Les Origines du chant Ulurgique , p
8. De Inslit. cathol. Interrog. 16 , N° i . — Quant au prétendu Missel de S Grégoire , récemment publié par M. Rule , (The Missal of S. Angustiuc's Abbey , Caulirbury , Edited by Martin Rule, M. A. Cambridge 1896) , il est aujourd'hui démontré que l'original, sur lequel aurait été copié le manuscrit du Xle siècle reproduit par M. Rule , ne peut
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confirmer un passage du vénérable Bèdc où cet historien relate que le saint pape envoya à la demande d'Augustin, avec de nouveaux ouvriers apostoliques, un certain nombre de livres, necnon et codicesplurimos '. Et pour ce qui est des chants de la Messe, ^ddi raconte qu'au synode d'Onestrefelda , tenu vers 700, S. Wilfrid déclara avoir été le premier après la mort des disciples de S. Grégoire , qui ait enseigné à chanter à deux chœurs, suivant le rite de la primitive église , les répons et les antiennes , binis adstantibus choris persultare , responsoriis , antiphonisque reciprocis'-. Or, nous avons vu que les chants variables de la Messe ne sont pas autre chose que des Antiennes et des Répons. Ce qui ressort de ces différents textes , c'est que nulle part la composition des cantilènes n'y est attribuée à S. Grégoire ; on y parle seulement de chants apportés par S. Augustin et conformes à l'usage de Rome , juxta morem Romanorum.
Plus d'un demi-siècle après S. Grégoire, eut lieu une seconde mission musicale dans la Grande Bretagne. S. Benoit Biscop, abbé de Wearmouth et maître du vénérable Bède , étant allé en pèlerinage au tombeaa des saints apôtres (vers 676), obtint du pape Agathon d'emmener avec lui « le vénérable Jean , archichantre de l'Eglise de Saint Pierre et abbé du monastère de Saint Martin (près la basilique Vaticane), pour enseigner à ses moines la manière de chanter, pendant tout le cours de l'année ciirsum canendi annunm ^ qu'on observait à Saint Pierre de Rome. Jean, se conformant aux prescriptions du pape, apprit de vive voix aux chantres anglais, l'ordre et le rite du chant et de la lecture, et tout ce qui était nécessaire pour la célébration des fêtes du cycle ecclésiastique; il laissa même tout cela par écrit et on le conserve encore dans ce même monastère (de Wearmouth) , où beaucoup sont venus le transcrire de tous les lieux environnants ''. »
Après avoir pris possession de l'Angleterre , la cantilène romaine dut pénétrer en Germanie à la suite de son grand apôtre, S. Boniface (715-755), qui , d'origine anglo-saxonne et sacré à Rome par le pape Grégoire II , ne pouvait propager d'autre psalmodie que celle de Rome , car le pape S. Zacharie lui écrivait au sujet des bénédictions en usage chez les Franks , « qu'elles étaient contraires à la tradition apostolique et qu'il devait enseigner à tous , ce qu'il avait reçu de la sainte église Romaine ''. » Déjà , vers 720, S. Grégoire II , dans un capitulaire adressé à l'évêque Martinien , qu'il envoyait en qualité de légat visiter les nouvelles chrétientés de la Bavière , lui recommandait de donner aux prêtres « le pouvoir de psalmodier, suivant la forme et la tradition de la sainte Eglise romaine et du siège apostolique , psallendi ex figura , et traditione sanctœ apostolicœ et Romanœ sedis ecclesice ordine tradetis potestatem ^.
remonter au delà du IX^ ou même du X^ siècle. (V. The Mass Booh of S. Grcgory the Gréai bv Rev. Herbert Thurston Te Monlh. , Sept. 1896 , p. 63).
I. Bùhe Hisl. Ecdes. L I. c. 29. — 2. Vita S Wiljridi , cap. 4^.
3. Buice Hisl Ecdcs. L. 1\', c. 18 — 4. Zachan'a paj-a Episl 12. Libb. Cor.cil. t. VI , p. 1526. — 5. Cnpiluhirc Cregorii IL IbUl., p. 1452.
