CONCLUSION
au rôle intellectuel de la Grèce, mais restaient d'ordinaire séparées et étaient presque exclusives l’une de l’autre. Et, pour comble de fortune, elle put, un jour, rassembler en une flamme unique les deux flambeaux lentement rapprochés. Cette suprême fortune aurait pu ne pas venir : Périclès la rendit possible, et Phidias en fut l’artisan principal; avec les sculptures du Parthénon, s’achève magnifiquement, mais normalement, la carrière antérieure de l’école attique.
Ainsi, il faut connaître ce qu’a été cette carrière, si on veut connaître ce que représentent au juste, dans l’histoire de l’art grec, les sculptures du Parthénon. Pour expliquer en leur fond ces créations de beauté, il ne suffit pas d’invoquer le génie de Phidias, puisque ce génie, envisagé d’un certain sens, est celui d'un conservateur et continuateur, et que son œuvre, procédant directement de la tradition établie, a été la dernière poussée d’une longue croissance continue. Mais, pour faire le compte de ce que Phidias doit au passé de son école, il faut faire le compte, d’abord, de ce que cette école a dû elle-même aux influences diverses qui ont agi sur elle, les unes ioniennes et les autres doriennes, et on doit donc remonter jusque vers 500, afin d’observer les premiers effets de l’action dorienne et d’en préciser la nature, puis jusque vers 550, afin de constater pareillement en quoi consista l’action ionienne ; puis, il est nécessaire de remonter plus haut encore, afin de saisir dès leur apparition les qualités personnelles de l’art attique et d’apprécier en quelle mesure, de par ses qualités foncières, il pouvaitse prêter ou résister aux influences du dehors. De proche en proche, par conséquent, on doit aller jusqu’aux origines mêmes; l'enchaînement est ininterrompu ; toute coupure est arbitraire et constitue une erreur historique.
N’oublions pas — car ces faits matériels ont une sorte de valeur symbolique — que les puissantes fondations, sur lesquelles repose le Parthénon, ont été construites, non pour lui directement, mais pour un temple projeté avant l’invasion perse; et que les remblais entassés contre ces fondations gardaient ensevelis maints débris des sculptures du vi° siècle, sculptures en marbre contemporaines des Pisistratides, et sculptures en pierre tendre, plus anciennes, contemporaines peut-être de Solon. Le passé de l’art attique gisait sous le monument nouveau et autour de lui; l’œuvre ignorée et mutilée des devanciers
soutenait secrètement et contribuait à hausser vers le ciel l’œuvre de leurs successeurs. Et les successeurs, sans doute, 11e songeaient guère à la présence sous leurs pieds de ces ruines éloquentes, dernier souvenir des morts qui, avant eux, avaient travaillé à parer l’Acropole : pourtant, c’est l’art de ces morts qui avait fait leur art à eux les vivants ; et, à leur insu, les beaux marbres qu’ils taillaient, sur lesquels Phidias répandait le rayonnement divin de la perfection, n'étaient pas seulement la gloire des Attiques du présent, ils étaient aussi la juste récompense posthume du fécond labeur des Attiques d’autrefois.