COURANT ATTI CO-IONIEN
tête du cheval, s’occupant sans doute de le brider. Il y a une telle similitude entre ce second cheval et le premier, pour la forme donnée à la crinière et l'exécution du détail des crins, et aussi pour la pose de la tête, un peu tournée à droite (de la même façon que l’autre est tournée à gauche), qu’on croirait d'abord que les deux animaux étaient destinés à se faire pendant ; s’ils ne sont pas de la même main1, ils sont, en tout cas, très sensiblement du même temps 2.
Il y a mieux, heureusement, que ces débris où le corps du cheval se trouve avoir été, par hasard, plus ménagé que le corps de l’homme. Une tête en bronze, de grandeur naturelle, découverte sur l’Acropole3 4, va faire dans cette série un heureux et instructif pendant à la tête en marbre d 'Éphèbe blond , de la série attico-dorienne. Elle est le seul reste d’une statue, certainement antérieure à 480, qui représentait un homme d’âge mûr, barbu, le crâne casqué; le casque a disparu, mais il faut le rétablir en pensée pour n’être pas surpris et choqué de la forme démesurément allongée du crâne. Nous ne saurions décider avec certitude, en l’absence des indications qu’eût pu fournir quelque débris du corps, si la statue était l’image honorifique d’un stratège athénien ou si elle représentait un athlète hoplitodrome 4 : la première hypothèse est de beaucoup la plus probable. Aussi bien, abstraction faite du sujet, considérons seulement ce que cette tète est susceptible de nous apprendre, pour l’art qui l’a produite.
On a été enclin jadis à l’attribuer à un atelier d’Ægine5 :
1. M. Wïnter (/. /., p. 149) trouve, en effet, dans le cheval 697, des qualités d’exécution plus développées, et le juge un peu plus récent que le Cavalier 700.
2. C’est au même temps encore que j'attribuerais la statuette d 'Hippalectryon monté par un cavalier {Au mus. de l'Acrop., p. 455, fig. 47); le travail en est très pareil, dans la mesure où on peut faire la comparaison, avec celui du Cavalier 700. — M. Perdrizet, dans un article récent sur X Hippalectryqn en général (Rev. ét. anc., VI, 1904, p. 7 sqq.), s’est efforcé de démontrer que la statuette de l’Acropole était un ùnozpÔTccao'r Cette conclusion m’a paru mal fondée; mais je n’ai pas à la discuter ici, puisqu’elle n'intéresse pas l'histoire de l’art.
3. Aujourd’hui conservée au Musée national d’Athènes. Cf. De Ridder, Calai, bronzes Acrop., n° 768; S. Reinach, Têtes antiques, pl. 5-6; MvïineTa rfjç 'EXXàSoç, pl. V, p. 28 sqq. (Staïs). A la bibliographie donnée par ces trois auteurs, ajouter : Sittl, Die Patrizierzeit d. gr. Kunst, pl. III, 27 ; Pawlowski, op. I. , p. 144, fig. 41 ; Perrot, Hist. de l'art , VIII, p. 526-527, fig. 271-272.
4. Supposition faite par M. Hauser ( Arch . Jahrbuch, X, 1895, p. 202).
5. Cette opinion, maintes fois exprimée, a été rappelée encore récemment par M. S. Reinach, Têtes antiques , p. 5, et par M. Perrot, Hist. de l'art , VIII, p. 527-528.
une certaine analogie avec des figures du fronton oriental du temple d’Ægine, la tardive apparition de la statuaire de bronze en Attique, et, au contraire, la renommée précoce des bronziers æginètes (dont le plus célèbre, Onatas, avait une œuvre exposée, à côté d’une autre de son compatriote Callon, sur l’Acropole même, avant 480 1), rendaient fort plausible, et presque incontestable en apparence, une telle attribution. Cependant l’origine attique avait aussi ses partisans2; et pour moi, je ne doute pas que la véritable patrie de ce bronze ne soit, en effet, l'Attique. J’en trouve une première preuve dans la ressemblance du type avec celui de deux petits marbres un peu antérieurs : la petite tête bleue de l’Acropole et la tête Fauvel , au Louvre3. La tète Fauvel surtout, dans son état d’inachèvement, a l’air quasi d'être une copie, réduite et grossièrement exécutée, de la tête en bronze4; et pour la petite tête bleue , malgré l’air particulier que lui donnent les frisures des cheveux sur le front, on y retrouvera aussi le même type que dans la tête de bronze, si on examine de près5 le dessin des yeux et de la bouche, non moins que la forme et le détail d’exécution de la barbe. D’autre part, il me semble bien reconnaître ici, en dépit des différences tenant au sexe et à l’âge, le caractère de physionomie de la belle corè 684 l] : nous avons vu déjà dans celle-ci une pareille bouche fermement modelée, calme et immobile, autour de laquelle cependant on croit voir courir un vague reflet qui anime et éclaire la face. Il n’y a nulle trace de l’expression un peu sévère des têtes « doriennes » ; on se sentirait plutôt ramené du côté des anciennes têtes attiques, au visage ouvert, vivant, souriant. C’est elles qu’on aperçoit dans le lointain, comme les ancêtres directs de ce bronze, produit d’un art plus affiné et plus savant, plus maître de l’expression, possédant désormais le secret d’animer une physionomie sans en forcer les traits et de faire deviner le sourire au lieu de le pousser à l’excès.