Vers le milieu du VHP siècle, le chant et la liturgie de Rome, répandus déjà dans les pays du Nord, commencèrent à s'introduire aussi dans le royaume des Franks. Les Gaules étaient en possession d'une liturgie ancienne qui offre de nombreux points de ressemblance avec celle des églises d'Orient. Saint Germain, évêque de Paris (555-576), nous a laissé, dans une de ses lettres, une description assez précise de la messe solennelle , célébrée suivant le rit gallican '. Les chants y étaient nombreux.
C'était d'abord, à l'entrée du célébrant, VAntiphona ad prcelegendum , qui était accompagnée d'un verset de psaume et du Gloria PatrP et correspondait à notre Introït. Après le Dominus vobiscum et avant la Collecte, le célébrant entonnait le Tfisagion, Agios o theos et le chœur le continuait en grec et en latin , comme cela se fait encore le Vendredi-Saint, à l'Adoration de la Croix. Il était suivi du Kyrie eleison chanté par trois enfants ^ et du cantique de Zacharie Benedictiis Dominus Deus Israël , psalmodié à deux chœurs. Pendant le Carême, ce dernier chant était remplacé par une antienne spéciale commençant par ces mots : Sanctus Deus archangelorum . Après la lecture de la leçon prophétique et de l'épître , on chantait l'hymne des trois enfants dans la fournaise, également supprimée durant le carême, et un répons exécuté par des enfants. Puis avait lieu la procession solennelle du saint Evangile, pendant laquelle, à l'aller et au retour, le clergé reprenait le chant du Trisagion. A la suite de l'homélie qui accompagnait l'évangile, les lévites psalmodiaient une prière pour le peuple, en forme de litanie.
A l'offertoire, pendant que les diacres portaient processionnellement à l'autel, le pain et le vin du sacrifice, le chœur exécutait un chant mélodieux-*, analogue au Cheroubicon bysantin. Les éléments sacrés étant déposés sur l'autel et recouverts d'un voile précieux, on entonnait un cantique appelé Laudes où V alléluia se trouvait trois fois répété; cela se faisait seulement en dehors du Carême. La préface était suivie du Sanctus , ce qui se retrouve d'ailleurs dans toutes les liturgies, et la fraction du pain accompagnée d'une antienne ', que le rit Milanais a conservé sous le nom de Confractorium. Enfin, pendant la communion des fidèles, on psalmodiait le Trecanum , comme symbole de la foi au mystère de la sainte Trinité. C'était une hymne composée de trois strophes qui se pénétraient les unes les autres , de manière à figurer l'union des trois personnes divines".
1. V. Lebrun. Explication de la Messe, t. II. Dissert. IV. Art. II. — Cf. Duchesne. Origines du culte chrétien , pp. i8o et suiv.
2. Antiphona autem dicta quia prius ipsa anteponitur, et sic ponetur psalmi versiculum cum gloria Trinitatis adnectetur. {S.Gennani Episl. I.)
3. Très autem parvuli qui ore uno sequenies Kyrie eleison (5. Gcrin.Ep. I.j Dans les Constitutions apostoliques , ce sont aussi les enfants qui répondent les premiers A}'r;e eleison à la litanie diaconale {Const. Apo-t. lib. VIII); et la Peregi inalio Sylvia nous dit qu'à la comémoraison des vivants et des morts , après chaque nom proclamé par le diacre , c'étaient toujours les enfants qui répondaient AynV eleison: « Scmlier pisiuni plurinii stant , respondentes scinpcr : Kyrie eleison. « (V. Duchesne, op. cil.., p. 472.)
4. Nunc autem procedentem ad altarium corpus Christi, non jam tubis itreprehensibilibus, sed spiritualibus vocibus prœclara Christi magnalia dulci modilia psallit Ecclesia. (S.Gerni. Ep. I). — 5. S.icerdoie autem frangcnte, supplex clerus psallit antiphonam.(7^.)
