‹ La seconde année: ou, A qui la faute?Chapitre 13 sur 70 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

CAROLINE, EDMOND, DENNRVILLE, entrant vivement , et descendant à gauche, tandis que Caroline reste à droite.

DKNNI \ 11. LE , à part, avec joie.

Je l'ai congédiée... non sans peine; et tout est rompu... je respire.

CAROLINE, qui est restée plongée dans ses réflexions, levant les yeux sur Denneviile.

Eh bien, monsieur, cette importante visite ?

DENNEVILLE.

L'était moins que je ne croyais... c'était un correspondant... un étranger... que j'ai congédié.

CAROLINE

Déjà !

DENNEVILLE fuit un geste d'étonnement, et se remet Surle-champ.

Voilà un mot peu flatteur pour moi , qui me hâtais de revenir auprès de vous.

CAP.OLl>"E, avec ironie.

Vous êtes bien bon... de songer à mes plaisirs... mais vos moments sont si précieux que je me reprocherais de vous les faire perdre.

DENNEVILLE.

lime semble que je ne puis pas mieux les employer.

CAROLINE, dédaigneusement.

C'est joli... mais c'est fade... et vous savez que je ne tiens pas aux compliments.

DENNEVILLE.

Aussi, n'en est-ce pas un... (Bas à Edmond.) Qu'a-t-elle donc?

EDMOND

Un caprice, sans doute. (A part.) Chacun son tour.

DENNEV1LLE.

J'avais demandé aujourd'hui le diner de bonne heure... pour que nous fussions libres plus tôt.

CAROLINE

Vous aviez peur que la soirée ne fût pas assez longue?...

DENNEVILLE.

Que dites-vous?

CAROLINE

Moi, rien... (A Edmond d'un air aimable.) Monsieur nous fait-il le plaisir de diner avec nous?

EDMOND

Impossible, madame... j'avais une invitation.

DENNEVILLE.

Tant mieux... il va s'en aller plus tôt.

(Passant entre Edmond et Caroline.) Si VOUS voulez

alors, chère amie, que nous passions dan; la salle à manger?

CAROLINE

C'est trop tôt... je n'ai pas faim...

DENNEVILLE, avec impatience.

Comment!... (Se reprenant, et avec douceur.) Comme vous voudrez, nous attendrons...

C'est inutile... je ne me mettrai pas à table... Mais que cela ne vous empêche pas... .le vais rentrer dans mon appartement jusqu'à 1 heuri du bal.

DENNEVILLE.

Y pensez-vous?... déjà?

CAROLINE

J'en aurai plus de temps pour ma toilette. (Regardant Edmond.) Car je veux être très belle.

DENNEVILLE.

Vous comptez donc aller à ce bal?...

CAROLINE

Le moyen de s'en dispenser?... ma tante m'y attend... et vous m'avez ordonné d'y aller...

DENNEVILLE.

Ordonné... je croyais vous avoir priée...

CAROLINE

C'est ce que je voulais dire... une prière de mari... c'est un ordre...

DENNEVILLE.

Et si je vous... priais, maintenant, de n'y plus aller?

CAROLINE

Il serait trop tard; ma toilette est prête, ma parure est commandée.

Ah! quelle patience!...

CAROLINE

Et à ce sujet, monsiem r,ii!"in!. ~—' que je vous consulte... Que me conseme-vous?... de mon collier en opales, ou en saphirs?... c'est à votre goût.

EDMOND

Moi, madame ?

CAROLINE

Sans doute... cela vous regarde ! puisque c'est vous qui devez me donner la main...

DENNEVILLE, ù part.

C'est trop fort. (Haut avçp chaleur.) Et moi,

madame, je ne veux pas.

CAROLINE

Qu'est-ce donc?...

DENNEVILLE, d'un ton plus dous.

Je ne veux pas vous contraindre... et vous êtes la maîtresse... mais si je vous y accompagnais... ' Regardant Edmond.) Edmond a tressailli...

CAROLINE

Vous, monsieur, qui ne venez jamais chez ma tante... qui êtes brouillé avec elle?

DENNEVILLE. à part.

Cela la contrarie!...

Comme vous le disiez ce matin... cela paraîtrait fort singulier... D'ailleurs vous avez, sans doute, pour votre soirée d'autres occupations... plus agréables... qui vous retiendront.

DENNEVILLE, à part, lys regardant.

Ils sont d'accord... (n^bt a Carolini

quelles occupations voulez-vous par!.

CAROLINE

Que saïs-je?... de cell toujours, et que

DENNEVILLE, a part.

Quelle idée!... soupçonnerait-elle?...

CAROLINE

Je vous laisse, monsieur... (Passant entre Denncville et Edmond. A Edmond.) A tantôt, monsieur Edmond.

EDMOND

Air : Travaillons, mesdemoiselles.

Adieu donc, adieu, madame.

Ali ! n'allez pas oublier L'honneur qu'ici je réclame ; Je suis votre chevalier.

CAROLINE, d'un air gracieux.

A ce soir.

EDMOND

De la prudence.

DENNEVILLE, les suivant des yeux.

Oui, son trouhle le trahit.

Ce regard d'intelligence...

Plus de doute. . . il a tout dit.

ENSEMBLE

EDMOND, CAROLINE et DENNEVILLE.

*— ^u..^. KPMOND.

: doue , adieu , madame.

Ah! n'allez pas oublier L'honneur qu'ici je re'clame ; Je suis votre chevalier.

CAROLINE

Adieu donc : qu'une autre dame Ne fasse pas oublier L'honneur qu'ici je réclame ; Vous êtes mon chevalier.

DENNEVILLE.

De courroux mon cœur s'enflamme; Mais n'allons pas m'oublier :

Nous verrons si de ma femme 11 sera le chevalier.

( Caroline sort, Edmond la reconduit jusqu'à la porte de son appartement.)

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