grands cristaux, visibles à l'œil nu, semblaient seuls reconnaissables et où l'examen microscopique n'avait pas encore permis de déterminer les cristaux inicrolithiques, aussi facilement que les cristaux visibles à l'œil nu, ou phéno-cristaux.

Par l'emploi des synthèses artificielles, on peut obtenir, non seulement deux temps de consolidation, mais un plus grand nombre encore, ainsi que cela s'observe dans quelques roches naturelles '.

On peut également reproduire un type très intéressant de roches, dont les ophites ont fourni le premier exemple connu : ce sont les roches, dites ophitiques, où l'élément feldspathique est moulé et souvent englobé par de grandes plages de pyroxène. Le feldspath se solidifiant à une température plus élevée que le pyroxène, il suffit de faire

\. Les différences de points de fusion entre les feidspaths sont cependant très faibles.

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3. J'ai décrit, parmi les roches carbonifères de la Creuse, des types à trois temps de consolidation (Bull. Serv. Carte géol., n» 83, 1902).

Di LàOiUT. — Science géologique. li

passer le mélange des deux minéraux par des températures graduellement décroissantes pour obtenir la cristallisation, d'abord de l'un, puis de l'autre ^

Toutes les observations synthétiques montrent bien, comme je l'ai indiqué plus baut, qu'en principe l'ordre de consolidation des minéraux d'une roche est surtout l'ordre inverse de leur fusibilité. Un refroidissement progressif, avec ou sans temps d'arrêt, a fait solidifier ordinairement : d'abord, les minéraux les plus réfractaires ; puis, l'un après l'autre, les minéraux, qui se maintiennent fondus à des tempéra tures de plus en plus faibles.

11 y a, cependant, des exceptions apparentes et l'on trouve parfois, dans une roche naturelle ou artificielle, à l'intérieur de cristaux peu lusibles, des cristaux d'une fusibilité plus forte ; le plus souvent, on reconnaît alors que cette anomalie tient à la différence signalée plus haut entre la température de fusion d'un cristal et celle du verre correspondant; ainsi un verre à combinaison de pyroxène aura pu cristalliser avant de la leucite et y être englobé, puis, par un travail de groupement moléculaire, qui a été reproduit synthétiquement, y cristalliser après coup.

Ailleurs, il arrive que l'on ait affaire à de véritables enclaves, c'està-dire à des débris solides repris par la roche sur son passage et arrivés à se confondre avec elle. En des circonstances de ce genre, les observations récentes de M. Lacroix sur la refusion des murs en andésite à Saint-Pierre de la Martinique ont mis en évidence des cas où la chaleur de la roche refondue avait été insuffisante pour refondre le minéral englobé, qui apparaît ainsi, quand on n'y regarde pas d'assez près, dans des conditions anormales.

Enfin, un cas plus embarrassant, pour lequel ces explications ne suffisent pas, est celui, où l'on trouve, dans une roche, le même minéral, tel que la magnétite ou la picolite, cristallisé à des temps de consolidation divers et, par conséquent, à des températures variables ; par exemple, les phéno-cristaux de péridot d'un basalte renferment des inclusions des deux éléments que je viens de citer et l'on retrouve ceux-ci associés avec les microlithes péridotiques du second temps. Le fait, reproduit synthétiquement, a été expliqué par Ebelmen, comme résultant d'une réaction de bases, qui se déplacent mutuellement: c'est-à-dire qu'ici le moment de cristallisation du minéral se trouverait déterminé autrement que par sa température de fusion.

4. L'expérience réussit parfallemenl, quand le feldspath est de l'anorthite ; elle est plus difficile avec le labrador et l'oUgoclase, dont la température de fusion se rapproche trop de celle de l'augite.

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