FIG. 99. - PEORO RO^LDAN. — ENSEVELISSEMENT DU CHRIST
(Hôpital de la Charité. — Séville.)
Cordoue, une Immaculée Conception; pour les Dominicaines d'Ubeda, une Vierge^ placée sur le portail du couvent; pour la cathédrale de Jaen, diverses statues de personjiages sacrés.
Pedro Roldan fut un naturaliste convaincu, fort habile praticien, mais dont Fœuvre manque de distinction et d'envolée. Fort laborieux, très appliqué, raconte Cean Bermudez, il avait sa demeure aux portes de Séville, et quand il venait à la ville, monté sur sa mule, il travaillait tout en chêminani, modelant quelque statuette avec la terre dont les fontes de sa selle étaient garnies. 11 mourut très âgé en 1700, laissant une fille. Lui sa Roldan, née à Séville, en 1 656, co m me lui sculpteur distingué qui, de bonne heure, aida son père dans ses travaux. Elle se fit remarquer d^une façon toute particulière dans les représentations en terre cuite; on en a une preuve, dans le gracieux Enfant Jésus de Téglise Saint-Thomas de Séville; mais cette spécialité ne Tempécha pas d'exécuter, avec un véritable talent, des morceaux de grandes dimensions, comme le témoignent encore, à Séville : les statues de la Foi, dQ saint Michel^ de saint Augustin et de saint Thomas, de Téglise Saint- Bernard; Vange et les médaillons de Péglise du Mont- Sion; à Cadix : le groupe de la Madeleine soutenue par un ange, de Thopital des Enfants trouvés; la Vierge des angoisses (fig. 100), de la cathédrale; à Sisante, un Jésus de Nazareth, dans l'église des Dominicaines. Mariée avec Luis de Arcos, Luisa Roldan vint s'établir, avec son mari, à Madrid, appelée dans la capitale par don Cristobal Ontahon, valet de chambre de Charles H, Grand protecteur des arts, celui-ci la présenta au mo-
Cliché Lacoste, Madrid,
Fie. lOO. — LUISA ROLDAN. — LA VIERGE DES ANGOISSn;^.
(Cathédrale de Cadix,)
narque, qui lui commanda aussitôt une statue, en bois, de saint Michel terrassant le démon^ pour la sacristie du chœur de Téglise de TEscurial. Cet ouvrage valut de grandsélogesà son auteur et, en 1 695, le titre de sculpteur de la Chambre. Au Palais-Royal de Madrid, on montre de cette artiste, une sainte Anne, en terre cuite, faisant Péducation de la Vierge, et aux Franciscains déchaussés, un second Jésus de Nazareth — un de ses meilleurs ouvrages — commandé par le roi. Luisa Roldan mourut en 1704.
Marcelino Roldan, le dernier de la dynastie, neveu de Pedro Roldan, naquit à Séville, en 1696, quatre ans avant la mort de son oncle; il ne put donc être son élève; il étudia sous la direction de Pedro Duque Cornejo, dont il sera parlé plus loin, et ses œuvres se ressentent de ce déplorable enseignement. On en rencontre à Séville, mais surtout à Jaen où, longtemps occupé à la cathédrale, il exécuta trois bas-reliefs placés sur la porte du Pardon, qui sont loin d'avoir la valeur des ouvrages de son oncle ou de sa cousine. Marcelino Roldan mourut à Séville, en 1776.
L'art de la sculpture sur une pente fatale marche à grands pas vers la décadence; pourtant, il résistera, pendant quelques années, à cette chute irrémédiable et produira, de temps à autre, des œuvres encore remarquables, mais assez clairsemées, il est vrai. Au nombre de celles-ci, il faut, de toute nécessité, faire une place à une statue en bois peint de Notre-Dame des Douleurs, conservée dans la chapelle de la Cruz de Salamanque. Cette Vierge, due au Valencien Felipe de Coral, est une œuvre véritablement hors de pair.
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D^une exécution superbe etd'unë expression admirable de douleur et de résignation, elle ne peut être regardée sans émotion. C^est une des plus pures productions de la sculpture chrétienne, à la fin du xvii® siècle.
