Hymne homérique à Apollon , 38; Thucydide, VIII
2. Cf. Fustel de Coulanges, Questions historiques, p. 259 (chap. iv du Mémoire sur Vile cle Chio).
3. Strabon, XIV, 35. — Cf. Fustel de Coulanges, op. L, p. 313-314.
4. Pline (N. H., XXXVI, 11-13), sans doute d’après Carystios de Pergame, nous renseigne sur la vieille école de sculpture de Chios en quelques lignes qui sont passablement circonstanciées et précises. Il distingue quatre générations, représentées par Mêlas, — Mikkiadès, — Archermos, — Boupalos et Athénis. Grâce à l’inscription délienne bien connue (Mus. nat. d'Athènes , 21 bis), ces renseignements ont été en partie confirmés de façon éclatante. De cette inscription, en effet, il résulte : 1° qu’il y avait bien à Délos, comme le dit Pline, des œuvres d’Archermos ; 2° que ce dernier était bien fils de Mikkiadès (il est vrai que les mots xai viôç qui précèdent le nom d’Archermos ne sont qu’une restitution; mais il n’y en a aucune plus vraisemblable et elle a été généralement acceptée); 3° que Mikkiadès était aussi un sculpteur, comme son fds ; 4° que les dates assignées par Pline à ces artistes — réserve faite pour l’erreur étourdie que Brunn a rectifiée ( Gesch . gr. Künstler, I, p. 38) — sont en somme exactes; car l’aspect de l’inscription et la forme de ses lettres obligent à la rapporter à la première moitié du vi° siècle. Reste ce Mêlas, de qui Pline fait l'ancêtre des sculpteurs chiotes, le fondateur de l’école, le premier tailleur de marbre. L’inscription délienne ne confirme pas positivement ces assertions. Rien n’y indique que Mêlas fût un sculpteur ; les deux mots MsXavo; Tta-pwiov ne prouvent même pas qu’il fût le père et le grand-père de Mikkiadès et d’Archermos. M. C. Robert ( Arch . Mærchen , p. 117), reprenant une hypothèse de Scliœll (Hist. und phil. Aufs.E. Curtivs gewùl., p. 121), s’est appliqué à démontrer que le Mêlas nommé dans l’inscription devait être simplement l’ancêtre mythique de la population chiote, un fils de Poséidon, duquel le poète Ion de Chios a fait mention (Pausanias, VII, 4, 8), et que c’est par erreur que Pline — ou l’auteur grec de qui Pline s'est inspiré — a pris ce héros, fils d’un dieu, pour un homme et pour un sculpteur. Les conclusions de M. Robert sont plausibles, mais rien de plus : l’inscription de Délos ne nous apprend rien, absolument rien, sur Mêlas ; mais elle ne contredit en rien, absolument en rien, les affirmations de Pline. Depuis lors M. C. Robert ( Hermes , 1890, p. 446) a poussé plus loin sa critique, et, après avoir rayé Mêlas de la liste des sculpteurs chiotes, a voulu en éliminer Mikkiadès lui-même. Pour cela il a imaginé une restitution de l’inscription délienne, telle que Mikkiadès n’y est plus que le donateur d’une statue faite par son fils Archermos, mais par Archermos seul. Ainsi Mikkiadès
assurément au génie de cette famille privilégiée que l’école dut son rapide essor L
La première preuve que nous ayons du mérite de ces vieux maîtres, c’est précisément que leurs noms nous aient été conservés2. La seconde, c’est l’expansion de leurs œuvres hors de leur pays : Mikkiadès avait travaillé pour Paros3, et aussi pour Délos, quand ce ne serait qu’une fois et en collaboration avec son fils Archermos 4 ; il y avait des sculptures d’Archermos à Lesbos et à Délos5 ; Boupalos et Athénis, ses fils, avaient un certain nombre de leurs œuvres dans les îles voisines de Chios,
resterait le père d’Archermos, mais ne serait plus un artiste; ou du moins, pour lui non plus que pour Mêlas, l’inscription détienne ne nous apprendrait rien sur ce point. 11 n’y aurait donc plus que les quelques lignes de Pline : or M. Robert, « en y réfléchissant », considère comme « de plus en plus vraisemblable » ( l . I. , p. 448) que c’est justement cette inscription qui est la source des renseignements de Pline; et par suite, tout ce qui, dans le texte de l’écrivain, dépasse et complète le texte de l’inscription ne serait qu’une addition arbitraire. Thèse ingénieuse assurément, mais d’une ingéniosité peut-être excessive. Elle repose sur deux postulats, à savoir que la restitution proposée pour l’inscription détienne est exacte ; et cette restitution a quelque chose de bien forcé qui la rend, au contraire, malaisément acceptable; et, en second lieu, que le texte de Pline n’est réellement qu'une paraphrase erronée du texte de ladite inscription ; et cela n’est guère croyable. — Enfin cette thèse hasardeuse n’est-elle pas un peu ruinée parla découverte, faite à Paros, d’une signature de Mikkiadès (cf. ci-dessous, note 3)?
1. Il n’est pas indifférent de noter qu’il existait à Chios un marbre de qualité excellente, inférieur peut-être au paros et au pentélique,mais digne d’être nommé immédiatement après ces deux-là : Ai<jovo[j.a<T[jiivai Xi0oTO|jL!ai Ilaptwv te xai IlEVTE^ixàiv xat Xtwv (Théophraste, Tlepl Xtôwv, 1, 6, éd. Didot). — Cf. Athen. Mittheil., XIII, 1888, p. 121 (Winter, d’après Studniczka).
2. Remarquer, en effet, combien peu de noms des artistes archaïques nous ont été transmis. C’est que, aux commencements d’un art, la personnalité de l’artiste ne compte point. On a remarqué qu’Hérodote, quand il parle d’œuvres d’art consacrées dans les temples, en cite seulement le donateur, non pas l'auteur. A l’Acropole d’Athènes, pareillement, quantité de piédestaux, depuis celui du Moschophore jusqu’à celui de la charmante offrande d’Euthydicos, ne portent inscrit que le nom du donateur. L’anonymat de l’artiste est un trait des vieilles écoles d’art ; il n’en a pas été autrement en Italie ou en France. C’est pourquoi, lorsque les historiens de l'art dans l’antiquité commencèrent à s’intéresser aux « primitifs » — Carystios de Pergame semble être le premier qui se soit occupé, vers la fin du n* siècle avant Jésus-Christ, des artistes de Chios (cf. Robert, Arck. Mærchen , p. 1 1 5-1 20) — ils ne purent faire émerger de l’oubli que très peu de noms; et, quant aux détails de la vie et de la carrière de ces artistes lointains, on ne devait pas les connaître beaucoup mieux alors que nous ne les connaissons aujourd’hui.
3. Inscription au nom de Mikkiadès, découverte à Paros en 1898 : Inscr. g>\, XII, Insul. maris Ægæi , V, 1, 147; At/ien. Mittheil ., XXVII, 1902, p. 194 sqq. (Rubensohn).