‹ La sculpture espagnoleChapitre 59 sur 82 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Froideur et manque de caractère de la sculpture au commencement du xix^ siècle. — José Alvarez. — La sculpture patriotique. — Ramon Barba, Antonio Sola, les Bellver, Geronimo Suîîol, •José Piquer, les Vallmitjana. — Autres sculpteurs. — Tendances naturalistes de la sculpture de la dernièi^e partie du xix" siècle et du commencement du xx®. — Mariano Benlluire, José Alcoverro, José de Gandarias, Agustin Querol, Aniceto Marinas, Miguel Blay, Arturo Melida, Rafaël Atche, les frères Osle. — Autres sculpteurs.

La sculpture, comme les autres manifestations artistiques, a subi, au commencement du xix® siècle, le contre-coup inévitable des bouleversements politiques et sociaux qui ont agité alors FEspagne, ainsi que le reste de TEurope.

Elle suivit d^abord la voie tracée par les directeurs et professeurs de l'Académie San Fernando qui, depuis sa fondation, réagissaient dans la mesure de leurs moyens contre les folies du style churriguéresque. Cet enseignement, imbu des réformes préconisées en France par l'abbé Barthélémy, en Allemagne et en Italie par Lessing et Winckelmann, en Angleterre, par Flaxman, épris avant tout de l'idéal antique, ne

pouvait inévitablement conduire qu^à des reconstitutions froides, emphatiques et solennelles des ouvrages grecs et romains. S^il arrêta des écarts déplorables, il détruisit, ou tout au moins annihila pour un certain temps, ce qui subsistait encore de la sève naturaliste si vivace et si puissante naguère chez Fartiste castillan.

Au lieu de rester nationaux, se défiant de leur originalité native, dédaignant les exemples donnés par leurs rudes et vigoureux ancêtres, les sculpteurs, comme d'ailleurs les peintres espagnols, traversèrent la mer, franchirent les Pyrénées et allèrent achever leurs études en Italie ou en France. Grâce à ces déplacements, ils acquirent, il est vrai, une incontestable habileté de métier, mais perdirent ce qui leur restait de particularisme. En effet, à Rome, ils se mirent à la remorque, du sculpteur Canova, à Paris, du peintre Louis David et tentèrent d'interpréter et de traduire des idées générales et philosophiques, à l'aide de Tébauchoir et du ciseau; entreprise chimérique s'il en fut. Ils voulurent introniser dans les Castilles, si rebelles aux entités métaphysiques, les représentations allégoriques dénuées totalement d^ caractère et d'expression.

Il faut néanmoins reconnaître que la sculpture espagnole, à l'aurore du xix" siècle, montra un artiste d'une réelle valeur, José Alvarez (1768-1827), qui en 1817, exécuta le groupe de la Défense de Saragosse, actuellement à l'Académie San Fernando, et le monument du Dos de Mayo, aujourd'hui sur la promenade de la Moncloa, qui suscitèrent à leur apparition un véritable enthousiasme, dont il est difficile de se faire une idée, mais auquel la politique ne fut pas étrangère.

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D'autres manifestations sculpturales, dues au patriotisme surexcité par les malheurs des guerres de l'Indépendance, valurent à leurs auteurs des triomphes éphémères que leur qualité d'art était loin de justifier. Le mieux est de les passer sous silence. Donc, sans nous arrêter à ces productions, après avoir mentionné un Samson luttant avec un lion^ du fils de José Alvarez, José Alvarez y Bougel, né en i8o5, mort à peine âgé de vingt-quatre ans, en i83o et les statues et bustes de Ramon Barba (i 767-1831), portraitiste ordinaire de Charles IV, arrivons à Antonio Sola qui dressa dans la cathédrale d'Oviedo le tombeau de Pedro Quevedo et éleva en i835, à Madrid, sur la place des Cortès, un Cervantes de bronze, debout, la tête nue, la main gauche placée sur son épée, la main droite en avant, tenant le manuscrit de Don Quichotte. Le Musée d'art moderne renferme de cet artiste un groupe en marbre de la Charité, une statue de Blasco de Garay, et un buste du pape Pie VIL

Vinrent ensuite les Bellver qui forment une dynastie : Francisco, né en 1812, qui travailla spécialement le bois; Mariano (181 7-1876), épris également du bois, auteur d'une Vierge des Douleurs^ d'un saint Jean- Baptiste placé à Féglise de Tolosa, puis d'un groupe de la Trinité, à la cathédrale de Siguenza; José (1824- 1 869), à qui on doit une Descente de croix et Le grand prêtre Mathathias immolant le premier juif venant adorer les idoles par ordre d'' Antiochus . Un autre membre de la même famille, Ricardo Bellver, né à Madrid, en 1 845 , modèle plus tard un bas-relief de la Mort de sainte Agathe (fig. 112), les statues de saint Barthélémy

et de saint André, pour Téglise de San Francisco el Grande et celle du navigateur Sébastian de Elcano. Geronimo Sunol est l'auteur d^une statue du Dante qui jouit en Espagne d'une grande notoriété, et d'un Christophe Colomb, élevé à Madrid, sur le paseo de los Recoletos.

Signalons José Piquer, né à Valence, à l'aurore du xix° siècle, mort en 187 1, qui exécuta la statue de

Cliché Lacoste, Madrid.

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