Parmi les artistes de cette époque intermédiaire, un des plus intéressants est très certainement Sébastian de Herrera Barnuevo, né à Madrid, en 1619, à la fois peintre, sculpteur et architecte. Son père, sculpteur assez réputé, dont il a été précédemment question, lui apprit son métier. Sesprincipalesœuvres, à Madrid, sont : dans Téglise des Agonisants, un saint Joseph, et diverses statues pour le grand retable de l'église de Saint- Thomas, ainsi que les effigies mortuaires du marquis de Solor^ano et de sa femme, conservées aujourd'hui au musée d^archéologie. C'est sans doute à Herrera Barnuevo, qu^il convient d^attribuer les six bustes, en marbre blanc, de rois et de reines, depuis Philippe II jusqu à. Charles 11^ ayant figuré à Pexposition universelle de Paris en 1878, et appartenant à M. Bauer. Ils ont autant de caractère que de hardiesse et témoignent d'un luxe d'ajustements rare et imprévu. Les contemporains de Herrera Barnuevo Pavaient en grande estime, à juste titre, et Palomino ne craint pas de dire, avec quelque exagération, il est vrai, qu'un Christ à la Colonne modelé par lui montrait des draperies dignes de Michel- Ange. Aussi les honneurs et les bénéfices ne lui manquèrent pas. Non seulement il avait été successivement nommé directeur des travaux du Palais-Royal et peintre delà Chambre, mais aussi concierge de TEscurial; il mourut en 1671.
Lorenzo Vila de Murcie, s'il n'était pas architecte,
était tout au moins, comme Herrera, peintre et sculpteur. En cette dernière qualité, il modela en terre cuite et exécuta ensuite en ronde-bosse de nombreux bustes; — n'était-ce pas alors le siècle de ces portraits palpitant sous le pouce des sculpteurs, devenus en ce genre d'ouvrages d'une habileté et d'un brio sans pareils ? — Parmi ces bustes, signalons celui de la reine-mère et celui de Nicolas Busi ou Bussi, mort en 1706, sculpteur de nationalité douteuse, dont les uns font un Français et les autres un Allemand. Nicolas Busi se fit moine et modela de nombreux ouvrages en terre cuite, fort appréciés de ses contemporains; la plupart se trouvent à Murcie, à Séville et à Valence.
Lazarillo Tramulles, quoique Catalan, travailla surtout en France où il décora la cathédrale de Perpignan ; il fut néanmoins occupé en i683, dans sa patrie, au grand retable delà chartreuse de la Scala Dei. Francisco de Truxillo, fils de Diego, dont il a été parlé antérieurement, exécuta, en 1689, une Vierge, et un saint Jean, que l'on promène encore aujourd'hui à Séville dans les processions publiques; le carme catalan Fray Jaime Ribot, un saint Laurent et un saint Albert, pour son couvent de Tarragone, un saint Etienne, pour Téglise de Walls, et deux statues pour Reus; Francisco Franco modela une Vierge de V Ascension, pour la collégiale de Daroca; le prêtre Molina, s'il faut s'en rapporter à Ponz, est l'auteur de la statue de saint Ferdinand, delà cathédrale de Cordoue.
D'autres artistes sollicitent l'attention : Miguel Rubiales (1642-1702)^ né à Madrid, où il exécuta, pour le collège de Saint-Thomas, une Descente de croix; pour
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le couvent de la Merci, une Vierge de la Solitude^ et pour celui du Carmel, une statue de sainte Hélène; Gaetano Patalano et Alejandro Saavedra; au premier, on doit le retable collatéral du côté de l'épître de la cathédrale vieille de Cadix, représentant le Couronne^ ment de la Vierge {\6^?>)\ au second, le grand autel de la même église; Geronimo Secano (i 638-1 710), né à Saragosse, d'abord peintre, qui ne se décida à aborder la sculpture qu'à plus de cinquante ans passés, auteur des statues de la chapelle de San Lorenzo, à la Seo de Saragosse ; Gregorio Mesa (1640-1701), né à Calatayud, qui étudia son art en France, à Toulouse; de retour dans sa patrie, il se fixa à Saragosse, où il fit, pour la cathédrale, la statue de saint Jean-Baptiste^ et celle de saint Michel^ placées sur la porte du sanctuaire, puis un saint Bruno^ pour la chartreuse d'Aula Dei; Pedro Alonso de los Rios (1650-1700), né à Saragosse, qui sculpta, à Madrid, le Christ de la bonne mort, de Téglise San Francisco; les statues de saint Benoît, de saint Dominique, de sainte Gertrude, de la Vierge de Valvanera, pour Péglise Saint-Martin, et celle de saint Jean de Sahagun, pour San Felipe el Real. Antonio Zurreno, plutôt fondeur que sculpteur, modèle en 171 3 une des portes de la façade de l'Horloge de la cathédrale de Tolède; Miguel Zayas d'Ubeda, élève de Pedro de Mena, travaille à Grenade et à Jaen; Vicente Basabe, à la même époque, dresse le grand retable de l'église paroissiale de Guetaria, dans les provinces basques; Gregorio Espanol termine en 1606 la sculpture des stalles de la cathédrale de Santiago; Agustin Castano entreprend, en 1622, le maître-autel de l'église paroissiale de Mal-
partida, achevé par son gendre, Diego Vasquez; Francisco de Moure dessine et taille les stalles de la cathédrale de Lugo et le remarquable retable de Téglise des Jésuites de Montforte.