6. Trecaium vero quo.i psallitur signum est catholica; fidci de Trinitatis credulitate
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Ces chants si variés paraissent avoir diverses provenances. La psalmodie après les lectures et après la communion, la litanie diaconale à la suite de l'homélie et le Saiictus de la Préface se trouvent déjà dans les Constitutions apostoliques; L Alléluia de l'Offertoire est d'origine bysantine, ainsi que le Kyrie eleison et le chant du Trisagion\ dont l'usage fut prescrit dans les Gaules par ]e deuxième concile de Vaison, tenu en 529, sous la présidence de S. Césaire. L'Introït suivi de la doxologie se retrouve à Rome aussi bien qu'en Orient^, quant à l'antienne du Confractorinm , elle a pu venir de Milan où elle est encore usitée.
La première introduction du chant Romain dans les Gaules, semble due à vS. Chrodegang, évêque de Metz. Ce pieux prélat, au retour d'un pèlerinage à Rome (754), institua dans sa cathédrale une communauté de clercs, à l'instar de celles qui desservaient les basiliques pontificales et leur imposa le chant et l'ordre des offices de l'église Romaine : Ipsumque clerum romana imbiitum cantilena , morem atque ordinem Romanœ ecclesiœ scrvare prœcepit'-\
Quelques années après^ l'évêque de Rouen, Remédius, fils de Charles Martel, étant venu en abassade à Rome (700), obtint du pape Paul P'" la permission d'emmener avec lui Siméon, prieur de la Schola cantorum , pour initier ses moines aux modulations de la psalmodie: ad intruendum eos inpsalinodiœ modulationc. Siméon ayant été rappelé à Rome, par suite de la mort du préfet de la Schola, l'évêque envoya ses moines terminer leur éducation musicale à Rome même, où le pape donna l'ordre de les instruire dans la science du chant ecclésiastique , jusqu'à ce qu'ils l'aient acquise à la perfection''. Vers la même époque, le même pontife écrivait à Pépin: « Nous vous envoyons tous les livres que nous avons pu trouver, savoir : l'Antiphonaire , le ResponsaV^... »
Six ans auparavant (734), le pape Etienne II, opprimé par Astolphe , roi des Lombards, était venu chercher un asile en
proccdere. Sic enim prima in secunda , secunda in tertia et rursum tcrtia m sccunda et secunda rotatur in prima. Ita Pater in Filio mysterium Trinitatis complectit : Pater in Filio, Filius in Spiritu sancto , Spiritus sanctus in Filio et Filius rursum in Pâtre. {Ihid. — Cf. Gerbert, De, catilu. t. JI. p. 126.)
1. Le Trisagion a commencé a être chanté à constantinople , sous le règne de Théodose II , vers 446. (V Lebrun, op. cit. t II. Dissert. VI , art. I.)
2. Le même concile de Vaison, ordonna d'ajouter Siatt enil après le Gloria Palii, comme cela se pratiquait déjà partout ailleurs. (II. Coiic. l'ascns, can. 5-5.)
Nous avons dit précédemment, d'après Dom Morin, que le Mouogeuès bysantin était une simple antienne sans verset de psaume ni Gloria Palri. Or, le tropaire O viouogcncs tiios , dont la composition est attribuée à l'empereur Justinicn ('527-565), n'est qu'une partie de l'Introït. Il se chante après la deuxième des trois Antiphones qui se psalmodient au commencement de la Messe célébrée selon le rit grec. Chacune de ces Antiphones est elle-même composée d'un certain nombre de versets de psaumes suivis de la doxologie. (V. (.a Lituroie grecque de S. Jean Chrysoslovie , p. 25 et suiv. Paris, Rctaux. 1896. — Cf. W. Christ. Anlhologia grccca caniiimmi Christiaiioruni pp. xxxii-LViii et 51-53.).