Nommons encore Domingo de Geroa à qui sont dus les retables de saint Jean, saint Etienne^ et saint Dominique de Guetaria dans le pays basque; Francisco Gallego et Antonio de Paz, qui travaillèrent à la sculpture de la sacristie et de la salle capitulaire du couvent de Saint-Etienne de Salamanque; Pedro Gomez auquel on doit la gracieuse statue de la Vierge, l'Enfant Jésus dans les bras, de Téglise de la Victoire de Madrid.
Il convient de mentionner à part les Capuz; au nombre de quatre, ils forment une dynastie : d'abord Julio Capuz, le père, d'origine génoise, fixé à Valence, dont les œuvres sont le plus souvent confondues avec celles de son fils aîné, Leonardo Julio; puis les deux frères de celui-ci, Raimundo et Francisco, tous trois nés en Espagne. Leonardo Julio Capuz (1660-173 i) a beaucoup produit; en dehors d'une statue de saint Bernard exécutée pour le village de Carlet et d'un Jésus de Na:[areth pour le bourg d'Ontiniente, ses principales œuvres ont été faites pour la ville de Valence; on lui doit un Christ mort, pour la cathédrale; les statues de saint Dominique, sainte Marie-Madeleine, sainte Marie P Égyptienne, pour l'église Saint- Dominique; celles du Précurseur, de saint Jean UEvangéliste, de saint Vincent martyr, de saint Vincent Ferrier, de saint Laurent, pour la façade de Saint- Jean du Marché; de saint Barthélémy, de saint Michel, de
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saint Jacques et de saint Joseph, pour la paroisse de San Bartolome; les bustes de Philippe F, de la reine Marie de Savoie et du prince Don Louis pour la prome-
Gliché Petiton, Rouen.
FIG. lOI. — LE CHRIST MORT s'OUTENU PAR UN ANGE.
(Collection Vautier, Rouen.)
nade de FAlameda; un Christ mort avec saint Thomas de Villanueva à ses pieds, érigé entre les ponts, etc.
Francisco Capuz (i 675 ?- 1 727), qui prit l'habit de dominicain à Valence, se livra particulièrement au travail de
l'ivoire : il exécuta, dans cette matière, de minuscules figurines, représentant le plus ordinairement des scènes de PAncien et du Nouveau Testament. C'est probablement à lui, qu'est dû le triptyque microscopique en ivoire qui se trouve à Londres au musée de South-Kensington. Le second fils de Julio Capuz, Raimundo ( 1 665-i 743), fort habile, lui aussi, dans la sculpture de l'ivoire, s'était fait une spécialité des petites statuettes en bois représentant des mendiants dépenaillés, dont les têtes, les pieds et les mains témoignaient d'une telle perfection, d^un tel sentiment de vérité, qu'il fut nommé professeur du prince des Asturies, plus tard Louis qui s'éprit de ses ouvrages, et, une fois monté sur le trône, le nomma son sculpteur ordinaire. A côté des Capuz il faut placer divers artistes étrangers qui travaillèrent à Valence : Corrado Rodulfo, d'origine allemande, qui décora la façade de la cathédrale, modela en cire et tailla dans le bois les maquettes de deux fontaines élevées dans cette ville; Jacobo Bertesi, venu d'Italie, qui sculpta une Notre-Dame pour la façade de l'église San Juan del Mercado et le retable de la Conception de l'église des Jésuites; un autre Italien, le Génois Antonio Ponzanelli, l'auteur des statues de pierre de saint Thomas de Villanueva et de saint Luis Beltram et d'un triton pour un pont; enfin Giovanni Battista Baratta, venu aussi d'Italie, élève de l'Algarde, qui orna les murailles du palais de Saint-Ildefonse. C'est certainement à un artiste de cette époque, qu'il convient d'attribuer le Christ mort soutenu par un ange (fig. i o i ) de la collection Vautier, d'un sentiment profondément religieux.
Juan de Valencia, élève de Geronimo Gomez, taille.
ÉPOQUE MODERNE
en 1702, les stalles du chœur de la chartreuse de Santa Maria de las Cuevas de Sévllle, ornées sur leurs dossiers de statues qui ne sont pas sans mérite. Isidro Espinal, aux environs de 1720, sculpte six statues d'albâtre, quatre de pierre et divers autres morceaux pour la chapelle du monastère de la Scala Dei, du diocèse de Tarragone; Josef Manuel Vasquez, religieux de la chartreuse de Grenade, vers le même temps, décore les portes du chœur et les armoires de la sacristie de son monastère. D'autres artistes sont occupés de côté et d'autre. Nicolas Fumo exécute pour la chartreuse de Paular une Immaculée Conception, une sainte Thérèse, un saint Nicolas deBari et un saint Antoine de Padoue; pour le Panthéon des capucins de Ségovie, un Christ à la Colonne; il est encore l'auteur d'un saint Thomas de Villanueva distribuant des aumônes, à l'église San Felipe el Real, et d'un Christ portant sa croix, à celle de San Gines de Madrid. Simon Talve Galvan travaille à Salamanque ainsi qu'Alonso Balbas qui y taille les stalles du couvent de Saint- Etienne; Eugenio Guerra exécute pour Téglise des Récollets de Madrid les statues de saint Jean Biieno et de saint Guillaume, d'après les dessins de Sébastian Herrera Barnuevo; les frères Pedro et Miguel Borja décorent en plâtre et en pierre, d'après des projets de Francisco Herrera el Mozo, le Sagrario de l'église de Santa Maria la Blanca et le couvent des Franciscains de Biscaye, à Séville. Nommons encore Alonso de Rojas, Bartolome Santos, Antonio de Zaldas, Baltasar de Haro, Domingo Garcia, José Ruiz, l'ornemaniste Bernardo Simon de Pineda; Perez de Coca, Pedro de Cristo Osorio; les
LA SCUr.PTURE ESPAGNOLE
Catalans Rovira et Grau, qui travaillèrent au grand retable de la cathédrale de Tarragone; Miguel de Aguero qui, en collaboration avec Fernando de Mazas,
Cliché Lacoste, Madrid.
'^FIG. 102. — ALON"sO VILLABRILLE. — TÊTE DE SAINT PAUL.
(Musée provincial de Valladolid.)
tailla les statues de saint Augustin, de saint François et de saint Sébastien, du grand portail de l'hôpital de Saint-Augustin, à Burgo de Osma; Alonso Villabrille que Ton nej connaît que par une œuvre unique, une
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superbe tête de saint Paul mourant (fig. 102), à longue barbe, d'un réalisme puissant, d'une expression intense, datée de Madrid 1707, jadis au couvent de San Pablo de Valladolid, aujourd'hui au musée de cette ville.
Nous avons déjà parlé d'une œuvre de la même famille, — une tête de saint Jean-Baptiste décapité^ posée dans un plat, d'Alonso Cano. Les sculpteurs espagnols du xvii^ et de la première moitié du xviii^ siècle, se sont complus à ces sortes de productions, tout particulièrement à l'interprétation de San Juan Degollado.
Ces morceaux, le plus ordinairement en bois colorié, parfois en terre cuite, coupés et renversés de façon à découvrir la section du cou, sont d'habitude étudiés avec la précision d'une pièce anatomique. On a vu à l'exposition universelle de 1878 une de ces têtes, véritablement superbe. Posée verticalement sur un plat de marbre blanc, lui formant une sorte d'auréole, et semblant endormie dans la mort, elle était modelée avec un charme et une douceur qui atténuaient ce que le sujet pouvait avoir de répugnant.